Premier bilan du Coqc - La Semaine Vétérinaire n° 1919 du 05/11/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1919 du 05/11/2021

Conférence

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Par Clothilde Barde

Mis en place en 2020 par le laboratoire Virbac, le projet Conseil et observatoire de la qualité colostrale (Coqc), dont l’objectif est d’améliorer la santé des veaux par un suivi à la ferme de la qualité des colostrums du troupeau tout au long de la saison de vêlage, vient de rendre ses premiers résultats.

Trente-deux structures vétérinaires et 90 élevages (55 % laitiers, 45 % allaitants) répartis sur l’ensemble du territoire ont pu bénéficier d’un suivi colostral durant la saison 2020-2021 ont indiqué les coordinateurs du projet Conseil et observatoire de la qualité colostrale (Coqc) lors d’une conférence de presse le 30 septembre dernier. En effet, comme l’affirment deux participants au projet, Jean-Philippe Gartioux, vétérinaire à Châteaumeillant (Cher), et Sébastien Labrune, éleveur charolais à Sazeray (Indre), « les données collectées par le Coqc sont utiles pour les éleveurs et pour les vétérinaires car un défaut de colostrum (qualité et quantité) multiplie par deux la mortalité des veaux ».Ainsi, en 2016, les travaux de Raboisson et al.1 ont révélé que ces défauts d’apport conduisent à une multiplication par 1,8 des risques de troubles respiratoires et à une multiplication par 1,5 des risques de troubles digestifs, de même d’autres études ont montré que la qualité colostrale est soumise à de nombreux facteurs de variation liés à la mère et à sa conduite 2.

Or, le défaut de transfert d’immunité passive n’est pas rare, il concernerait de 25 à 60 % des animaux selon les élevages et la mesure de la qualité colostrale est peu répandue – un éleveur sur quatre a déjà mesuré le colostrum de ses vaches3. Pour y remédier et« avoir une véritable approche globale de l’immunité du troupeau, il convient de réaliser un suivi colostral sur au moins un tiers des vaches – 20 vachesa minima –à l’aide d’un réfractomètre de Brix », ont indiqué les conférenciers. À cet égard, le programme Coqc propose aux éleveurs de se former à la mesure colostrale à l’aide d’un réfractomètre optique et leur fournit un outil de collecte des données qui recense les informations générales sur la conduite de l’élevage (date et rang de vêlage, durée de tarissement, date de vaccination contre les entérites néonatales, date de traitement antiparasitaire, supplémentation en oligo-éléments, etc.) et collecte les concentrations en immunoglobulines des mères incluses dans l’étude ainsi que les délais moyens respectés par les éleveurs entre le vêlage et la mesure colostrale. Avec les informations recueillies, une analyse personnalisée peut être réalisée par le vétérinaire afin d’aborder avec l’éleveur les points forts et les axes d’amélioration de l’élevage et de lui fournir des points de comparaison avec les autres élevages de la clientèle.

Des pratiques à améliorer

Durant la campagne 2020-2021, le suivi des colostrums avec le Coqc a ainsi permis d’analyser 3 021 colostrums sur 11 races bovines. Dès lors un premier constat a pu être fait par les conférenciers : le suivi de la qualité colostrale sur un troupeau est faisable au jour le jour par l’éleveur avec un réfractomètre optique. En effet, les résultats démontrent que le taux de mesure moyen était de 37 % (nombre de colostrums mesurés/nombre de vêlages). D’ailleurs, 16 éleveurs ont collecté plus de 50 colostrums au cours de la saison et un éleveur a même été jusqu’à mesurer 127 colostrums. Second constat, « pour plus d’une vache sur cinq (21,5 %), le taux d’immunoglobulines G (IgG) dans le colostrum est très insuffisant (< 50 g/litre) bien qu’il soit satisfaisant (> 80 g/litre) sur les deux tiers des vaches prélevées ». Toutefois, la moyenne comme la médiane sont aux alentours de 90 g/litre avec une forte variabilité, entre les troupeaux mais aussi dans un même troupeau. Enfin, une grande disparité est observée entre les races. En effet, les colostrums avec une concentration en IgG basse (en dessous du seuil de 80 g/litre) sont dans la moitié des cas ceux des vaches prim’holstein et des montbéliardes. Pour Jean-Philippe Gartioux, le Coqc apporte donc «  de solides points de comparaison entre les élevages au sein d’une même clientèle ». Au vu de ces retours terrains, il est prévu de prolonger les mesures du Coqc en 2021-2022 pour constituer à terme un observatoire national centralisant les données des élevages suivis partout en France4.

  • 1. Raboisson D., Trillat Cahuzac Maigné,Approche économique du transfert d’immunité passive chez les bovins laitiers et allaitants, Journées nationales des groupements techniques vétérinaires 2016, 639-644.
  • 2. Alexis Stenger A., Contribution à l’étude de la qualité du colostrum chez la vache : utilisation d’un
    réfractomètre numérique et influence de l’alimentation pendant le tarissement,
    thèse d’exercice médecine vétérinaire, université Claude Bernard VetAgro Sup, 2016, 169 pages.
  • 3. Chretiennot C.E. Freins des éleveurs et stratégie vaccinale, Journées nationales des groupements techniques vétérinaires 2020, 455-460.
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