La gourme : dépistage et prévention - La Semaine Vétérinaire n° 1911 du 10/09/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1911 du 10/09/2021

Infection

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Marine Neveux

Albertine Léon-Seck,  cheffe de l’unité Prévention et stratégies thérapeutiques, pôle d’analyses et de recherche Labéo à Caen (Calvados)

Article rédigé d’après la conférence « Enjeux de la gourme en France : dépistage et prévention »présentée en ligne lors des Journées sciences et innovations équines organisées par l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), les 20 et 21 mai 2021.

La gourme est une maladie bactérienne due à Streptococcus equi subsp equi. C’est une affection des voies respiratoires supérieures, spécifique des équidés et fortement contagieuse. En France en 2019, 31 foyers ont été dénombrés et 15 en 2020. Cette maladie est sous diagnostiquée sur l’Hexagone ; en Angleterre, 600 cas sont déclarés annuellement.

Améliorer les outils diagnostiques

Afin d’améliorer le diagnostic, l’équipe d’Albertine Léon a réalisé des tests de terrain d’ampleur, regroupant 3 groupes de chevaux : 1) malades ; 2) porteurs asymptomatiques, c’est-à-dire des chevaux ayant été au contact avec un congénère malade mais sans signes cliniques lors des prélèvements, 3) un groupe sain. Les analyses ont porté sur le sang, les écouvillons nasopharyngés et le lavage des poches gutturales. Les chevaux ont été suivis de façon longitudinale (jusqu’à 5 prélèvements). La collecte a eu lieu de novembre 2016 à mars 2019, incluant dans l’étude 203 chevaux.

Sérologies

Au niveau sérologique, les méthodes indirectes ont été testées : mesure du fibrinogène et des neutrophiles, marqueurs de l’inflammation. Ces paramètres varient pour la gourme mais ne sont pas spécifiques. Le test Elisa (pour enzyme linked immunosorbent assay)est un outil de screening de groupe assez intéressant mais qui ne permet pas de mettre en évidence notamment des porteurs asymptomatiques.

Culture bactérienne

L’équipe a comparé la culture bactérienne de lavage nasopharyngé avec celle des poches gutturales. Ont été isolés 55 souches de 23 chevaux et 13 foyers : 15 souches sur des écouvillons nasopharyngés seulement dans le groupe malade ; et 40 souches à partir des lavages de poches gutturales, et ce, surtout dans le groupe des porteurs asymptomatiques.

PCR

La PCR a montré qu’elle était plus sensible que la culture. Dans les écouvillons nasopharyngés, on a pu détecter un signal seulement 25 jours après les signes cliniques, alors que dans les lavages des poches gutturales, ce signal a pu être détecté jusqu’à 75 jours.

La PCR est aussi utile pour détecter les porteurs asymptomatiques, ce qui est un des enjeux majeurs de cette maladie.

Démarche diagnostique

Face à un cheval potentiellement exposé, le gold standard est la réalisation d’une PCR au niveau des poches gutturales et une voie alternative est la sérologie – moins onéreuse mais qui peut passer à côté de cas positifs, parmi lesquels les asymptomatiques. Lors de PCR positive sur les poches gutturales, le traitement est adapté en fonction de l’état clinique. Avec l’écouvillon nasopharyngé associé à la culture ou à la PCR, on risque de passer à côté des choses et d’avoir des faux négatifs. Cette combinaison est recommandée lors d’un cas clinique avéré.

Points à retenir

- La meilleure combinaison pour détecter la gourme est la réalisation d’une PCR sur lavage des poches gutturales, notamment pour détecter les porteurs asymptomatiques. À ce jour, aucun test ne garantit à 100 % qu’un cheval est indemne de gourme.

- L’application des mesures sanitaires reste donc primordiale pour contrôler cette maladie (quarantaine, zonage).

- La détection et l’isolement des porteurs asymptomatiques sont les facteurs clés pour contrôler la transmission et la résurgence de la maladie.

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