Anesthésier l’animal cardiopathe - La Semaine Vétérinaire n° 1919 du 05/11/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1919 du 05/11/2021

Chirurgie

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Gwénaël Outters

Un système cardiovasculaire défaillant oblige le praticien à une réflexion minutieuse sur le protocole anesthésique pour éviter le pire et mener à bien la procédure anesthésique : assurer la fonction cardiaque de distribution d’oxygène aux cellules malgré la dépression cardiaque, les altérations physiologiques, les interférences pharmacodynamiques et pharmacocinétiques que les molécules d’anesthesie vont inévitablement produire.

Stabilisation avant l’intervention

L’examen préopératoire doit quantifier le degré d’insuffisance cardiaque. Il s’intéresse à symptômes apparents, comme l’intolérance à l’effort, la dyspnée, la léthargie, la toux, la présence de syncopes ou de convulsions, afin de prescrire des examens complémentaires. À partir de ces éléments, le patient est traité et stabilisé : le surplus de fluide peut-être réduit par des diurétiques, la contractilité du cœur doit être améliorée (pimobendane, digoxine, β1-agoniste, inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine), tout cela pour réduire le travail du cœur (repos, vasodilatateurs, antistress, contention douce) et contrôler les arythmies.

Les affections secondaires doivent régresser à la mise en place de ces premières mesures. Cependant, la persistance d’arythmies, d’une hyperviscosité sanguine, d’un œdème pulmonaire, d’une insuffisance rénale, etc. doit être prise en charge au risque de vouer à l’échec toute tentative d’anesthésie.

Minimiser le travail du cœur

L’anesthésie doit garantir une oxygénation et une perfusion périphérique adéquates. Toutes les molécules anesthésiques induisent une dépression cardiaque : elle est réduite au strict nécessaire par le suivi de la profondeur de l’anesthésie. Oxygénation, analgésie et gestion du stress concourent à minimiser également le travail du cœur. « La stratégie anesthésique ne se réduit pas à injecter un produit anesthésique », rappelle Luca Zilberstein.

L’acépromazine est une molécule tranquillisante plutôt vasodilatatrice. Les opioïdes (méthadone, butorphanol) apportent une tranquillisation « neutre » ; la morphine produit une excitabilité néfaste chez les félins et un état de nausée inconfortable pour tous les animaux. L’association ketamine-propofol (1 mg de ketamine + 1 mg de propofol/ kg) soutient la contractilité cardiaque (peu hypotenseur). L’isoflurane et le sévoflurane sont fortement vasodilatateurs et inhibent une partie de la contractilité cardiaque ; leur concentration doit être réduite le plus possible. La douleur est gérée par une perfusion de kétamine, midazolam et fentanyl et la pratique d’anesthésies locorégionales. Les inductions au masque ne sont pas conseillées du fait de leur complexité, de leur lenteur et du risque de pollution pour le vétérinaire. La ventilation artificielle influence négativement la postcharge et réduit le remplissage cardiaque, donc le débit cardiaque : si elle est pratiquée, il convient de veiller à ce que le temps d’expiration est bien supérieur au temps d’inspiration.

La mesure de la pression invasive est indispensable, car précise et continue. La capnographie, paramètre incontournable, mesure le CO2 produit par le métabolisme en lien avec la ventilation et la circulation ; si la ventilation est stable, toute la variation de CO2 dépend du débit cardiaque.

Adaptation du protocole selon les affections cardiaques

Chaque cardiopathie présente une problématique particulière à prendre en compte pour l’anesthésie. Le tableau résume les protocoles recommandés pour les principales d’entre elles.


CONFÉRENCIER

LUCA ZILBERSTEIN, Dipl. ECVAA, spécialiste en anesthésiologie et analgésie vétérinaire, praticien au CHV Advetia, Vélizy-Villacoublay (Yvelines)

Article rédigé d’après une conférence présentée au e-congrès de l’Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie (Afvac) en décembre 2020.

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