Engouement inquiétant pour l’ivermectine - La Semaine Vétérinaire n° 1915 du 08/10/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1915 du 08/10/2021

Covid-19

PHARMACIE

Auteur(s) : Par Céline Gaillard-Lardy

Les États-Unis font face à une augmentation préoccupante des cas d’intoxication humaine à l’ivermectine, malgré les mises en garde de l’OMS et de la FDA. Une équipe de chercheurs vient de révéler dans la revue Nature Medicine que la plupart des études montrant un bénéfice de cette molécule ont été biaisées.

Petit rappel des faits : plusieurs études avaient soulevé la possibilité d’une action favorable de l’ivermectine dans le traitement du Covid-19. Parmi celles-ci, une étude de l’institut Pasteur, menée sur un modèle de souris, montrait que l’ivermectine, en tant que modulateur du récepteur nicotinique de l’acétylcholine, pourrait diminuer l’inflammation au niveau des voies respiratoires et réduire le risque de perte d’odorat, sans action sur la réplication virale.

Une utilisation hors recommandation

Forts de ces résultats préliminaires, l’intérêt pour cette molécule a grandi. Deux pays européens avaient accordé une autorisation d’utilisation provisoire de l’ivermectine contre le Covid-19 : la Slovaquie en janvier et la République tchèque en mars. Mais ce médicament était déjà administré à grande échelle depuis le printemps 2020 dans plusieurs pays d’Amérique du Sud : Bolivie, Guatemala, Honduras, certains états du Mexique ainsi que le Pérou, qui l’a finalement retiré de la liste des traitements recommandés le 26 mars dernier. Parallèlement, dans plusieurs pays, elle circule en dehors de toute recommandation officielle : Bolivie, Inde, Afrique du Sud.

Les États-Unis sont également frappés par cet engouement, largement alimenté par la défiance vis-à-vis des autorités et la prise de position de nombreuses personnalités n’appartenant ni de près ni de loin au monde médical, forçant la Food and Drug Administration (FDA) à réagir : « Vous n’êtes pas un cheval. Vous n’êtes pas une vache. Sérieusement, arrêtez tous maintenant », a-t-elle tweeté le 21 août dernier, après avoir reçu de multiples rapports médicaux de patients ayant nécessité une hospitalisation en urgence suite à la prise d’ivermectine pour chevaux. Un article du New York Times, en date du 28 septembre, fait même état de difficultés d’approvisionnement pour les cliniques américaines, voire de pénurie d’ivermectine vétérinaire. De plus, « les prescriptions de formulations humaines d’ivermectine sont passées à plus de 88 000 par semaine, contre une valeur de référence prépandémique de 3 600 », selon le Centers for Disease Control and Prevention (CDC).

Des réserves sur son efficacité

Pourtant, l’Agence européenne du médicament (EMA) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avaient émis des réserves sur l’efficacité de cette molécule dans le traitement du Covid-19 dès mars dernier1 et en déconseillaient l’utilisation dans ce cadre. Le 22 septembre dernier, les résultats d’une analyse minutieuse des études disponibles ont été publiés dans Nature Medecine2 : « Plusieurs centaines de milliers de patients ont reçu de l’ivermectine, en s’appuyant sur une base de preuves qui s’est considérablement évaporée sous un examen minutieux (…) S’appuyer sur des études de faible qualité ou douteuses dans le climat mondial actuel présente des dommages graves et immédiats. »

  • 1. La Semaine Vétérinaire, no 1892, 26 mars 2021, page 15.
  • 2. Lawrence J.M., Meyerowitz-Katz G., Heathers J.A.J. et coll., The lesson of ivermectin : meta-analyses based on summary data alone are inherently unreliable, Nat Med., 2021. https://doi.org/10.1038/s41591-021-01535-y
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