COMMERCE DES ANIMAUX : LA VENTE D’ANIMAUX VIVANTS DANS LES JARDINERIES-ANIMALERIES EN DÉBAT - La Semaine Vétérinaire n° 1927 du 11/01/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1927 du 11/01/2022

DOSSIER

Auteur(s) : PAR CHANTAL BÉRAUD

ALORS QU’A ÉTÉ DÉCIDÉE L'INTERDICTION POUR LES JARDINERIES-ANIMALERIES DE COMMERCIALISER DÈS 2024 DES CHATS ET DES CHIENS, S'ACHEMINE-T-ON VERS UN ÉLARGISSEMENT DE CETTE INTERDICTION AUX AUTRES ANIMAUX DE COMPAGNIE ? OU PEUT-ON ENVISAGER DES SOLUTIONS INTERMÉDIAIRES, NOTAMMENT EN RENFORÇANT LA MISSION DE CONTRÔLE DÉVOLUE AU VÉTÉRINAIRE SANITAIRE ?

« C’est une magnifique victoire. Réunis en commission mixte paritaire (sept députés/ sept sénateurs), nous venons de trouver un accord commun inespéré sur un texte historique en faveur de la condition animale en France », a salué sur Twitter, le 21 octobre dernier, le député Loïc Dombreval, vétérinaire de formation et rapporteur général de la proposition de loi contre la maltraitance animale. L’un de ses articles indique notamment qu’il sera interdit, à partir du 1er janvier 2024, de vendre des chiens et des chats dans les jardineries-animaleries. Le texte laisse toutefois la possibilité à ces dernières de développer des partenariats avec des associations de protection animale et des refuges (afin que ces structures puissent venir présenter leurs animaux). Une démarche qui vise à favoriser les adoptions.

Dans le même temps, la vente en ligne des animaux de compagnie va devenir fortement encadrée, avec un réelle mission de contrôle mise en place concernant les sites hébergeurs. En revanche, les jardineries-animaleries de France conserveront toujours le droit de commercialiser les autres espèces d’animaux de compagnie. Pourquoi ne pas avoir étendu l'interdiction de vente à ces espèces ? « Il me semblait important de prioriser notre action sur la vente des chiens et des chats, avec un doublé sur l’encadrement des ventes en ligne », commente Loïc Dombreval. Et d’ajouter : « Il fallait veiller aussi à ne pas aller trop vite de manière à ne pas mettre en difficulté le secteur économique des jardineries-animaleries. C’est comme cela que l’on peut progressivement améliorer les choses. Ceci dit, il va dans le sens de l’Histoire que l’humain réfléchisse de plus en plus à son rapport à l’ensemble du vivant et à la manière dont il le traitera à l’avenir, toutes espèces comprises. »

Pour sa part, Brigitte Leblanc (Nantes 88), vétérinaire canin à Brest (Finistère), dans la conclusion de son "Mémoire sur la vente des rongeurs et des lagomorphes domestiques en animalerie", préconisait déjà dès 2018 d’adopter pour ces espèces le modèle de cession des États-Unis. En effet, elle écrit : « Comme cela se pratique actuellement par exemple en Californie, les jardineries-animaleries en France pourraient proposer une collaboration aux associations de protection animale dédiées aux Nacs – ou aux associations de replacement d’expérimentation –, lesquelles peinent parfois à se faire connaître ainsi que leurs possibilités d’adoption. En conséquence de quoi, du point de vue de l’animal, son séjour dans les locaux de l’animalerie ne serait que de quelques heures durant les journées d’adoption – et ce sous la surveillance d’un membre de l’association – donc dans des conditions de soins et de sécurité acceptables. L’association quant à elle disposerait de locaux dont elle assurerait l’entretien durant son séjour. Elle pourrait également présenter les animaux et gérer les adoptions avec des conseils qui, n’étant pas soumis à une logique commerciale, seraient plus adaptés et complètement orientés vers le bien-être animal. Quitte par exemple à refuser une adoption qu’elle jugerait trop risquée. »

Et Brigitte Leblanc d’ajouter : « L’animalerie elle-même y gagnerait. Outre le fait de ne plus avoir à respecter la législation liée au personnel, au soins des animaux et à leur entretien, cette nouvelle donne commerciale lui permettrait de se recentrer sur le secteur de l’inerte, soit la vente d’équipement et de l’alimentation. Car si le futur propriétaire est en effet conseillé par une association ou par un éleveur, ces derniers lui indiqueront quels sont les équipements dont a réellement besoin l’animal pour bien vivre. Et comme lesdits bons équipements sont onéreux, le rayon animalerie en inerte gagnera grandement en rentabilité et en légitimité. »

Pour rédiger son mémoire, Brigitte Leblanc a observé le fonctionnement réel de trois animaleries pures et de trois jardineries-animaleries. « Cette étude de terrain n’a pas la prétention d’être représentative de l’ensemble de ce marché, nuance d’emblée la praticienne, puisqu’elle n’a pu être réalisée que sur une période de cinq semaines et sur un nombre limité d’établissements de vente… Néanmoins, en me focalisant sur trois espèces d’animaux (le lapin, le hamster syrien et le rat), j’ai étudié le cadre législatif de leur vente durant tout leur parcours (du transport à l’animalerie jusqu’à leur cession) et j’ai pu observé ce qui se passait réellement sur le terrain. »

« Il est très difficile de savoir quel taux de mortalité ou quelles blessures subissent les rongeurs durant leur transport jusqu’à l’animalerie, observe Brigitte Leblanc. En effet, contrairement aux équins, bovins, ovins, caprins, porcins et volailles, la réglementation ne spécifie aucune densité de chargement maximale les concernant. Sur le terrain, j’ai donc constaté que le faible coût d’achat de ces animaux amène à accepter souvent une surpopulation de leurs conteneurs de voyage : la « casse » est en quelque sorte considérée comme normale et tolérable à leur arrivée dans l’animalerie. »  Et de regretter également « qu’aucun âge minimum ne soit imposé pour leur transport ». En revanche, d’après les entretiens menés, les camions de livraison sont climatisés et les livraisons n’ont pas lieu lors de conditions météorologiques extrêmes (canicule ou gel). Pour améliorer cette situation, la praticienne préconise donc de faire un tri entre « bons » et « mauvais » fournisseurs, de privilégier les circuits courts, ou encore mieux, de nouer des partenariats avec des éleveurs ou des associations de proximité (comme lu précédemment).

« Je tiens à bien préciser que, dans ma propre pratique en libéral, je m’occupe peu de Nacs », poursuit Brigitte Leblanc. Cependant, au fur et à mesure de mes consultations, je me suis rendu compte que pour divers animaux, les propriétaires ne semblaient pas avoir reçu des conseils de vie adaptés. Par exemple, certains avaient acheté une cage trop petite pour leur lapin ou bien ils l’alimentaient mal. » D’ailleurs, à ce propos, quelle formation ont les vendeurs en jardinerie-animalerie ? « Dans chaque établissement, il doit y avoir une personne qui justifie d’une formation adaptée. Ladite personne doit être employée à temps complet sur les lieux où sont hébergés les animaux, et ses absences ne doivent pas excéder 31 jours consécutifs. » Quelles sont les lacunes du système ? « La formation des personnes capacitaires est de 14 heures pour une catégorie d’animal. Souvent, après s’être ainsi formé pour les chats et les chiens, le personnel ajoute une formation complémentaire de seulement 4 heures, pour les petits mammifères, poissons et oiseaux. C’est peu, d’autant plus que l’évaluation nationale de ces connaissances se fait par QCM, et que d’après les chiffres de 2017, le taux de réussite des candidats était de 96 %…  Il  n’y a ensuite aucune vérification des compétences effectuée sur le terrain. De plus, l’actualisation des connaissances n’est prévue que tous les dix ans. »

Enfin, un autre problème est que le vendeur qui conseille le client n’est pas forcément la personne de l’équipe qui a été formée pour ce faire. Ce qui peut être source d’erreurs. « J’ai par exemple entendu des vendeurs dire à un client qu’un lapin et un cobaye sont parfaitement compatibles, ou qu’un lapin nain peut parfaitement vivre dans un clapier d’extérieur comme un lapin de chair... »

En outre, si l’arrêté du 3 avril 2014 (annexe II) concerne bien les lapins et les rongeurs, aucune norme précise n’y est spécifiée concernant la taille de leurs locaux d’hébergement. « Quant au Guide des bonnes pratiques du Syndicat des professionnels de l’animal familier (Prodaf), paru en avril 2021, il propose des normes qui ne sont malheureusement pas contraignantes, poursuit Brigitte Leblanc. Durant la réalisation de mon émoire, j’ai constaté en tout cas que le peu de consistance des enrichissements des milieux proposés aboutissent souvent à des conditions de détention où ces animaux ne peuvent pas satisfaire tous leurs besoins physiologiques. Par exemple, il n’y a aucun lieu où grimper pour un rat, la litière est d’épaisseur insuffisante pour qu’un hamster puisse s’y enfouir… J’ai également vu des établissements qui mettaient ensemble plusieurs hamsters domestiques, alors qu’il s’agit d’une espèce solitaire qui n’accepte ses congénères que durant la reproduction, ce qui fait qu’une telle cohabitation imposée engendre beaucoup de bagarres et de mortalité. »

« De fait, conclut Brigitte Leblanc, je n’ai vu en 2018 qu’une seule animalerie récente, ouverte depuis seulement un mois, qui avait fait des efforts réels d’enrichissement du milieu : tunnels et roues de bonne taille pour les hamsters, maisons « à grimper » pour les rats, distributeurs de foin ludique pour les lapins…  Enfin, dans la quasi totalité des lieux visités, les cages des prédateurs (rats) côtoient celles de leurs proies (souris, hamsters). Donc, oui, je me dis que le droit animalier a encore très peu pris en compte ces petits animaux. Pourtant, pour moi, une vie vaut une vie, que l’on soit un hamster russe de 20 grammes ou un adorable chaton. Maintenant que de nouvelles dispositions législatives viennent protéger les chiens et les chats, ne faudra-t-il pas à l’avenir s’occuper un peu mieux de tous les autres ? »

LAURENT COTTAIS

RESPONSABLE DU SERVICE BIEN-ÊTRE ANIMAL POUR MAXI ZOO FRANCE

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Des visites mensuelles

LAURENT COTTAIS EXPLIQUE POURQUOI IL VEUT POURSUIVRE LA VENTE DES AUTRES ANIMAUX DE COMPAGNIE (HORS CHATS, CHIENS ET OISEAUX).

Pourquoi continuez-vous à vendre des rongeurs et des reptiles dans une quarantaine de vos 260 magasins ? 

Lors des débats à l’Assemblée nationale, Maxi Zoo a été cité plusieurs fois comme étant l’exemple d’un réseau d’animalerie qui progresse chaque année, alors même que nous ne vendons plus ni chien ni chat depuis déjà 2014…  Néanmoins, nous sommes inquiets sur une potentielle interdiction future de la vente des petits mammifères en animaleries. Car étant donné que peu d’éleveurs professionnels sont présents en France, cette décision pourrait conduire au développement de filières parallèles clandestines. De tels animaux, issus d’élevages non réglementés, échapperaient alors à tout contrôle sanitaire permettant de s’assurer de leur bien-être. Et ils pourraient être porteurs de virus dangereux pour l’homme.

À quelles obligations allant déjà au-delà de la loi vous astreignez-vous ?

Alors que la loi impose la visite d’un vétérinaire sanitaire deux fois par an au sein des animaleries, Maxi Zoo va plus loin en s’imposant des visites mensuelles. De plus, comme chaque magasin a noué un partenariat avec un vétérinaire de proximité, l’équipe peut aussi faire appel à lui entre deux visites en cas de problème de santé d’un animal. Quant aux visites de la DDPP, nous ne sommes pas toujours prévenus de leurs contrôles à l’avance. Nous nous appuyons sur leurs conseils et respectons leurs consignes. Par ailleurs, des visites internes ont également lieu (ainsi qu’auprès des centres d’élevage) grâce à trois personnes à plein temps qui forment le pôle « Bien-être animal » de Maxi Zoo France. Enfin, nous avons des contrôles de notre maison-mère.

Comment limitez-vous par exemple la « casse » au transport ?

Dans la mesure du possible, nous essayons de nouer des partenariats avec des éleveurs au plus près des magasins afin de limiter la durée de transport des animaux. Lorsque les températures sont trop élevées (supérieures ou égales à 30°C) ou trop basses (inférieures à 5°C), Maxi Zoo suspend tout transport et toute vente de petits mammifères et de reptiles car cela pourrait être trop difficile à supporter pour eux, voire même fatal dans certains cas. Nous l’expliquons à nos clients en magasin, si une espèce n’est pas disponible quand ils viennent. Puis, nous les invitons à revenir lorsque la situation le permet. Nous préférons donc refuser une vente plutôt que mettre en danger l’animal.

Quelles sont vos pratiques en matière d’enrichissement du milieu ?

Pour les rongeurs et lapins, nous mettons plusieurs épaisseurs de litières (sous-litière pour l’absorption, litière pour le confort, sur-litière pour agrémenter l’environnement). Nous investissons beaucoup dans l’aménagement avec des accessoires, en exploitant au maximum le volume pour favoriser l’exercice. De plus, en 2020, Maxi Zoo a retiré de la vente plusieurs centaines de références produits, considérés comme non compatibles avec le bien-être animal (colliers étrangleurs, colliers anti-aboiement, aquariums boule, etc.).

Comment vos équipes sont-elles formées ?

Outre la conformité aux exigences réglementaires, nous avons une Académie de formation interne, animée par trois formateurs. Nos collaborateurs sont aussi recrutés pour leurs valeurs et leur passion pour les animaux de compagnie. Si l’un de nos vendeurs a des réticences sur les réelles attentes d’un client (logement incompatible avec l’animal…), nous nous réservons le droit d’en refuser la vente. Enfin, nous venons d’éditer un « livret d’accueil du pet parent responsable » : c’est un guide d’adoption qui délivre nos nombreux conseils à l'usage des personnes qui achètent un rongeur, un lapin ou autre petit mammifère au sein de l’un de nos magasins.

PAROLES DE SÉNATEURS1

L’État doit-il renforcer les moyens de contrôle des Directions départementales de la protection des populations (DDPP)?

Si carence il existe dans les contrôles, c’est la capacité de réglementation et de contrôle de l’État – dont c’est le rôle – et en particulier ses moyens qu’il convient de renforcer, plutôt que d’interdire la vente du vivant en jardinerie-animalerie.

UN PRATICIEN LIBÉRAL

VÉTÉRINAIRE SANITAIRE EN ANIMALERIE

Augmenter le nombre de visites du vétérinaire sanitaire

Ne visiter une jardinerie-animalerie que tous les six mois – comme l'exige l’obligation légale minimale actuelle – laisse la porte ouverte à des dérives. Il faudrait que dans le cadre de son mandat sanitaire, le vétérinaire libéral de proximité sous contrat puisse s’y rendre une fois par mois pour être à même d’y jouer un rôle efficace de gardien du bien-être animal. Car sans surveillance répétée, certaines choses s’oublient vite… 

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