Parasites du chat : un danger pour l’humain ? - La Semaine Vétérinaire n° 1919 du 05/11/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1919 du 05/11/2021

Santé publique

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Mylène Panizo

La plupart des zoonoses parasitaires impliquant les chats peuvent être évitées en respectant des mesures d’hygiène et en les vermifugeant régulièrement. Gros plan sur quatre agents zoonotiques observés en France avec Jacques Guillot, spécialiste en parasitologie à Oniris.

Le chat peut héberger de nombreux parasites, dont certains zoonotiques. Ces derniers se transmettent au chat par l’environnement, l’ingestion d’hôtes intermédiaires ou une contamination intraspécifique. Les infestations par des endoparasites sont fréquentes et concernent le plus souvent des chats de moins d’un an, qui ont accès à l’extérieur (comportement de chasseur) et ne sont pas traités par des vermifuges. Les parasites transmissibles à l’humain le sont par contact direct avec le chat, par le biais d’un environnement contaminé ou par ingestion d’éléments infestants. Gros plan sur quatre agents zoonotiques observés en France avec Jacques Guillot, diplômé EVPC, spécialiste en parasitologie à Oniris (Nantes), à l’occasion d’une web conférence organisée par Boehringer Ingelheim le 30 septembre 2021.

Le dermatophyte Microsporum canis

Microsporum canis est un agent de zoonose fréquent mais peu pathogène. Les chats se contaminent par l’environnement – les spores sont très résistantes dans le milieu extérieur – ou par contact avec un animal contaminé. L’humain s’infecte par le contact de la peau avec des spores du champignon. Elles provoquent des lésions nommées épidermophytose circinée (lésion cutanée prurigineuse avec un pourtour inflammatoire) et parfois une atteinte du cuir chevelu chez les enfants (Tinea capitis).

La prévention passe par une détection précoce, en prenant en considération le contexte épidémiologique (adoption récente d’un chaton trouvé à l’extérieur) et l’aspect clinique (lésions alopéciques), en utilisant la lampe de Wood et, pour un diagnostic de certitude, en réalisant une culture mycologique (essentielle pour un chat asymptomatique).

Le respect des mesures d’hygiène et la décontamination de l’environnement sont essentiels (aspirateur, machine à laver pour les tissus contaminés, désinfectants tels que l’énilconazole). Le traitement de première intention chez le chat est l’itraconazole en suspension buvable, en association avec un traitement local d’énilconazole.

Le nématode Toxocara cati

Il s’agit d’un parasite de l’intestin grêle des chats, qui se contaminent par l’ingestion d’œufs embryonnés, la prédation d’hôtes intermédiaires ou le lait maternel chez le chaton. L’être humain s’infecte par l’ingestion d’œufs embryonnés, ce qui induit une larva migrans viscérale. Cette maladie est souvent asymptomatique, et donc probablement sous-diagnostiquée. Chez les enfants, elle peut provoquer des douleurs abdominales, de l’asthénie, des manifestations asthmatiformes ainsi que des troubles oculaires.

Selon une étude, jusqu’à 25 % des chatons de moins de 6 mois, 16 % des chats adultes et 33 % des chats errants en Europe sont porteurs de Toxocara cati. La séroprévalence vis-à-vis des Toxocara chez l’humain en France est estimée à 40 % en zone rurale, 5 % en zone urbaine et jusqu’à 90 % en régions tropicales, notamment à la Réunion. Les facteurs de risque de contamination dépendent du contexte de vie et du comportement (milieu socio-économique défavorisé, mauvaise hygiène, pica, géophagie, contacts avec de nombreux carnivores domestiques). Pour limiter le risque de contamination humaine par Toxocara cati, il convient de respecter des mesures d’hygiène, de vermifuger systématiquement les chatons dès l’âge de 3 semaines, tous les 15 jours jusqu’au sevrage, puis tous les mois jusqu’à 6 mois. Afin de limiter la contamination précoce des chatons, il est conseillé de vermifuger la chatte en fin de gestation (à 60 jours). L’utilisation des anthelminthiques larvicides est recommandée. La vermifugation du chat adulte dépend de son mode de vie. L’idéal est de réaliser des analyses coproscopiques régulières.

Le cestode Echinococcus multilocularis

L’hôte définitif du parasite est le renard – parfois le chien, et plus rarement le chat –, qui rejette dans l’environnement des selles contaminées. Les œufs de ce parasite sont les éléments infestants pour l’humain, qui se contamine en ingérant par exemple des baies sauvages. Il peut alors contracter une maladie rare mais grave, car très difficile à traiter. La larve d’Echinococcus multilocularis envahit le foie pendant plusieurs années, provoquant une échinococcose alvéolaire (asthénie, douleurs abdominales, hépatomégalie, vomissements, etc.). Depuis 2007, 30 nouveaux cas par an sont recensés, localisés majoritairement dans la région Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté. La prévention passe par le respect des mesures d’hygiène et la vermifugation mensuelle avec du praziquantel pour les chats qui vivent dans une zone d’enzootie et chassent activement.

Le protozoaire Toxoplasma gondii

Le chat, hôte définitif de ce parasite, se contamine par l’ingestion d’ookystes ou par des proies contaminées. L’humain se contamine de deux façons : soit par l’ingestion d’ookystes sporulés provenant des matières fécales des chats, soit, cas majoritaire, par des kystes à bradyzoïtes, la contamination se fait alors par la consommation de viandes, surtout de mouton, insuffisamment cuites. Le chat contaminé rejette dans ses selles les ookystes pendant une à deux semaines dans le milieu extérieur (qui peut contaminer un chat ou un humain ou entrer dans la chaîne alimentaire lorsque les animaux de rente ingèrent les ookystes). Il faut 24 à 48 heures pour que les ookystes évoluent et deviennent infectants pour un nouvel hôte.

En France, en 2021, 30 à 40 % de la population est séropositive. La plupart du temps la maladie est asymptomatique. Le risque concerne une primo-infection chez une femme enceinte – car le fœtus peut être contaminé par voie transplacentaire, induisant des malformations, voire une mortalité – ou une personne immunodéprimée – pouvant développer une forme de toxoplasmose pulmonaire et cérébrale. Environ 250 cas de toxoplasmose congénitale sont recensés chaque année, sur environ 800 000 naissances annuelles.

La prévention passe par le respect des mesures d’hygiène (cuisson à cœur de la viande, lavage des fruits et légumes, retrait tous les jours des selles du chat de la litière, etc.). Le chat est encore beaucoup incriminé par les médecins ou les sages-femmes. Une femme enceinte séronégative peut tout à fait cohabiter sereinement avec son chat si elle est informée. Il est donc primordial de continuer à dédiaboliser le chat. Le Comité scientifique européen d’études des parasites des animaux de compagnie, l’Esccap (pour European Scientific Counsel Companion Animal Parasites), met à disposition des fiches informatives concernant la toxoplasmose1.

Évaluer le statut du chat du foyer ne présente que peu d’intérêt, car il ne permet pas d’évaluer durablement le risque représenté par l’animal : un chat séropositif peut ne plus excréter d’ookystes ou un séronégatif peut se contaminer plus tard ; quant à la la coproscopie, elle est souvent négative car la période d’excrétion des ookystes est très courte.

Plusieurs vaccins sont à l’étude chez les chats, le but étant d’empêcher le rejet d’ookystes dans l’environnement, et les ruminants, afin d’éviter la formation de kystes infestants. Un vaccin existe sur le marché pour les brebis, qui permet de limiter les risques d’avortement liés à la toxoplasmose.

  • 1. Le site internet de l’association Esccap dispose de ressources bibliographiques, de fiches conseils et d’aide à la réalisation et à l’analyse des coproscopies.
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