Tuberculose bovine : de nouvelles mesures sanitaires  - La Semaine Vétérinaire n° 1921 du 19/11/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1921 du 19/11/2021

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Clothilde Barde

Le 8 octobre 2021 un arrêté précisait les mesures de prévention, de surveillance et de police sanitaire à mettre en place pour éradiquer la tuberculose bovine en France. Parmi les nouvelles dispositions, les modalités pratiques de réalisation de la prophylaxie pour la prochaine campagne détaillant la réalisation du dépistage ou les règles d'assainissement.

La situation sanitaire reste préoccupante et les actions prévues dans le plan de lutte contre la tuberculose 2017/20221 doivent être poursuivies. Face à ce constat, la Direction générale de l’alimentation (DGAL) vient de publier plusieurs Instructions techniques2 précisant les mesures sanitaires que doivent mettre en place les vétérinaires et les éleveurs pour prévenir l’apparition de nouveaux foyers de tuberculose bovine (TB) en France et tenter d'éradiquer la maladie. En effet, au 1er septembre 2021, 90 foyers de TB ont été détectés, dont 74 % dans la région Nouvelle-Aquitaine (94 en 2020)3, principalement grâce à une surveillance précoce en élevage. Or, l'amélioration de la situation sanitaire passe en priorité sur le plan technique par l’amélioration de la sensibilité du dispositif de surveillance ainsi que par le renforcement des mesures de prévention (biosécurité), rappelle l’arrêté4. Même si certaines mesures ont déjà été mises en œuvre lors de la dernière campagne de prophylaxie, il convient de les poursuivre, selon la DGAL.

Une surveillance multiple

En ce qui concerne la surveillance de la TB sur le territoire, outre la recherche post mortem des bovins infectés (lésions suspectes à l'abattoir ou après autopsie), un dépistage annuel des ruminants mis en mouvement à partir des cheptels considérés "à risque sanitaire", ainsi que ceux dans les élevages situés en zone de prophylaxie renforcée (ZPR) ou "à risque sanitaire",  est nécessaire. Cela concerne les troupeaux ayant retrouvé leur qualification après avoir été reconnus infectés de tuberculose (5 ans), en lien épidémiologique avec un troupeau ou un animal infecté de tuberculose (5 ans) et en non-conformité avec la réglementation. Cette prophylaxie, réalisée pour l'acquisition et le maintien de la qualification « indemne d'infection par le complexe Mycobacterium tuberculosis » des troupeaux, consiste en un dépistage annuel immunologique réalisé sur tous les bovins de plus de 12 mois - intradermotuberculinations (IDC) simples ou comparatives (IDS, IDC) - avec des tuberculines bovine et aviaire ou par dosage de l’interféron gamma (IFG). Ce test IFG permet de rechercher les bovins suspects en raison de résultats d'intradermotuberculination non négatifs, au plus tard 10 jours après la lecture de l'intradermotuberculination, mais aussi de réaliser les dépistages des troupeaux indemnes d'infection, en cours de qualification, ou en mouvement.

L'intradermotuberculination doit être maîtrisée

Or, comme le rappelle la DGAL, « la qualité de cette surveillance repose sur le dépistage d’un échantillon d’animaux le plus important possible, il est donc impératif que, lors de tuberculination, tous les bovins de l’exploitation soient dépistés ». A cet égard, le vétérinaire sanitaire doit renseigner dans son compte-rendu d’intervention, les raisons expliquant la non-réalisation du dépistage sur certains animaux (départ à l’abattoir, contention impossible, animal dangereux, etc.). S'il ne le justifie pas, en plus de la suspension de son mandat et de la qualification de l'élevage, l'État interrompt sa participation financière à la prophylaxie (6,15 € hors taxe par IDC réalisée avec une prise en charge partielle du coût de la mise en œuvre du test de dépistage interféron gamma). L'arrêté de la DGAL précise d'ailleurs que les directions départementales de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP) peuvent mettre en place un accompagnement pour les vétérinaires qui sont en difficulté pour annoncer à l’éleveur des résultats non négatifs, ainsi que pour les vétérinaires en demande de formation. A la suite de l’appel d’offres passé par la DGAL, le marché public pour les tuberculines aviaire et bovine a été attribué à la société Coveto Limoges jusqu’à la campagne de prophylaxie 2024/2025, et il est rappelé que « les doses fournies par l’État sont exclusivement réservées à la réalisation des IDC de prophylaxie ». Enfin, les conditions de réalisation et d’interprétation de l’intradermotuberculination doivent être parfaitement maîtrisées par le vétérinaire sanitaire, indique l'arrêté, car « cela reste, en dépit de ses limites, l'outil le plus pertinent pour le dépistage collectif ». Concernant le dosage de l'FG, le prélèvement de sang (tube héparine) doit être acheminé dans les 6 à 8 heures au laboratoire. Il existe actuellement deux kits de dosage de l’interféron gamma reconnus par le laboratoire national de référence (LNR) : le test BovigamR (Prionics) et le test ID ScreenR Ruminant IFN-g (IDVet). Selon les résultats d’une analyse menée ces dernières années par le groupe de suivi de la tuberculose bovine de la plateforme ESA, il semblerait qu’il est désormais possible de classer les résultats non conclusifs de ces tests en fonction du contexte épidémiologique (assainissement, liens épidémiologiques ou prophylaxie).

L’abattage partiel reste une exception

En cas de détection de la maladie dans un troupeau, l’abattage total du cheptel est la règle. En effet, un abattage sélectif ne peut être réalisé, par dérogation, que pour des foyers pour lesquels le niveau de contamination initiale et la circulation de l’infection sont faibles (absence d’animal confirmé infecté présentant des lésions en faveur d’une forme de tuberculose évolutive ou ayant nécessité une saisie totale à l’abattoir, absence de circulation de plusieurs spoligotypes de M. bovis au sein d’un même troupeau et contamination du cheptel non directement liée à la mise en œuvre d’un assainissement précédent). Si les critères précédents sont remplis, l’évaluation est réalisée sur la base de l’historique de l’élevage et d’une enquête épidémiologique menée par la DDETSPP en collaboration avec le vétérinaire sanitaire de l’élevage, le Groupement de défense sanitaire (GDS) ainsi que les coordonnateurs régionaux, chargés de mission et /ou épidémiologistes concernés. Par rapport aux autres espèces sensibles présentes dans l’élevage infecté, si elles sont élevés de façon distincte du troupeau infecté, le vétérinaire devra mettre en œuvre au plus vite un dépistage par intradermotuberculination de tous les ruminants du troupeau. A l’inverse, si la séparation n’est pas effective ou suffisamment efficace, le troupeau de ruminants doit faire l’objet d’un abattage de la totalité des animaux. Pour les carnivores domestiques qui ont été amenés à avoir des contacts directs ou indirects avec les bovins du troupeau infecté, ils doivent faire l’objet d’un suivi médical par un vétérinaire (deux consultations à six mois d’intervalle).

Un rappel à l’ordre

« Compte-tenu des allègements du rythme de prophylaxie de la tuberculose bovine, la tuberculination n’est plus pratiquée de façon aussi régulière qu’auparavant par les vétérinaires de nombreux départements », déplore enfin la DGAL. Or, « la tuberculose bovine n’est pas une maladie du passé et tous les vétérinaires sanitaires doivent avoir conscience de leur responsabilité vis-à-vis de la surveillance et du contrôle de cette maladie ». Ainsi, compte tenu du manque de spécificité de l’intradermotuberculination simple, il est très improbable que tous les résultats d’une campagne de prophylaxie soient négatifs, rappelle l'arrêté. Si un doute existe sur les conditions de réalisation des intradermotuberculinations, l’État peut organiser une supervision de la réalisation des intradermotuberculinations, ainsi qu’un dépistage renforcé par réalisation, en complément de l'IDC effectuée par le vétérinaire, d’un dépistage par IFG ou même un contrôle aléatoire sur 10 % des résultats rendus par les vétérinaires sanitaires (notamment en IDC, avec vérification des calculs effectués).

1. https://bit.ly/3cfAKRM

2. https://bit.ly/3DkOMO0

https://info.agriculture.gouv.fr/gedei/site/bo-agri/instruction-2021-799

https://info.agriculture.gouv.fr/gedei/site/bo-agri/instruction-2021-798

https://info.agriculture.gouv.fr/gedei/site/bo-agri/instruction-2021-797

https://info.agriculture.gouv.fr/gedei/site/bo-agri/instruction-2021-792

3. https://bit.ly/3oBzYo0

4. https://bit.ly/3nizHa3

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