La vente d’animaux de compagnie en animaleries fait débat - La Semaine Vétérinaire n° 1918 du 29/10/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1918 du 29/10/2021

DOSSIER

Auteur(s) : PAR CHANTAL BÉRAUD

Alors que plusieurs pays européens ont interdit le commerce de chiens et de chats en animaleries, ce sujet divise dans l'Hexagone. Vendre des animaux de compagnie domestiques exposés dans une cage choque certains. Faudra-t-il l’interdire ou peut-on améliorer les pratiques des animaleries-jardineries ?

Indéniablement, certains faits sont glaçants : d’après le rapport d’information de la député Typhanie Degois présenté devant l’Assemblée nationale, concernant « la protection du bien-être animal (BEA) au sein de l’Union européenne », il y aurait 46 000 chiens vendus chaque mois entre les États, la plupart d’entre eux sans être enregistrés. « Les animaleries semblent très peu regardantes sur la provenance et l’âge des animaux, en particulier pour les chiots qu’elles reçoivent principalement en provenance d’Europe de l’Est. Ainsi, entre 50 000 et 100 000 chiots entreraient en France chaque année grâce à des faux papiers, sachant qu’il existe un besoin estimé à 800 000 chiots en France (…) Lesdits chiots, achetés entre 150 et 300 euros, seront revendus entre 1 000 et 1 500 euros au minimum. Ces importations représentent en outre un risque sanitaire majeur car ces chiens n’ont pas été vaccinés ou l’ont été seulement juste avant leur départ », s’inquiète la député.

La fraude, un « sport » national ?

Aujourd’hui, le trafic mondial d’animaux se place à la troisième place du commerce illégal, derrière les armes et la drogue, notamment car les fraudeurs risquent de faibles sanctions. Et le magazine Paris Match, dans une enquête sur le sujet1, d’enfoncer le clou : « En France, le trafic d’animaux est un sport national ! » Plus sobrement, le député Loïc Dombreval, vétérinaire de formation, confirme qu’il existe actuellement « une multiplication de faux éleveurs, avec de faux numéros d’identification d’entreprises et de Siren. C’est pourquoi je souhaite toujours interdire la vente de chiens et de chats en animaleries ainsi que sur les sites Internet généralistes, comme Le Bon Coin. Il faudrait réserver ces ventes aux sites spécialisés n’acceptant que des annonces en ligne émanant d’éleveurs professionnels ou amateurs certifiés. »

Une évolution éthique à venir ?

Et Loïc Dombreval de poursuivre : « La vente de chiens et de chats en animaleries est déjà interdite en Grande Bretagne, en Wallonie (Belgique), en Californie, à Madrid, etc., car cela répond à une demande sociétale et éthique : personnellement, je trouve choquant qu’on puisse continuer à vendre des animaux vivants derrière une vitrine. Divers sondages montrent qu’une part croissante de Français pensent de même. »

Les animaleries, une filière hétéroclite ?

Ce marché des animaleries-jardineries est disparate : y coexistent notamment de grandes enseignes et des entreprises indépendantes, plus ou moins petites. À défaut de leur interdire la vente de chiens et de chats, était-il possible de mieux les contrôler ? « Je pense que l’État n’a pas les moyens d’opérer ces contrôles », estime Loïc Dombreval. Et que répond-il à la proposition de René Michau, président du Syndicat des professionnels de l’animal familier (Prodaf) qui souhaiterait2 « que les éleveurs professionnels français et les animaleries puissent créer et bénéficier d’un agrément labellisé FBEAC, filière bien-être animal de compagnie, afin de permettre aux familles d’acquérir un animal dans une totale transparence ». « Je me méfie des labels qui se multiplient et ne reposent fréquemment que sur de l’autocontrôle, répond le député. Il est vrai que nous manquons souvent de données, de chiffres relatifs à l’animal de compagnie en France, qui nous permettraient d’appuyer encore plus certaines politiques publiques visant à leur meilleure protection. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé et obtenu en 2021 la création d’un Observatoire de la protection de l’animal de compagnie, en France. »

1. http://www.bit.ly/3BOv4cL

2. http://www.bit.ly/3j3N3on

ENTRETIEN AVEC EMMANUEL RISI

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J’assure une visite sanitaire mensuelle en animaleries

Emmanuel Risi (N 99), via FauneVet, est un praticien libéral qui assure, avec un autre vétérinaire, la visite sanitaire de douze animaleries dans le secteur de Nantes et de Rennes. Retour sur son vécu de « terrain ».

De quelles espèces animales assurez-vous le suivi sanitaire ?

Dans ma zone, les animaleries ne commercialisent déjà quasiment plus de chiens et de chats. En revanche, je vois beaucoup de NACs (furets, lapins, divers rongeurs, volailles, oiseaux, reptiles, poissons). La DDPP 44, [direction départementale de la protection des populations Loire-Atlantique, NDLR], leur demande depuis plus de vingt ans de faire effectuer une visite sanitaire une fois par mois, alors même que la loi ne contraint normalement les animaleries qu’à une visite minimale deux fois par an ! En passant une fois par mois, j’estime avoir les moyens d’exercer mon mandat sanitaire de manière satisfaisante.

En quoi consistent vos visites sanitaires mensuelles ?

Je vérifie notamment l’état de santé des animaux présents, les installations, la propreté, le nettoyage, l’état de conservation des aliments, les congélateurs où sont conservés les cadavres. J’ai en fait un questionnaire type de routine où figurent une cinquantaine de questions. Travaillant depuis plus de vingt ans dans ce domaine, j’ai réellement vu de nombreuses animaleries faire des efforts pour « monter en gamme ». Elles sont devenues beaucoup plus regardantes sur la provenance des animaux, ainsi que sur le suivi des protocoles sanitaires que nous mettons ensemble en place. Les densités d’animaux par cage ont été nettement réduites, car beaucoup d’animaleries travaillent désormais à flux tendus. Cela signifie qu’elles n’ont plus en stock beaucoup d’animaux. Les grands perroquets qui attendaient autrefois plus d’un an pour être achetés, c’est heureusement du passé. Désormais, l’acheteur prépaye l’oiseau et la commande à l’éleveur s’ensuit.

Quelles améliorations d’hébergement les plus fréquentes observez-vous ?

Il y a maintenant souvent des barrières pour empêcher le public de taper sur les cages des oiseaux. Les magasins ont aussi désormais l’obligation de mettre de maisonnettes où les rongeurs peuvent se soustraire aux regards. Les animaleries ont d’ailleurs normalement tout intérêt à procéder à des enrichissements du milieu (roues pour les rongeurs, cordelettes balançoires pour les oiseaux, etc.) car elles vendent aussi leurs jouets ! Oui, je crois que certains animaux y bénéficient de conditions de vie parfois plus correctes que chez certains propriétaires.

Reste-t-il néanmoins beaucoup de « casse » au transport ?

Il ne faut pas transporter les animaux en période excessive de chaleur ou de froid. Plus l’animal est petit, plus il est sensible au stress thermique et au stress tout court – notamment les petits rongeurs et les lapins. Il faut que les animaleries travaillent de plus en plus en circuit court avec de « petits » éleveurs locaux. Il m’arrive de constater l’arrivée d’animaux parfois à peine sevrés, mais cela reste un phénomène minoritaire. Cela arrive par exemple quand un élevage a eu plus de nouveau-nés que prévu et que du coup il « sature » !

Que se passerait-il si on interdisait aux animaleries de commercialiser toute espèce de « vivant » ?

Cela favoriserait l’essor de circuits de vente encore moins contrôlables, toutes sortes de fraudes et de trafics ! Il faut savoir qu’il y a des vols jusqu’à l’intérieur même des magasins. Et ni un vétérinaire sanitaire ni une DDPP ne pourraient aller contrôler des centaines de petits élevages privés différents.

Des associations accusent les animaleries de ne pas soigner leurs bêtes, est-ce vrai ?

Il est certain que si je propose une radio de 60 euros pour un animal qui sera vendu entre 10 et 15 euros, ce ne sera jamais accepté. C’est pourquoi j’aimerais que nos animaux de compagnie soient vendus plus chers à leurs futurs propriétaires, pour que l’on puisse aussi augmenter leur niveau de soins. Ceci dit, j’ai réussi à mettre en place dans les animaleries où je travaille des traitements préventifs, notamment contre la teigne et certaines diarrhées. On fait par lot. Passer une fois par mois me permet d’en contrôler les applications, pour éviter que du « laisser-aller » ne s’installe. Notre équipe de vétérinaires est en outre joignable 7 jours sur 7 et le personnel de l’animalerie dispose de nos protocoles de soins pour certaines maladies fréquentes. Mais il est vrai que quand un lapin se casse une patte, je l’euthanasie. Je ne vois pas comment faire autrement ?

Et que fait-on des « invendus » ?

Les animaleries dont je m’occupe se débrouillent pour les faire adopter. Ou ils les donnent à des écoles de vente en animalerie pour leur formation pratique. Je n’ai jamais eu à euthanasier un animal parce qu’il ne s’était pas vendu. Les animaleries attendent les ventes le temps qu’il faut, avant de procéder à leur remplacement par de nouveaux jeunes animaux.

Qu’en est-il de la formation du personnel ?

Le point qu’il faudrait à l’avenir encore monter en gamme, c’est justement la formation des vendeurs et des soigneurs en animaleries ! Arrêtons de ne former essentiellement leur personnel qu’à la vente.

Certaines animaleries font-elles plus d’efforts que d’autres ?

Les animaleries constituent sans doute un monde hétéroclite : peut-être qu’à Paris ou en Île-de-France, il reste encore de nombreuses ventes de chiens et de chats, ou même des locaux vétustes ? Je n’en sais rien. Personnellement, je constate que les grandes enseignes où je travaille font beaucoup d’efforts. Elles suivent un peu les mêmes évolutions que les parcs zoologiques. Certaines d’entre elles ont des responsables de la qualité et du bien-être animal. Il y a même un vétérinaire référent interne à Jardiland.

YANNICK PÉRENNÈS

Directeur général au centre hospitalier vétérinaire (CHV) AniCura Pommery, à Reims

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Inventons de nouveaux concepts de jardineries-animaleries !

Les chiots qui ont vécu trop longtemps en cage développent fréquemment des phobies par manque de stimulation. Ceux provenant d’un cadre familial n’ont pas peur des bruits ou des enfants. Par ailleurs, regrouper avant leur vente des animaux de provenances diverses dans un lieu clos tel qu’une animalerie est favorable au développement des maladies contagieuses, favorisées de plus par le stress. Donc oui, j’aimerais que les animaleries changent et qu’au lieu d’exposer des chiots ou des chatons dans des vitrines, elles se transforment en un lieu de prise de contact entre acheteurs et éleveurs. Et pour éviter l’achat compulsif, il vaut mieux ne pas pouvoir acheter l’animal dès le premier regard. J’aimerais donc également qu’une sorte de « permis d’achat » impose à tout futur propriétaire l’obligation préalable de se rendre dans un refuge de proximité, soit pour y adopter un animal, soit pour prendre conscience de la réalité des abandons.

LAURENT COTTAIS

Responsable du service Bien-être animal, Maxi Zoo 

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Nous ne vendons plus ni chiens ni chats ni même d’oiseaux

Depuis 2014, Maxi Zoo a fait le choix de ne plus vendre de chiots et de chatons. Nous orientons nos clients soit vers des éleveurs professionnels soit vers des refuges. Depuis 2020, nous ne vendons plus d’oiseaux non plus. Pourquoi ? Parce qu’ils supportent mal le transport et les changements de température. Ce sont aussi des animaux fragiles : seuls les éleveurs spécialisés en ont vraiment une connaissance technique pointue suffisante. En outre, lesdits éleveurs disposent de conditions d’hébergement meilleures qu’en animaleries, même si les normes y sont respectées. En revanche, nous continuons à vendre leurs cages, mais pas en dessous de 70 cm de large, pour leur bien-être.

En résumé, seule une quarantaine de nos magasins – sur 260 en France – proposent aujourd’hui d’y acheter d’autres animaux de compagnie – rongeurs, lapins, reptiles, etc. – car ils ont une surface de vente assez grande pour disposer d’infrastructures permettant d’accueillir dans de bonnes conditions de petits pensionnaires.

À quelles obligations légales sont soumises les animaleries ?

L’activité des animaleries pour les animaux de compagnie d’espèces domestiques est de plus en plus encadrée1. L’arrêté principal de référence date du 3 avril 2014 : il impose notamment l’obligation de réaliser des autocontrôles. Ce texte comprend deux annexes qui donnent de nombreuses précisions : dans l’annexe 1, les règles générales, dont le contenu du règlement sanitaire élaboré avec le vétérinaire, les soins aux animaux, etc. ; l’autre annexe précise les règles par espèce et par activité, et édicte notamment des normes de surface pour les chiens et les chats, mais pas pour les autres espèces. Pour tous les animaux, doivent cependant être respectés les besoins physiologiques et comportementaux fondamentaux.

Ces nouvelles règles, applicables dès le 1er janvier 2015, ont été contrôlées avec « pédagogie » par les instructeurs, durant une période de six mois2. En outre, un Guide des bonnes pratiques3 (GBP) a été complètement actualisé et validé par le ministère de l’Agriculture en 2021. Il est facultatif, mais le professionnel qui n’applique pas le GDP générique élaboré par la profession doit normalement démontrer à l’Inspecteur de la DDPP la pertinence des moyens qu’il met en œuvre en application de son analyse de risque personnelle.

1. Historique paru dans le Bulletin de l'Académie vétérinaire de France, 2017, tome 170, no 2.

2. Instruction technique de la DGAL/ SDSPA, sous-direction de la santé et de protection animales, en date du 24 décembre 2014.

3. Contenu du GBP dans la Semaine Vétérinaire no 1905, du 25 juin 2021.

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