QUOI DE NEUF SUR LE PORTAGE ASYMPTOMATIQUE DE SALMONELLA PAR LES BOVINS ? - La Semaine Vétérinaire n° 1908 du 27/08/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1908 du 27/08/2021

ENQUÊTE

PRATIQUE MIXTE

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE

Les résultats d’une étude récemment menée par une équipe de chercheurs français de l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses) ont permis d’améliorer les connaissances sur la prévalence, le sérotype et la circulation en France des différentes souches de salmonelles chez les bovins.

Un taux de 3 %. Telle est la prévalence de la bactérie Salmonella retrouvée par une équipe de chercheurs de l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses) dans le cadre d’une étude récemment menée chez des bovins dont le contenu intestinal a été prélevé à l’abattoir. Avec des niveaux de contamination pouvant atteindre 700 UFC (unité formant colonies)/g, 8 sérotypes ont été identifiés dont S. montevideo (34 %), S. mbandaka (24 %) et S. anatum (14 %). Or Salmonella spp. est une bactérie pathogène présente naturellement dans l’environnement, qui peut contaminer le tractus digestif des bovins, y séjourner et, lors de son excrétion, contaminer l’environnement du bovin, dont le lait et les fromages au lait cru. Les animaux peuvent être infectés de façon asymptomatique ou provoquer des symptômes généralement digestifs, voire des avortements1,2. En ce qui concerne les contaminations croisées des aliments lors de transformation3, les données collectées par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) ont indiqué que la prévalence globale chez les bovins était de 3,34 % dans l’Union européenne et qu’à l’abattoir 7,76 % des échantillons étaient positifs4.

Optimiser les protocoles de surveillance

Il s’agit de l’un des agents pathogènes d’origine alimentaire (viande de volaille, bœuf) les plus courants dans le monde, à l’origine de gastro-entérite aiguë chez l’homme, avec, en 2019 en Europe, 87 923 cas confirmés signalés. Au vu de ses conséquences sanitaires, économiques et en termes d’image, la maîtrise de la contamination par Salmonella spp. est une préoccupation majeure pour la filière bovine. Bien que de nombreuses mesures de maîtrise soient mises en place pour éviter la contamination des aliments par les vétérinaires, les éleveurs, les entreprises laitières et les groupements/associations de producteurs, des questions subsistent sur l’épidémiologie de la maladie. C’est pourquoi, dans cette étude, une équipe de ­l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) a cherché à mettre en évidence la présence de Salmonella chez les bovins en France, en étudiant la distribution des sérotypes, la diversité génétique des isolats de Salmonella et les liens épidémiologiques entre eux, mais aussi la transmission de la bactérie (portage intestinal de Salmonella spp. dans la production bovine). L’objectif : parvenir à une optimisation des protocoles de surveillance dans la production bovine. Au total, 959 échantillons intestinaux de bovins provenant de l’un des plus grands abattoirs français ont été analysés.

Les souches isolées ont été génotypées par électrophorèse sur gel en champ pulsé (ECP) afin de les regrouper en fonction de leur sérotype, et une sous-sélection a été réalisée par séquençage du génome entier (WGS). Il semble que la prévalence de Salmonella trouvée chez les bovins (3 %) soit conforme aux données de la littérature en Europe avec un portage asymptomatique de Salmonella chez les bovins, généralement inférieur à 5 % dans les échantillons de matières fécales. Toutefois, il est possible que l’incidence de la salmonellose ait été sous-estimée : d’une part, les échantillons de matières fécales ne sont pas nécessairement les sources les plus sensibles pour détecter la présence de Salmonella ; et d’autre part, certains bovins positifs peuvent avoir été omis par la méthode de détection utilisée3,5,6. Dans la présente enquête, ni l’âge des animaux (3,4 % de veaux, 2,7 % d’adultes), ni le type de bovins (3,7 % de vaches laitières, 2,2 % de bovins allaitants) n’étaient des facteurs discriminants pour le portage de Salmonella, contrairement aux données de la littérature6. En outre, la présence de salmonelles dans les échantillons variait d’une saison à l’autre, avec une augmentation lors de hausses des températures7 (période août-octobre dans un abattoir irlandais3).

Déterminer le lieu de contamination

Dans les 29 des 959 échantillons prélevés qui se sont avérés positifs pour Salmonella enterica, 8 sérotypes différents ont été isolés, parmi lesquels : S. montevideo, identifié comme le plus répandu, suivi de S. mbandaka et S. anatum ; S. virchow et S. typhimurium variante monophasique, couramment trouvés chez les bovins8. La répartition géographique des aires de reproduction n’a pas eu d’incidence sur le portage de la bactérie, même si le génotypage a mis en évidence des similitudes génétiques, suggérant un potentiel de liens épidémiologiques ou de contaminations croisées entre les animaux. Les métadonnées disponibles n’étaient cependant pas suffisamment détaillées pour déterminer les voies de contamination des bovins. Cette enquête a néanmoins permis d’évaluer si la contamination s’est produite au lieu de naissance des animaux ou à la ferme d’élevage, et de mettre en avant l’hypothèse d’une éventuelle contamination pendant le transport ou à l’abattoir (lorsqu’aucun lien entre les souches n’a été trouvé). Les connaissances acquises sur la prévalence et la diversité des sérotypes de Salmonella devraient donc permettre d’améliorer la compréhension de la dissémination de la bactérie dans la production française bovine, d’adapter les mesures de contrôle actuelles et de prévenir les problèmes de santé publique.

1. Rosenbaum Nielsen L., Review of pathogenesis and diagnostic methods of immediate relevance for epidemiology and control of Salmonella Dublin in cattle, Vet. Microbiol., 2013;162(1):1-9.

2. Guizelini C.C., Tutija J.F., Morais D.R. et coll., Outbreak investigation of septicemic salmonellosis in calves, J. Infect. Dev. Ctries, 2020;14(1):104-108.

3. Mcevoy J.M., Doherty A.M., Sheridan J.J. et coll., The prevalence of Salmonella spp. In bovine faecal, rumen and carcass samples at a commercial abattoir, J. Appl. Microbiol., 2003;94(4):693-700.

4. European Food Safety Authority, European Centre for Disease Prevention and Control, The European Union One Health 2019 Zoonoses Report, EFSA J., 2021;19(2):6406.

5. Çetin E., Temelli S., Eyigor A., Salmonella prevalence and serovar distribution in healthy slaughter sheep and cattle determined by ISO 6579 and VIDAS UP Salmonella methods, J. Food Sci. Technol., 2019;56(3):5317-5325.

6. Cummings K.J., Warnick L.D., Alexander K.A. et coll., The incidence of salmonellosis among dairy herds in the northeastern United States, J. Dairy Sci., 2009 ; 92(8):3766-3774.

7. Pangloli P., Dje Y., Ahmed O. Et coll., Seasonal incidence and molecular characterization of Salmonella from dairy cows, calves, and farm environment. Foodborne Pathog. Dis., 2008;5(1):87-96.

8. Ketema L., Ketema Z., Kiflu B. Et coll., Prevalence and antimicrobial susceptibility profile of Salmonella serovars isolated from slaughtered cattle in Addis Ababa, Ethiopia. Biomed Res. Int., 2018;4:9794869.

Article rédigé d’après un article de Laetitia Bonifait, Amandine Thépault, Louise Baugé, Sandra Rouxel, Françoise Le Gall and Marianne Chemaly, unité Hygiène et qualité des produits avicoles et porcins, Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses) : Occurrence of Salmonella in the Cattle Production in France, Microorganisms, 2021;9(4):872.

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