Maîtrise durable du parasitisme à la mise à l’herbe  - La Semaine Vétérinaire n° 1913 du 24/09/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1913 du 24/09/2021

Bovins

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Clothilde Barde

CONFÉRENCIER

Philippe Camuset, commission parasitologie de la Société nationale groupements techniques vétérinaires (SNGTV)

Article rédigé d’après la conférence présentée lors du congrès de la SNGTV du 28 au 30 octobre 2020 à Poitiers.

Ce texte est le second d’une série de deux articles.

Les animaux d’élevage peuvent être atteints gravement lors d’affections parasitaires. C'est pourquoi le conférencier a détaillé les protocoles de maîtrise médicale de l’infestation parasitaire envisageables à la mise à l’herbe.

Inconvénients des traitements de printemps

Les inconvénients des traitements antiparasitaires réalisés à la mise à l'herbe sont nombreux et il importe de tenir compte du rapport bénéfices-risques en termes d’impact environnemental et de genèse de résistance antiparasitaire de ce type de stratégie. Ainsi, au-delà de la sélection de parasites résistants, exacerbée pour les lactones macrocycliques, la toxicité des antiparasitaires sur la faune non-cible fait désormais l’objet d’investigations systématiques. Il existe une toxicité avérée pour la faune des fumiers (lactones macrocycliques, oxyclozanide, closantel, nitroxynil, triclabendazole), pour la faune aquatique ainsi que les poissons et les mollusques bivalves (moxidectine, oxyclozanide, benzimidazoles).Toutefois, la toxicité la plus régulièrement prise en compte est celle à l’encontre de la faune coprophage et les nématodes du sol qui concerne majoritairement le closantel et les lactones macrocycliques, avec une toxicité moindre de la moxidectine par rapport aux avermectines (doramectine, ivermectine, éprinomectine). Il importe donc d’éviter les traitements nécessitant l'usage des molécules les plus toxiques pendant les périodes d’activité majeure des insectes coprophages – surtout au printemps et en automne – et, de façon générale, de les utiliser de façon très raisonnée. En ce qui concerne les strongyloses digestives, est conseillé l'usage du bolus à libération séquentielle d’oxfendazole (Repidose Farmintic) – son impact environnemental est actuellement considéré comme nul mais avec un prix de revient supérieur en dessous de 400 kg environ et une mise en place difficile – ou la moxidectine injectable (200 µg/kg).

Phyto et aromathérapie

Certaines pratiques alternatives ont montré une certaine efficacité surtout chez les petits ruminants et plus particulièrement chez la chèvre. Elles incluent notamment la consommation de plantes à tanins (lotier, sainfoin), de chicorée, d’écorces de châtaigniers ainsi que la fréquentation de zones boisées ou avec des haies. Toutefois, bien que l’efficacité de ces mesures soit bien démontrée in vitro, in vivo, les résultats peinent à être optimisés. Concernant l’homéopathie, l’administration de cina 15CH et de spigelia anthelmia 15CH est réputée réduire l’impact du parasitisme, mais là aussi les résultats sont controversés (taille des lots insuffisants, absence de lots témoins, différences de performances non significatives, etc.). De même, il n’est jamais abordé l’aspect résidus ou toxicité de ces médecines complémentaires, dont on ne peut exclure l’existence, bien qu’a priori les résidus observés soient en dessous des valeurs sans effet.

Traiter en cours de saison ou façon sélective

Les traitements en cours de saison de pâturage ont deux avantages. Ils respectent la population parasitaire sauvage qui a survécu à l’hiver et lui permettent de se pérenniser et se multiplier pendant une à deux générations selon la climatologie et la date de traitement choisie. De plus, en n’étant pas appliqués au printemps, et lorsqu’il s’agit de molécules toxiques, pour l’entomofaune en particulier, ils évitent les périodes de reproduction des insectes ainsi que de leurs prédateurs. Une autre façon de limiter la sélection de parasites résistants et l’impact environnemental des traitements antiparasitaires est de ne traiter que deux types d’animaux, qui d’ailleurs ne sont pas forcément les mêmes. Il s’agit des animaux qui souffrent le plus de l’infestation parasitaire – excrétion parasitaire forte lors de contamination par Cooperiaet hématocrite basse ou pepsinogène sérique élevé pour Ostertagia   –, mais aussi des animaux qui recyclent le plus les parasites, saturant ainsi le milieu en formes infestantes et générant un danger pour leurs congénères. 

Utilisation prédictive d’analyses de laboratoire ou de la coproscopie

Il est également possible d’utiliser les données obtenues sur les taux de pepsinogènes de l’année précédant l’utilisation d’une parcelle. En effet, dans le cas où le résultat est faible sur les animaux, la parcelle est peu contaminée à la fin de la saison de pâturage. En sachant qu’une grande partie des larves meurt en hiver, la contamination résiduelle pourra être considérée comme faible à la mise à l’herbe. Cela permettra d’alléger la pression antiparasitaire pour la saison concernée. « Il faut toutefois rester vigilant car, d’expérience, si les conditions climatiques sont propices, le pâturage se recontamine très vite et très fort ! »,prévient Philippe Camuset. Par ailleurs, des travaux publiés en 2001 montrent que des coproscopies réalisées huit semaines après la mise à l’herbe ont une certaine valeur prédictive d’un impact clinique des strongles gastro-intestinaux lors de pâturage sans rotation. Le seuil retenu était de 200 opg : au-delà de ce seuil, la probabilité d’une atteinte clinique était de 92 % ; en deçà, de 29 %. 

Les clés pour choisir la bonne option

Par conséquent, pour la gestion des strongyloses gastro-intestinales, les possibilités sont très variées, tant en termes de molécules utilisables, de dates de traitement que de choix des animaux à traiter. Les résultats zootechniques et économiques viendront ensuite conforter les décisions prises. Des coproscopies ou des sérologies de pepsinogène pourront aussi valider le bien-fondé des options choisies et servir de base à la réflexion pour la saison de pâturage ultérieure. L’utilisation d’examens complémentaires permet également d'objectiver les décisions prises et d’affiner la réflexion pour l’année de pâturage suivante. En cela, c’est un formidable outil de fidélisation de l’éleveur dans une démarche de gestion raisonnée et durable du parasitisme au pâturage. Lors de l’abord au moment du bilan sanitaire d’élevage, voire lors de la délivrance des antiparasitaires conseillés, il est donc fondamental que l’éleveur comprenne que le choix de la bonne stratégie antiparasitaire résulte d’un raisonnement complexe, qui demande une grande finesse d’analyse, qu’elle soit intellectuelle, épidémiologique ou adossée à des examens de laboratoire. Cette prise de conscience sera non seulement à l’origine de sa fidélisation mais aussi sera créatrice d’une demande d’examens complémentaires, en particulier parasitologiques. La suite logique de cette évolution sera la création d’une offre de services dans ce domaine qui se développera rapidement et pourra aussi être proposée aux détenteurs d’équidés ou de petits ruminants.

  • Bibliographie
  • Gaudin E.,.Le sainfoin déshydraté : un modèle de nutricament dans la lutte contre les nematodes parasites des petits ruminants, thèse de doctorat vétérinaire, Toulouse, 2017.
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  • Vercruysse J., Claerebout E., Treatment vs non-treatment of helminth infections in cattle: defining the threshold, Vet parasitol., 2001;98(1-3):195-214.
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