Soins intensifs, une discipline en plein essor - La Semaine Vétérinaire n° 1913 du 24/09/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1913 du 24/09/2021

Pratique

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Tanit Halfon

Face à des propriétaires en demande de soins de plus en plus poussés, les unités de soins intensifs se développent en médecine vétérinaire. Le point avec Céline Pouzot-Nevoret, cheffe de service de l’unité de soins intensifs (Siamu) du centre hospitalier universitaire de VetAgro Sup.

À l’instar de la médecine humaine, la médecine vétérinaire dispose désormais d’unités dédiées aux soins intensifs. Les nouvelles techniques s’y développent très rapidement, explique Céline Pouzot-Nevoret, enseignante-chercheuse titulaire du Collège européen d’urgence et de soins intensifs de VetAgro Sup.

Comment définir les soins intensifs en médecine vétérinaire ?

Comme en médecine humaine, il s’agit de soins délivrés en continu, 24 heures sur 24, à des animaux gravement malades. Ces soins s’effectuent dans des unités dédiées, car l’état clinique de l’animal nécessite un haut niveau de soins et des outils techniques adaptés.

Quels éléments expliquent le développement de la discipline ?

Il est intimement lié à celui des autres disciplines médicales : derrière une prise en charge générale de l’animal de plus en plus poussée, et des cas plus compliqués, transparaît le besoin d’une plus grande technicité au niveau des soins intensifs, notamment pour tout ce qui est suivi postopératoire.

Tout cela va de pair avec la demande en soins de plus en plus approfondis de la part des propriétaires d’animaux. À mon sens, le seul facteur limitant au développement des soins intensifs est le faible nombre de vétérinaires qui se destinent à sa pratique, car c’est très chronophage, avec des cas très complexes à prendre en charge et une détresse des propriétaires forcément plus importante.

Quelles ont été les avancées notables de ces dernières années ?

J’en listerai plusieurs. Tout d’abord, la technique Pocus (pour Point-of-care ultrasound) en échographie, qui a probablement plus révolutionné les urgences que les soins intensifs à proprement parler à la fois pour le diagnostic différentiel et la réalisation des procédures d’urgence comme la thoracentèse. À la différence de l’échographie exploratoire standardisée, réalisée par un vétérinaire spécialiste, il s’agit d’utiliser cet outil de manière ciblée, pour répondre à une question donnée, dans un contexte d’urgence. Cela a été permis par le développement de machines plus petites, pouvant être transportées directement au chevet de l’animal. Ainsi, l’examen échographique a montré son intérêt pour la détection des épanchements thoraciques, à la place de la radiographie, qui impliquait d’attendre que l’animal soit un minimum stabilisé. On accélère donc sa prise en charge. On peut l’utiliser aussi pour évaluer la volémie d’un animal. Dans cet usage en urgence, les mesures échographiques sont différentes de celles réalisées lors d’un examen standard. La dialyse est également en plein essor, ce qui permet de mieux prendre en charge les insuffisances rénales aiguës, comme les cas de leptospirose. Citons enfin les avancées en transfusion sanguine, notamment pour le chat, et l’oxygénothérapie haut débit qui améliore la prise en charge des détresses respiratoires. En parallèle du développement des techniques, nous disposons d’un nombre croissant de recommandations d’experts, ou guidelines, pour améliorer le la prise en charge des animaux.

Certaines pratiques peuvent-elles trouver leur place dans des établissements généralistes ?

Oui, car l’objectif des techniques développées est qu’elles soient faciles à utiliser et donnant un résultat rapide. De plus, les progrès techniques réalisés par les constructeurs rendent les machines de plus en plus petites et abordables. Ainsi, les techniques échographiques Pocus ou l’oxygénothérapie haut débit peuvent tout à fait trouver leur place.

Quelles sont les évolutions attendues ?

Les techniques de monitorage, via l’échographie, de la volémie et de la microperfusion tissulaire vont se développer : cela permettra d’analyser plus finement qu’avec la seule pression artérielle l’état de perfusion d’un organe. On progresse aussi dans l’évaluation de l’hémostase, avec de nouveaux indicateurs, et la possibilité de le faire directement au chevet de l’animal. Enfin, la technique d’oxygénothérapie haut débit est amenée à se démocratiser. Aujourd’hui, on peut dire que les nouvelles techniques utilisables en unités de soins intensifs se développent très rapidement, ce qui est une très bonne chose. On échange aussi beaucoup plus entre confrères et consœurs vétérinaires du monde entier, tout comme avec nos collègues médecins.

Un Collège européen récent

Signe que la discipline en est en plein essor, le Collège européen correspondant (ECVECC, pour European College of Veterinary Emergency and Critical Care1) a été créé en 2014. En seulement sept ans, 64 diplomates de 12 pays en sont maintenant diplômés. En France, ils sont 7 à en être titulaires.

1. http://www.ecvecc.org

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