La cryptosporidiose, une maladie à risques pour les vétérinaires - La Semaine Vétérinaire n° 1919 du 05/11/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1919 du 05/11/2021

Zoonose

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Karim Adjou

Les parasites du genre Cryptosporidium sont sources d’épidémies d’origine alimentaire et hydrique et provoquent des diarrhées. Chez les adultes en bonne santé et les enfants, les troubles digestifs liés aux différentes Cryptosporidium spp. (Cryptosporidium hominis, Cryptosporidium parvum) peuvent entraîner une diarrhée sévère et d’autres symptômes gastro-intestinaux susceptibles de durer jusqu’à 2 semaines, tandis que chez les personnes immunodéprimées, la cryptosporidiose peut évoluer vers des infections chroniques ou extra-intestinales. Or, les bovins sont le principal réservoir de C. parvum, et l’infection est fréquente chez les veaux qui peuvent alors présenter une diarrhée et excréter jusqu’à 107 oocystes par gramme de fèces.

Un risque zoonotique réel

Le risque d’affection zoonotique lors de contact rapproché avec des bovins est donc réel. Ainsi, des épidémies de cryptosporidioses chez des étudiants en médecine vétérinaire ont été rapportées suite à la manipulation directe de veaux pendant la formation universitaire (université d’Uppsala en Suède). Certaines d’entre elles sont liées à des exercices de fœtotomies, opération obstétricale impliquant la dissection intra-utérine d’un fœtus mort pour permettre son extraction vaginale, qui dans le cursus vétérinaire peuvent être pratiquées sur des veaux morts placés à l’intérieur d’utérus artificiel. Dernier exemple en date, en septembre 2018, le Statens Serum Institut (SSI) de Copenhague (Danemark) a été contacté par le département des sciences cliniques vétérinaires de l’université de Copenhague après que plusieurs étudiants ont présenté des symptômes compatibles avec la cryptosporidiose en assistant à un exercice de fœtotomie. Des épidémies similaires s’étant produites auparavant, une équipe multidisciplinaire, comprenant des vétérinaires, des médecins, des parasitologues, des épidémiologistes, des spécialistes de la lutte contre les infections et des experts en santé publique, a alors été formée selon l’approche One Health afin de mener une enquête visant à identifier les principaux facteurs de risque des épidémies et à proposer des mesures préventives pertinentes.

Des données à exploiter

L’enquête de cohorte prospective1, réalisée pour identifier les facteurs de risque et fournir des conseils pour prévenir les épidémies de cryptosporidiose dans ce contexte, a permis de montrer que sur les 97 étudiants qui ont assisté aux exercices de fœtotomie 11 cas étaient confirmés ou probables (PCR en temps réel Cryptosporidium spp. réalisée dans leurs échantillons de matières fécales). Pour les échantillons Cryptosporidium positifs, le sous-typage gp60 a été effectué et a montré que Cryptosporidium parvum IIaA15G2R1 (un sous-type zoonotique, hypertransmissible et bien connu en Europe) a été détecté à la fois chez les cas humains et chez les veaux. Par ailleurs, plusieurs facteurs de risque de cryptosporidiose ont été identifiés : la réalisation de l’exercice sur un veau diarrhéique, d’autant plus qu’il a une charge fécale élevée (principalement veaux âgés de 7 jours et plus) ; le signalement d’une contamination fécale visible sur l’équipement de protection individuelle (EPI) ; et le signalement de problèmes avec l’EPI pendant l’exercice. D’après les résultats de cette étude, il est donc recommandé d’utiliser des veaux non infectés pour les exercices d’enseignement, de se servir des EPI de manière appropriée et de se laver soigneusement les mains afin de réduire le risque de contracter une cryptosporidiose lors des exercices en général, et de fœtotomie en particulier.

  • 1. Thomas-Lopez D., Müller L., Vestergaard L.S. et coll.  Veterinary students have a higher risk of contracting cryptosporidiosis when calves with high fecal Cryptosporidium loads are used for fetotomy exercises. Appl Environ Microbiol., 202 0 ;8 6(19 ) :e01250-20. http://www.bit.ly/3vtAl77
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