Loi contre la maltraitance animale : quelles avancées contre les névrectomies abusives d'équidés ? - La Semaine Vétérinaire n° 1928 du 18/01/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1928 du 18/01/2022

EXPRESSION

Auteur(s) : Propos recueillis par Chantal Béraud

La loi du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale contient quelques dispositions spécifiques concernant les équidés. Dans quelle mesure permettra-t-elle notamment de lutter contre les névrectomies (chirurgicales ou chimiques) à visée non-thérapeutique dont sont victimes certains chevaux, en particulier en sports équestres ? 

Martine Leguille - Balloy

Avocate et députée de Vendée, présidente du groupe d’étude cheval à l’Assemblée nationale

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Plus de traçabilité des névrectomies

Il n’était pas question d’interdire l’opération chirurgicale de la névrectomie puisqu’elle peut soulager la douleur de certains chevaux souffrant de boiteries chroniques, après l’échec des autres traitements thérapeutiques. Mais la perte de sensibilité du pied entraîne de potentiels risques de chute et de blessure. Il est donc interdit que des chevaux névrectomisés participent à des compétitions ou à des courses, en France et dans d’autres pays. Ceci pour des raisons de sécurité mais aussi parce que la névrectomie y est considérée comme du dopage. Le problème, c’est que cette opération est très difficile à détecter une fois réalisée. Dès 2018, j’ai signalé au ministre de l’Agriculture que des chevaux névrectomisés pouvaient se retrouver sur des circuits de compétition (que ce soit par fraude ou par défaut d’information de leur nouveau propriétaire) malgré les contrôles vétérinaires mis en place. La nouvelle loi votée, en obligeant le vétérinaire qui la réalise à l’inscrire sur le document d’identification du cheval et sur le registre national, espère donner plus de traçabilité et de transparence à cette pratique.

Philippe Lassalas (T 88)

Expert agréé par la Cour de cassation

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Cette loi va dans le bon sens

La loi ne pouvait pas interdire la névrectomie chirurgicale, car elle permet de soulager durablement les souffrances de certains chevaux, en évitant même parfois des euthanasies. En revanche, je trouve intolérable qu’on l’associe à une recherche de performances en sport équestre. Le principe de son inscription obligatoire sur un document d’identification est donc une bonne chose, car idéalement il faudrait que ce document devienne une sorte de carnet de santé, où l’acheteur pourrait prendre connaissance de tous les antécédents médicaux du cheval, l’animal restant un objet du commerce. Concernant les névrectomies chirurgicales non signalées lors de la vente, j’espère que la loi permettra de dissuader ou de mieux identifier tant les vendeurs indélicats que les praticiens qui ne respecteraient pas leurs obligations… Enfin, si des décrets d’application sont prévus par la suite, la profession vétérinaire devrait être associée à la rédaction de leur contenu pratique, afin qu’ils soient bien le fidèle reflet de l’esprit positif de cette loi, telle qu’elle vient d’être votée. 

Jacques Nardin (L 80)

Praticien mixte à Signes (Var), intervenant du contrôle antidopage équin

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Rien n'est résolu pour les sports équestres

Concernant les fraudes dans les courses et les sports équestres, selon moi, cette loi qui rend obligatoire l’inscription des névrectomies pratiquées sur un registre risque malheureusement de ne pas être suivie d’effets réels bénéfiques. En effet, soit l’opération chirurgicale restera volontairement dissimulée par les fraudeurs, soit ils continueront de pratiquer des névrectomies temporaires réversibles (via l’injection de produits brûlants comme du chlorure ou du sulfate d’ammonium). De telles névrectomies chimiques ne sont pas détectables lors du contrôle antidopage. C’est pourquoi je souhaiterais qu’on aille encore plus loin en imposant que les chevaux dans les concours soient soumis, de façon aléatoire, à des tests d’hyposensibilité. Actuellement, seule la Fédération équestre internationale les a rendus réalisables pour les compétitions d’endurance. À mon sens, la Fédération française d’équitation (via l’Agence française de lutte antidopage) devrait maintenant exiger que ces tests soient étendus dans notre pays à toutes les disciplines équestres.   

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