Assurance santé animale : des raisons d’y croire - La Semaine Vétérinaire n° 1910 du 03/09/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1910 du 03/09/2021

DOSSIER

Auteur(s) : Par Jacques Nadel

Le taux d’équipement en assurance santé animale reste faible en France. Mais avec une croissance de 10 % par an, voire plus à l’avenir avec l’arrivée de nouveaux acteurs, notamment des InsurTech, ces start-up assurantielles, et le lancement du tiers payant par le leader du secteur, il pourrait enfin prendre son envol.

Le décollage se fait attendre. Alors que le marché de l’assurance santé animale (ASA) est en pleine expansion dans plusieurs pays européens, la France est un peu à la traîne. En Suède, la proportion de chats et chiens assurés s’élève à 80 %, au Royaume-Uni à 40 %, et notre pays reste très loin derrière avec un score de 6 %. Pourtant, selon la fédération des fabricants d’aliments pour chiens, chats, oiseaux et autres animaux familiers (Facco), plus de la moitié des foyers français possèdent un animal de compagnie et on dénombre 22 millions de chats et chiens dans les ménages tricolores. Au vu de ces statistiques, les perspectives de croissance s’avèrent donc élevées. D’autant plus que le marché de l’assurance animale connaît une hausse annuelle de 10 % en France (selon les acteurs, en l’absence de données officielles). Autre signe attestant qu’il est florissant : de nouveaux acteurs aux fortes ambitions se lancent dans l’assurance santé pour animaux. Tous les ingrédients semblent donc réunis pour que ce marché décolle !

Les causes du retard français

Dans les pays anglo-saxons, où la sécurité sociale est moins prégnante qu’en France, payer pour sa santé est normal. Dans l’Hexagone, où la culture de la gratuité des soins en humaine est forte, on est moins habitué. Gilles Saucier, de la direction technique groupements-unité assurances biens et responsabilités d’Allianz, résume l’origine de l’écart qui sépare la France du peloton de tête : « Les innovations dans l’assurance comme dans d’autres secteurs prennent du temps à s’installer en France, mais surtout le lien avec l’animal de compagnie est culturellement différent en Europe du Nord. La situation évolue, notamment avec les jeunes propriétaires d’animaux dans un contexte de confinement qui a eu un effet très positif sur le nombre d’adoptions de chiens et de chats auprès des refuges, des associations et des élevages. Depuis avril 2020, ce nombre est en hausse de 10 à 15 %, selon le Syndicat national des professions du chien et du chat (SNPCC). »

Il a fallu également du temps au marché français pour trouver ses marques et un équilibre technique en termes de gestion des risques et de profitabilité, entre le montant des cotisations et celui des prestations versées. « Ce marché n’était pas suffisamment mature et les opérateurs qui ont perdu de l’argent se sont retirés », raconte Lionel Nataf, P.-D.G. de GeFi Pet Insurance, courtier spécialisé en assurance santé chien chat depuis 2006. Après le temps du « bricolage », le marché s’est structuré et a acquis une expérience stable et saine.

SantéVet n’est pas le leader du secteur par hasard – une centaine de milliers de primes d’assurance depuis sa création en 2003. Comme l’explique Jérôme Salord, son fondateur et président de la Compagnie des animaux (CDA) – SantéVet, Bulle Bleue et Jim & Joe –, sa force a été de considérer l’assurance animale comme un vrai marché et d’avoir su tout de suite modéliser un système permettant d’équilibrer ce business et de le rendre profitable. « Les marques qui ont réussi à s’imposer sont celles développées par des spécialistes de l’assurance santé animale : Petplan au Royaume-Uni, Agria en Suède », ajoute-t-il.

Les jeunes loups des start-up

Un constat qui a mis la puce à l’oreille à Otherwise, nouvel acteur et pionnier de l’assurance collaborative en Franc depuis 2016. « Ayant commencé par la santé humaine et l’assurance auto, Otherwise s’est recentré de manière stratégique sur l’assurance santé pour chiens et chats il y a trois ans », explique Cécile Mérine, cofondatrice et directrice de la communication d’Otherwise. Le modèle fondé par cette start-up de l’Insurtech en assurances s’appuie sur un bonus collaboratif qui encourage les comportements responsables : une assurance au juste prix qui rembourse en cas de sinistre bien sûr, mais aussi reverse une partie des primes au prorata des cotisations quand l’enveloppe n’a pas été complètement consommée. « Cette année, nous avons redistribué à nos assurés 10 % de cette cagnotte », indique-t-elle. Grâce à ce mécanisme et à une meilleure expérience utilisateur, cette jeune pousse – plusieurs milliers de contrats à son actif – espère défier les principaux acteurs du marché.

La concurrence s’agite, surtout du côté des start-up. L’arrivée récente de nouveaux acteurs digitaux est un signe fort de vitalité du marché selon Cécile Mérine. « Les start-up telles qu’Otherwhise développent des outils numériques et ont à cœur de proposer une offre à valeur ajoutée, une qualité de services et une fluidité des échanges entre assureurs et assurés. Ainsi, nos remboursements sont effectués sous 24 heures et à effet immédiat sans date de valeur », précise-t-elle.

Parmi les nouveaux entrants : Lovys à l’été 2020 avec une offre 100 % digital et personnalisable élaborée aux côtés de la mutuelle d’assurances Altima – filiale du groupe Maif – et du réassureur Swiss Re ; Dalma au printemps 2021, etc. Présentant des modèles plus flexibles et des formules assurantielles correspondant aux attentes et aux réalités du marché actuel, ces jeunes « assurtech » peuvent démocratiser ce type d’offres grâce à des tarifs qu’ils estiment plus abordables que ceux de leurs concurrents. Ainsi, Dalma propose un abonnement mensuel pour une formule complète à 10,99 euros pour un chien et 7,99 euros pour un chat. « Les grandes compagnies d’assurances d’animaux fixent un prix jusqu’à 25 % plus cher », affirme cette start-up.

Pour se différencier, Vicanis, lancé en mars dernier, s’est spécialisé dans l’accueil et l’accompagnement des chiens après le départ du propriétaire (décès, invalidité, dépendance). À la fois courtier en assurance et résidence d’accueil pour les animaux des seniors, il propose lors de la succession du propriétaire décédé une solution complète de garde définitive pour garantir l’avenir du fidèle compagnon.

Dans la stratégie des grands assureurs

La démocratisation de l’ASA a introduit une distinction entre les courtiers du marché (SantéVet, Bulle Bleue, AssurOne, Solly Azar, GeFi Pet Insurance, Assur O’Poil, Fidanimo, AG2R-La Mondiale, etc.), les assureurs (Allianz, Axa, Amaguiz, filiale du groupe Groupama, Matmut, Swiss Life, l’Équité, filiale d’assurance dommages de Generali France, etc.) et les banquiers assureurs (Crédit Mutuel, Société Générale, BNP, La Banque Postale, etc.), dont les produits d’assurance sont souvent gérés par ces mêmes courtiers. Ainsi, AssurOne gère en délégation totale l’offre de la Matmut, le pôle ASA de la Banque Postale et deux nouveaux partenaires en 2022. « La présence de ces grandes entreprises contribue à soigner l’image de l’ASA auprès des propriétaires des animaux de compagnie », estime Bertrand de Torcy, courtier expert courtier expert pour AssurOne, qui gère environ 10 000 contrats sur 2021 et plus de 1 000 dossiers de sinistre chaque mois.

Plusieurs raisons conduisent les grands groupes à se positionner sur ce marché. « Allianz France est un assureur généraliste qui entend offrir à ses clients les solutions d’assurance qui répondent à tous leurs besoins de la vie quotidienne, il était donc normal de proposer une gamme d’assurance animalière », explique Gilles Saucier. Une offre commercialisée à la fois par son réseau et par des courtiers spécialisés (SantéVet, Fidanimo). « Les dépenses de santé de la population canine sont en croissance et le budget santé est à un niveau suffisamment élevé pour que ce transfert du risque à l’assureur soit pertinent pour le consommateur », explique-t-il.

Afin de répondre à la demande et pour mieux fidéliser ses sociétaires, le Groupe Matmut a lancé courant 2020 un contrat d’assurance santé animale : Assur’4 pattes. « Afin de compléter son offre d’assurance, conformément à sa stratégie visant à en faire un groupe complet d’assurance et dans sa logique de proximité – “complice de vies” – avec celles et ceux lui faisant confiance, la Matmut commercialise ce contrat, sans porter le risque, en partenariat avec AssurOne », précise Guillaume Buiron, responsable de la communication de la Matmut. Bien que récemment lancé, plus d’un millier de contrats ont déjà été vendus – sur 7,6 millions de contrats d’assurance gérés par la Matmut pour le compte de plus de 4 millions de sociétaires.

Un autre regard sur l’assurance

Au-delà de la diversité des offres et de la promotion qui en est faite auprès des Français – telles les pubs TV pour SantéVet –, un faisceau d’indices en faveur du développement durable de ce marché converge aujourd’hui. « De récentes études chiffrent la croissance attendue du marché mondial de l’assurance santé animale à plus de 10 % », rapporte Gilles Saucier. Cela sera sans doute vrai en France – la prévision est même plutôt de 15 % – avec une population canine et féline qui augmente, des clients plus jeunes souscripteurs de formules d’assurance très couvrantes. Selon des données d’une étude de février 2021 du comparateur d’assurance chien et chat, Hyperassur.com, les propriétaires ont le plus souvent entre 26 et 35 ans – 27 % et 37 % respectivement pour les chiens et les chats – et assurent leurs compagnons quand ils sont jeunes : 60 % des chiens et 48 % des chats ont moins de 1 an, 44 % des chiens ont moins de 6 mois, tandis que 60 % assurent leur animal avec le niveau de couverture maximal.

Le travail pédagogique réalisé porte également ses fruits. Selon une enquête nationale IPSOS réalisée en 2020 pour SantéVet, 94 % des propriétaires de chats et 92 % des propriétaires de chiens ont connaissance de l’assurance santé animale. Ils sont, pour la plupart, informés par leur vétérinaire ou Internet.

De plus, « la sensibilité accrue au bien-être animal, l’humanisation des animaux de compagnie et la hausse régulière des tarifs vétérinaires due aux progrès scientifiques sont autant de facteurs qui vont porter la croissance du marché », assure Gilles Saucier. Un avis partagé par Jérôme Salord : « L’augmentation de la qualité des soins tire la facture vers le haut. »

Avec les confinements, Cécile Mérine constate que les animaux de compagnie prennent une place de plus en plus prépondérante dans la vie et l’affect de leurs propriétaires. « Jusqu’ici, la question de la couverture assurance n’était pas forcément posée dans les bons termes, beaucoup de gens la perçoivent pour couvrir les dépenses de prévention, notamment les vaccinations ou la stérilisation de convenance, alors que la première de raison de souscription est l’accident ou la maladie », explique-t-elle. Cette prise de conscience, Lionel Nataf l’a constatée également : « Le regard vis-à-vis de l’assurance a changé. Les propriétaires d’animaux de compagnie ont une aversion au risque plus forte et les assurent par rapport à une expérience vécue, d’accident ou de maladie, et à l’arbitrage qu’ils peuvent faire entre protéger son compagnon d’un coup dur et le reste à vivre du foyer. »

PayVet vulgarise la santé animale

À la rentrée, SantéVet va révolutionner le financement des soins vétérinaires avec le lancement de PayVet, un nouveau service de facilité de paiement qui avance 100 % des factures vétérinaires à ses assurés au moment de la consultation et qui garantit au vétérinaire le règlement de la totalité de ses factures sous 48 heures. Grâce à l’application mobile SantéVet, chaque client assuré peut régler son vétérinaire avec PayVet au comptoir de la clinique. « Le reste à charge dépassant 50 euros pourra être payé en trois fois sans frais par les propriétaires », explique Jérôme Salord. Ce nouveau service, gratuit pour le vétérinaire et ses clients, sera accessible à toutes les cliniques de France. « L’application PayVet a été testée en grandeur nature sur presque 6 mois auprès d’une centaine de cliniques vétérinaires et sera promue dès septembre 2021 », annonce-t-il.

De quoi dynamiter cette niche de l’assurance évaluée selon les acteurs entre 200 et 250 millions d’euros annuels – sur laquelle SantéVet revendique 40 % de parts de marché et 2,5 % pour Bulle Bleue rachetée fin 2018. « Le tiers payant est un axe de développement vertueux pour les trois acteurs, estime Lionel Nataf. Le courtier et l’assureur gagneront par l’augmentation des flux et par la réduction des frais de fonctionnement induite par la dématérialisation des flux, l’avance de trésorerie participera à l’augmentation du panier de soins moyen et à l’augmentation de la fréquentation des cliniques vétérinaires, ainsi qu’à une meilleure santé des animaux. »

Seul risque à craindre, qui peut alimenter les réticences des vétérinaires : un nivellement par le bas des prix des actes techniques et des honoraires, car les remboursements seront calibrés à partir de prix moyens. « Certains vétérinaires pourront perdre à la marge sur le niveau de leur prestation isolée mais cette perte pourra être compensée par une augmentation plus significative des volumes axés sur plus d’accompagnement et de prévention, rassure Lionel Nataf. Une fois que le tuyau sera ouvert, le but est que tout le monde puisse se brancher. »

Dans cette hypothèse, les prévisions de croissance du marché sont très optimistes. Si le taux d’équipement passe à 15 % dans les prochaines années, Cécile Mérine estime qu’un marché à 1 milliard d’euros n’est pas utopique. Il pourrait aussi exploser et atteindre les 3 ou 4 milliards d’euros si 70 % des animaux domestiques étaient couverts, comme c’est le cas en Suède.

Perception de l’ASA en 2021

La moitié des possesseurs d’un animal de compagnie déclarent ne pas être intéressés par des offres d’assurances animalières, notamment concernant les chats. Toutefois, 3 possesseurs sur 10 souscrivent ou ont déjà souscrit à ce type d’assurances et 2 sur 10 l’envisagent. De leur côté, les réfractaires citent le manque de rentabilité et le coût trop élevé. Pour autant, les possesseurs qui souscrivent en ce moment à une assurance animalière semblent conquis. Les souscripteurs le sont depuis plus de quatre ans pour la moitié, ils sont 90 % à être satisfaits et à vouloir reconduire leur contrat.

Informations sur les ASA : les rappels de l’Ordre

Les vétérinaires doivent respecter l’article R. 242-62 du code de déontologie interdisant toute intermédiation d’assurance. « De ce fait, les vétérinaires ne peuvent pas être rémunérés par des sociétés d’assurance pour des contrats santé souscrits par leurs clients », précise Marc Veilly, secrétaire général du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires. En revanche, « ils peuvent mettre à disposition de leurs clients de l’information sur les assurances santé pour animaux sans en privilégier une. Le mieux, sans bien entendu être exhaustif, est d’avoir plusieurs documentations à mettre à disposition des clients. C’est au client qu’il revient de choisir l’assurance santé de son animal. »

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