Pandémie : quel rôle joue la profession dans les comités de santé mixte ? - La Semaine Vétérinaire n° 1915 du 08/10/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1915 du 08/10/2021

EXPRESSION / LA QUESTION EN DÉBAT

EXPRESSION

Auteur(s) : Propos recueillis par Chantal Béraud

Le Conseil scientifique national Covid-19 et deux comités de santé territoriaux, à Nice et en Nouvelle-Aquitaine, intègrent des vétérinaires dans une réflexion commune interdisciplinaire de lutte contre la pandémie. Pour quelle utilité ?

THIERRY LEFRANÇOIS (A 92)

Chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et au Conseil scientifique Covid-19

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Contribuons à l’intelligence collective

La présence de vétérinaires dans des comités mixtes est un début de mobilisation, de reconnaissance symbolique de l’expertise de notre profession. Qui mériterait d’être étendue à d’autres territoires car il faudra parvenir à décliner davantage la politique One Health à un niveau local. Mon avis est sollicité dans le cadre d’une réflexion collective nationale interdisciplinaire, qui réunit sciences médicales et sciences sociales. C’est de l’intelligence collective. J’ai évidemment un rôle d’expert à jouer pour la santé animale, grâce à mes propres connaissances et à la consultation régulière d’un réseau de confrères. Par mon travail en Afrique et en Outre-mer, je contribue à l’approche internationale de la crise. À l’avenir, il nous faudra ensemble davantage travailler sur la prévention des crises, et pas seulement leur détection précoce et leur gestion, en construisant des socioécosystèmes peu favorables à leur émergence.

MARC PRIKAZSKY (A 83)

Président de Ceva Santé animale

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À un virage d’intégration

Par la volonté d’Alain Rousset, président de Nouvelle-Aquitaine, le conseil scientifique régional intègre des membres aux compétences diverses. Quel est mon rôle ? Nos connaissances acquises en santé animale sur la gestion et l’évolution de la bronchite infectieuse de la volaille me permettent d’expliquer pourquoi je pense que la pandémie est loin d’être terminée, comment des variants échappent au vaccin, mais comment il sera possible de faire des rappels qui permettront de lutter contre eux. D’où l’absolue nécessité de surveiller leur évolution. En qualité d’épidémiologues, les vétérinaires sont capables de prévoir l’évolution de cette maladie. Par ailleurs, un homme politique qui sait s’entourer de scientifiques décisionnaires de haut niveau parvient parfois à mieux agir. Ainsi, pour former ici des animaux à la détection du Covid-19, il a fallu nous coordonner : le président de région a obtenu du Préfet la venue de chiens ; le laboratoire Ceva a financé les bâtiments où les former ; et le CHU de Bordeaux a effectué les prélèvements de sueur sur les humains. 

JEAN-LUC ANGOT (T 82)

Président honoraire de l’Académie vétérinaire de France (AVF)

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Intensifions le recours à la profession

Il est dommage qu’il n’existe, à l’échelon local, que deux comités locaux de santé mixte qui intègrent des vétérinaires dans le cadre d’une réflexion collective. Si la profession avait été mieux associée au début de la pandémie, cela aurait pu notamment permettre de recourir plus tôt et plus massivement aux laboratoires vétérinaires départementaux pour la réalisation de tests PCR. De fait, il a fallu lever beaucoup de réticences pour qu’un vétérinaire fasse finalement partie du Conseil scientifique national Covid-19. C’est pourquoi, oui, je crois que la médecine humaine est encore trop axée sur le soin individuel. Et que les compétences des vétérinaires en matière de gestion de crises sanitaires, d’épidémiologie populationnelle ainsi que leurs connaissances des écosystèmes ne sont pas encore suffisamment connues et reconnues. Si l’on veut à l’avenir développer une politique One Health au niveau territorial, assortie d’actions concrètes de terrain, il faudra absolument lui adjoindre des compétences vétérinaires.

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