La téléconsultation à la traîne - La Semaine Vétérinaire n° 1910 du 03/09/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1910 du 03/09/2021

e-santé

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Par Tanit Halfon

Le premier colloque organisé par le collectif Vet in Tech a apporté des réponses sur les usages de la téléconsultation. En toile de fond, une faible adhésion, tant pour les éleveurs que pour les propriétaires d’animaux de compagnie.

En mai dernier, nous dressions un bilan mitigé de l’expérimentation de la télémédecine vétérinaire1 : étaient inscrits sur le listing de l’Ordre seulement un peu plus de 1 000 vétérinaires, 350 établissements, pour un total d’environ 600 actes déclarés. Si ça ne prend pas encore côté vétérinaire, qu’en est-il côté usager ? Des éléments de réponse ont été donnés lors du tout premier colloque organisé par Vet in Tech, Numanima, le 7 juillet dernier à Oniris. Olivier Perroy, fondateur et directeur associé de Linkyvet, dénombre ainsi plus de 1 200 utilisateurs, plus de 10 500 ouvertures de tchats et plus de 6 000 visios. Sur un échantillon de 1 000 visio-consultations2, le prix moyen d’une téléconsultation est de 65 euros pour une durée de 14 minutes. Avec des différences : le praticien généraliste facture en moyenne 45 euros pour 10 minutes de consultation, et le spécialiste 75 euros pour 17 minutes. Sans surprise, la plateforme est surtout utilisée pour la consultation de carnivores domestiques : 50 % environ pour les chats et 46 % pour les chiens.

Peu de consultations de première intention

Parmi les motifs de consultation, deux ressortent particulièrement : les conseils (22 % des usages) et les suivis (37 %). Certaines cliniques ont remplacé des appels téléphoniques par des visios, précise Olivier Perroy, pouvant amener à une valorisation financière. En troisième position, on trouve les urgences (13 %). Les seules consultations de première intention représentées sont celles de comportement (11 %) et de dermatologie (5 %). L’outil tchat de Linkyvet est également plébiscité pour le suivi, en particulier chirurgical (29 %). À noter qu’il est aussi utilisé pour prendre, et donner, des nouvelles d’un animal hospitalisé, que ce soit pour une journée ou plusieurs jours.

Pourtant, la téléconsultation a encore du mal à démarrer en France. Selon une enquête réalisée par Vet in Tech, en association avec la société de conseil et d’études BVA, une minorité d’éleveurs (bovins lait, viande, porcs, mixte porcs/bovins) et de propriétaires d’animaux de compagnie a déjà bénéficié d’une téléconsultation depuis mai 2020 : cela correspond à environ 10 % des éleveurs (19 % en porc !) et seulement 3 % des propriétaires d’animaux de compagnie.

Des marges de progrès ?

À la question « parmi les services listés, quels sont les 3 plus importants ? » posée à des propriétaires d’animaux de compagnie, la téléconsultation arrive en cinquième position (29 %). Le top 3 étant dominé par les urgences 24/24 (80 %), la prise de rendez-vous en ligne (50 %) et les plans de prévention ex æquo avec les échanges par mail (32-31 %).

Malgré ce lent démarrage, une marge de progression existe : 55 % à 68 % des éleveurs et 55 % des propriétaires d’animaux de compagnie envisagent de faire ou ont déjà réalisé une téléconsultation. Mais toujours pas d’adhésion pour la consultation de première intention : comme pour Linkyvet, l’enquête montre que les propriétaires d’animaux de compagnie voient surtout dans la téléconsultation un outil pour obtenir des conseils (70 %, motif no 1), suivi de l’urgence (40 %), du renouvellement d’ordonnance (36 %), de la consultation de suivi (26 %) et en toute fin de la consultation de première intention (24 %). Pour les éleveurs, les motifs qui se dégagent sont la rapidité d’intervention et un coût moins élevé.

  • 2. La plateforme, principalement utilisée en France, se déploie dans d’autres pays : les données présentées ici les incluent.
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