Bonnes pratiques d’usage du médicament antivarroa - La Semaine Vétérinaire n° 1929 du 25/01/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1929 du 25/01/2022

Thérapeutique

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Tanit Halfon

D’après une conférence présentée aux journées nationales des GTV (du 20 au 22 octobre 2021, Tours), par Jacques Bietrix, DMV, DIE pathologie apicole, expert pharmacovigilance Anses-ANMV, « Comment favoriser la bonne utilisation du médicament vétérinaire en apiculture ».

Cet article est le deuxième d’une série de deux articles1.

Quel que soit le traitement anti-varroa, l’objectif n’est pas d’éradiquer, ce qui est impossible, mais de maîtriser le niveau d’infestation. Pour ce faire, il s’agira de viser trois objectifs: 1) Réduire la pression parasitaire en fin de saison, avant la constitution des abeilles d’hiver. Si le niveau d’infestation est trop important à ce moment-là, le risque est de réduire l’espérance de vie de ces abeilles, menaçant la reprise d’activité de la colonie à la sortie d’hivernage. 2) Avoir moins de 50 varroas par colonie à l’hivernage. Au-delà de ce seuil, la probabilité que la population parasitaire dépasse les seuils de tolérance en saison augmente. 3) Rester en dessous d’un seuil de tolérance estimé à 2000 à 3000 varroas par colonie en saison. Le choix du traitement dépend donc de l’objectif visé, et de la période de l’année.

De plus, il faudra prendre en compte aussi la présence ou pas de couvain fermé dans les ruches, sachant que la plupart des traitements n’agissent pas dans les alvéoles operculées. Il faudra prêter attention aux périodes de miellée, par rapport au risque de résidus.

Pour préparer l’hivernage (1), le traitement est à envisager le plus tôt possible, c’est-à-dire dès la fin des dernières miellées, avant que la colonie ne fabrique les abeilles d’hiver. Cette période est particulièrement favorable pour un traitement médicamenteux car il n’y a plus de miellée, et peu de couvain. Les traitements à privilégier sont ceux à action lente (rémanence qui limite la réinfestation), sous réserve que l’infestation parasitaire ne soit pas trop importante (auquel cas il faudra envisager des traitements à action plus rapide), et aussi non toxiques pour les reines afin qu’elles puissent reprendre leur activité à la saison suivante. On peut notamment utiliser tous les acaricides de synthèse, ou le thymol en production biologique.

Ce traitement n’est toutefois généralement pas suffisant et devra être complété par un traitement hivernal (2) : l’objectif ici est de pouvoir redémarrer la saison suivante avec le moins de varroas possible. On privilégie alors des traitements à action rapide, et les médicaments à base d’acide oxalique sont bien indiqués, d’autant qu’il s’agit d’une période a priori sans couvain.

Enfin, en saison, un traitement d’urgence peut être envisagé si besoin (3), en cas d’infestation massive ou de signes cliniques3. Dans ce cas, les médicaments doivent être d’action rapide, avec des précautions d’usage étant donné que le traitement s’effectuera en période de miellée, avec présence de couvain. Les médicaments à base d’acide formique sont indiqués, de même que les médicaments à base d’acide oxalique s’ils sont associés à une période d’encagement de la reine ou un retrait du couvain.

La mise en place du traitement dépend du degré d’atteinte du rucher. Il ne doit pas être conditionné à l’observation de signes cliniques de varroose, étant donné qu’ils sont d’apparition tardive, et si présents, le signe que les répercussions pour la colonie sont déjà très avancées. Le principe est donc de suivre régulièrement le niveau d’infestation des colonies, ce qui permettra aussi de s’assurer que le traitement a été efficace. Pour le traitement avant hivernage, il est recommandé de l’appliquer de manière systématique ; toutefois le suivi de l’infestation permettra de déterminer le moment le plus opportun pour traiter.

Plusieurs méthodes de comptage des varroas existent. La première est le suivi des chutes naturelles, avec un comptage des varroas tombés sur un lange installé sous la ruche une fois par semaine, et calcul de la moyenne des chutes quotidiennes sur 2 semaines. Des seuils sont définis (voir tableau 1), au-delà desquels il faut envisager un traitement. Cette méthode n’impliquant pas d’ouvrir la ruche, elle peut s’envisager toute l’année.

Une deuxième approche consiste à compter les varroas phorétiques, avec plusieurs techniques possibles (trempage des abeilles dans l’alcool ou détergent, sucre glace, CO2) : dans tous les cas, on prélève un échantillon de 300 abeilles sur les cadres avec couvain ouvert, et on obtient le taux approximatif d’infestation en ramenant le nombre de varroas comptés pour 100 abeilles. Des seuils sont aussi définis (voir tableau 2).

Attention : il faut traiter en même temps toutes les colonies d’un rucher pour éviter la réinfestation à partir de colonies non traitées. Au sein d’un même rucher, toutes les colonies ne présentent pas le même niveau d’infestation. Le comptage devra donc se faire sur plusieurs colonies (voir tableau 3), ce qui permettra d’obtenir un taux d’infestation moyen pour le rucher (moyenne des résultats obtenus sur les ruches testées). Si cette moyenne dépasse le seuil, un traitement du rucher est à prévoir.

Ce suivi des niveaux d’infestation est essentiel à la bonne gestion de Varroa, mais aussi à la pharmacovigilance. Ces données apportent, en effet, des informations essentielles à l’Anses pour l’analyse des déclarations de suspicion de manque d’efficacité.

Pensez à la pharmacovigilance !

En apiculture, un médicament ne s’administre pas à un individu mais à une colonie. De fait, les conditions d’utilisation peuvent être très variables et difficilement contrôlables (climat, type de ruche, écotype d’abeilles, couvain…). De plus, l’abeille étant une espèce mineure, les dossiers d’AMM sont allégés, notamment pour la partie efficacité, afin de favoriser le développement et la commercialisation de médicaments pour cette filière. On manque également de données sur les modes d’action et de diffusion des substances actives au sein de la ruche.

Dans ce contexte, la pharmacovigilance est essentielle, afin d’affiner l’évaluation du rapport bénéfice/risque des médicaments une fois qu’ils sont mis sur le marché. Les déclarations de pharmacovigilance permettent notamment de compléter les RCP, de mettre en place des actions de communication auprès des praticiens ou des utilisateurs, voire de procéder à des suspensions d’AMM ou des retraits de produits si nécessaire. Outre les suspicions d’effets indésirables, la déclaration de pharmacovigilance sert aussi à détecter les manques d’efficacité, des problèmes de résidus ou de qualité des produits, et les suspicions d’effets sur l’environnement. En apiculture, la grande majorité des déclarations (près de 80%, données 2015-2020) concerne des manques d’efficacité (contre un peu moins de 15% pour les autres espèces de rente).

Pour effectuer une déclaration, trois possibilités : soit via le centre de pharmacovigilance vétérinaire de Lyon (CPVL) ; soit via le laboratoire pharmaceutique qui commercialise le produit ; soit directement sur le portail de télédéclaration de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (https://pharmacovigilance-anmv.anses.fr/).

Source : conférence présentée aux Journées vétérinaires apicoles 2021 (JVA) par Jacques Bietrix, « Manque d’efficacité des médicaments contre Varroa et résistances, intérêt et limites de la pharmacovigilance ».

  • 1. Voir pages 26 du n° 1927 de La Semaine Vétérinaire.
  • 2. Valable pour la France métropolitaine.
  • 3. En théorie, dès lors que les signes cliniques apparaissent, c’est que l’infestation est majeure. En pratique, en saison, on peut quand même tenter de traiter dans la mesure où la colonie peut avoir le temps de repartir et de se reconstituer avant l’hivernage.
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