ÉTUDES VÉTÉRINAI RES EN EUROPE : OÙ EN EST-ON ? - La Semaine Vétérinaire n° 1908 du 27/08/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1908 du 27/08/2021

DOSSIER

Auteur(s) : CHANTAL BÉRAUD

DORÉNAVANT, LA BELGIQUE N’A PLUS LE MONOPOLE DES JEUNES FRANÇAIS QUI S’EXPATRIENT POUR LEURS ÉTUDES VÉTÉRINAIRES ! L’ESPAGNE ET MÊME LE PORTUGAL REÇOIVENT DE PLUS EN PLUS DE CANDIDATS. LE POINT SUR CETTE ÉVOLUTION, QUI SEMBLE PARTIE POUR DURER.

La part des primo-inscrits à l’Ordre diplômés hors de France augmente de nouveau : après plusieurs années de baisse (364 en 2008 contre 265 en 2013), ce nombre est reparti à la hausse pour atteindre 546 diplômés en 2020. Cela correspond à un peu plus d’un doublement du nombre de primo-inscrits diplômés hors de France par rapport à 2013 (voir figure 1). « Actuellement, en France, le nombre de vétérinaires inscrits à l’Ordre et diplômés d’un autre État membre passe de 26,8 à 30,3 % », note également Jacques Guérin, président du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires (Cnov), dans sa préface du dernier Atlas démographique de la profession.

Les études hors de France se taillent la part du lion !

Cette hausse est telle qu’en 2020 la part de ces primo-inscrits diplômés hors de France dépasse pour la première fois celle des diplômés des écoles vétérinaires françaises. Et ce, malgré l’augmentation parallèle du nombre de places offertes au concours français. En effet, sur 1 045 primo-inscrits, 52,5 %, Sont diplômés hors de France, contre 46 % En 2008. Comme 41,7 % D’entre eux sont de nationalité française, il y a 357 étudiants qui ont donc choisi un cursus à l’étranger, contre 261 en 2019 et 229 en 2018. Soit une augmentation de plus de 56 % En trois ans !

Haro sur la Belgique mais pas que…

Dès 2006, le gouvernement de la Communauté française de Belgique a obtenu auprès de l’Union européenne l’autorisation d’une limitation d’accès des étudiants étrangers à différents cursus, notamment en kinésithérapie, en orthophonie et pour les études vétérinaires. Aujourd’hui, on semble arrivé à une sorte de statu quo : malgré des fluctuations suivant les années, la tendance générale est à la diminution du poids de la Belgique (voir figure 2). En 2020, les diplômés de Belgique ne représentaient « plus que » 40,8 % Des diplômés hors de France, contre 76 % En 2008. Au profit donc des établissements des autres pays européens (voir figure 3).

Le Portugal, futur eldorado

Confrontés aux quotas désormais limités de la Belgique, les jeunes Français partent étudier ailleurs en Europe : l’analyse des statistiques de l’Ordre montre que le nombre de primo-inscrits diplômés de ces autres pays a presque quadruplé en 2020 par rapport à 2008 ! À cet égard, le Portugal est en train de pointer le nez, avec 0,7 % de diplômés primo-inscrits originaires de ce pays d’étude, d’après le dernier Atlas démographique de la profession. Trois universités privées à but non lucratif de ce pays rémunèrent d’ailleurs une plateforme en ligne pour gérer leur recrutement d’étudiants à l’international : il s’agit de GEDS-Grandes études de santé, créé par le Français Gilles Belissa. Ces 3 universités dispensent des cours en français durant la première année, puis les cinq années suivantes sont en portugais. Dans ce cadre, pour la rentrée 2021, l’université Cespu de Porto ouvre 40 places, tout comme l’euvg (Vasco de Gama) de Coimbra et l’université Egas Moniz de Lisbonne 20 places - avec, à la clé, une demande émanant de 1 708 candidats, dont 90 % De Français. Un phénomène déjà nettement en hausse, dont il faudra assurément suivre l’évolution dans les années à venir.

L’Espagne, une destination en vogue

Après la Belgique (voir figure 4), l’Espagne est le deuxième pays que sélectionnent prioritairement les jeunes Français pour suivre leurs études vétérinaires en Europe. Il y existe une dizaine d’écoles, publiques ou privées, dans des villes telles que Barcelone, Cordoue, Madrid, Saragosse… Avec ou sans cursus partiel d’intégration en français et/ou en anglais. L’université privée CEU Cardenal Herrera, à Valence, est l’un des établissements principaux du pays. En 2020, s’y sont inscrits 500 étudiants français. Son doyen, Joaquín J. Sopena Juncosa, confirme que « depuis l’ouverture du cursus bilingue français-espagnol en 2011, le nombre d’étudiants d’origine française a progressivement augmenté. Jusqu’à former aujourd’hui un groupe stable, qui devrait à mon avis rester à peu près identique en nombre d’ici les prochaines années ». Comment explique-t-il ce succès ? « Notre école a obtenu une accréditation totale de la part de l’association AEEEV [Association européenne des établissements d’enseignement vétérinaire, NDLR], en étant à la fois “approuvée” et “accréditée”. Elle est aussi le seul établissement en Espagne qui propose un cursus vétérinaire dans trois langues principales : espagnol, français et anglais. » Les Français représentent 70 % Des étudiants étrangers de cet établissement, les autres étant originaires de 25 autres pays.

Dans cette école, les étudiants font de la pratique dès leur première année d’étude, en étant encadrés par petits groupes. La seconde année est consacrée à un entraînement en préclinique, mais c’est en troisième année que leur formation pratique entre vraiment dans le dur. Le doyen de l’université CEU Cardenal Herrera estime cependant que le succès de son établissement tient également à d’autres critères : « Nous offrons à nos étudiants une approche personnelle et veillons à ce qu’ils développent du respect pour l’environnement. Nous les encourageons aussi à être bénévoles dans des associations, notamment au Kenya et au Liban, où ils contribuent à améliorer la santé et la reproduction du bétail. »

Pour quel retour en France ?

De nombreux praticiens français semblent en tout cas faire confiance à cet établissement espagnol, puisqu’ils lui transmettent directement des offres de stages ou même d’emploi ! Pour sa part, la praticienne Christine Bocquet (voir témoignage) dit « valider ce parcours d’enseignement de cinq ans, multidisciplinaire, sans perte de temps car toujours orienté exclusivement vers le monde vétérinaire ! J’ai eu l’occasion de tester en clinique des anciens élèves espagnols, et j’ai été conquise. » Et de conclure, pragmatique : « De toute façon, la France est en telle pénurie de main-d’œuvre qualifiée pour ce métier, que je n’ai aucun doute qu’ils puissent facilement trouver du travail dès leur sortie de l’école. »

Quant à Joaquín J. Sopena Juncosa, il assure effectivement que « la majorité des diplômés de Valence retourne ensuite travailler dans son pays d’origine. Mais un nombre non négligeable d’entre eux font aussi le choix soit de travailler en Espagne, soit d’orienter leurs carrières ailleurs, à l’international. » Le son de cloche est le même du côté du Portugal : ainsi Gilles Belissa déclare ainsi recevoir « déjà environ une fois par semaine une demande de cabinet vétérinaire qui cherche à recruter les futurs diplômés français du Portugal ».

Sources : diférentes éditions de l’Atlas démographiques de la profession vétérinaire et statistiques complémentaires fournies par l’Ordre national des vétérinaires.

Pour aller plus loin : www.bit.ly/3mv2fui

Une évolution sociétale progressive

TÉMOIGNAGE

MARC VEILLY

Secrétaire général du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires (Cnov)

Dans notre profession, c’est vers la fin des années 1990 que le nombre d’étudiants français partis faire des études vétérinaires en Belgique a durablement décollé. Quant à la reconnaissance des qualifications professionnelles entre les différents pays européens, elle est bien codifiée1 depuis 2005 : les diplômes délivrés dans l’Union européenne sont considérés comme équivalents et permettent donc d’y travailler partout. Par ailleurs, afin d’harmoniser encore mieux les diplômes vétérinaires européens, l’association privée AEEEV accrédite en plus (ou non) les différents établissements d’enseignement vétérinaire. Pour leur part, les étudiants français qui passent leur diplôme à l’étranger dans un État membre de l’UE reviennent majoritairement exercer dans notre pays. Certains jeunes sélectionnent en premier choix ce parcours pour « économiser » d’emblée deux ou trois années de classe préparatoire. Classes préparatoires qui, rappelons-le, n’existent nulle part ailleurs. Pour nous « réaligner » sur ce schéma européen et diversifier les profils des étudiants, la France vient de permettre à 160 étudiants d’intégrer directement en post-bac les ENVF, via Parcoursup.

1. Voir la directive 2005/36/CE du Parlement européen et du Conseil du 7 septembre 2005 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles : www.bit.ly/3AX9dix

POUR LES NON-BELGES : 133 PLACES CETTE RENTRÉE EN FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES

Pour cette rentrée 2021-2022, il y a un quota de 48 places pour des étudiants vétérinaires non-Belges à l’université de Liège. À l’université Libre de Bruxelles, 19 places sont ouvertes pour 90 dossiers déposés. L’université de Namur (Unamur) a reçu 104 dossiers, pour 40 places de disponibles. Et 26 places sont disponibles à Louvain.

ÉVOLUTION DU PROFIL DES DIPLOMES VETERINAIRES

Source : Atlas démographique de la profession vétérinaire 2021.

Ma fille étudie avec bonheur en Espagne

TÉMOIGNAGE

CHRISTINE BOCQUET (LYON 1991)

Praticienne vétérinaire à Mont-Doré, Grand Nouméa (Nouvelle-Calédonie)

Je suis ravie que ma fille n’ait pas eu à subir la pression des classes préparatoires en France. Ravie aussi qu’à l’entretien de sélection de l’université Cardinal Herrera, en Espagne, les examinateurs se soient certes intéressés à ses résultats scolaires, mais qu’ils aient aussi pris en compte l’équilibre psychologique des candidats, leurs goûts pour le sport ou les disciplines artistiques. Ravie qu’elle puisse étudier progressivement en langue étrangère, et devenir trilingue. Quant au coût de sa scolarité, il est de l’ordre de 15 000 euros annuel, pendant cinq ans. J’en ai d’abord été surprise ! Mais heureusement, il y a un moindre coût de la vie en Espagne, en termes de logement, d’alimentation et même de loisirs. Et puis ma fille sera sur le marché du travail deux à trois ans plus tôt puisqu’elle n’a pas suivi de classe préparatoire. Le différentiel se réduit donc encore et je pense même que le coût global reste au final moins élevé que des études françaises plus longues.

ROUMANIE : QUATRE CURSUS, PARTIELLEMENT EN FRANÇAIS OU EN ANGLAIS

Après la Belgique et l’Espagne, la Roumanie est le troisième pays le plus attractif pour les étudiants. Quatre établissements y proposent un cursus d’étude vétérinaire, partiellement en langues étrangères. L’école d’Iasi a un cursus en anglais et un autre en roumain (nombre de places disponibles en anglais pour la rentrée 2021: 50). L’université des sciences agricoles et de médecine vétérinaire de Bucarest offre un cursus en anglais depuis sept ans, en français depuis quatre ans (uniquement pour la première année d’étude) et en roumain. Il y a environ 30 places disponibles en sections anglaise et française. L’école de Timisoara offre pour cette rentrée 30 places pour le cursus en anglais, et 45 places pour le cursus en français. Enfin, l’école de Cluj-Napoca offrait, pour la rentrée 2019, environ 30 places en cursus anglais et environ 45 en cursus français. On peut donc en déduire que la Roumanie attire dans ses sections françaises, annuellement, un total de quelque 120 étudiants. Les frais de scolarité annuels sont compris entre 4 500 et 6 030 euros par an, selon les établissements.

CONNAÎTRE LES ÉCOLES ÉTRANGÈRES : UN PARCOURS DU COMBATTANT !

Il n’existe malheureusement aucun site synthétique sur les différentes écoles vétérinaires en Europe. Seule une navigation « aventureuse » sur Internet permet d’établir de premiers éléments de repérage. Ainsi, le site euroguidance-france.org indique où l’on peut suivre en Europe des cursus en langue anglaise ou française. Par ailleurs, l’Association privée européenne des établissements d’enseignement vétérinaire (AEEEV/www.eaeve.org en anglais) permet d’identifier les établissements qu’elle a accrédités : soit, en 2021, 101 des 110 établissements d’enseignement vétérinaire existant en Europe, privés et publics confondus. Dans sa rubrique « ESEVT » se trouvent archivés ses rapports de visite (à la rubrique « SER and Visitation Report of visited Establishments »). C’est une mine de renseignements, mais « à trier » au fil de centaines de pages ! Une manière complémentaire de se renseigner est de naviguer sur les réseaux sociaux. Alessandro Bertino, un étudiant qui suit un cursus vétérinaire en Allemagne, a créé un groupe Facebook1 public, où chacun (étudiant, parent, etc.) peut présenter une école et répondre aux très nombreuses questions que se posent les nouveaux candidats.

1. www.bit.ly/3k99k3z

Je suis ravie !

TÉMOIGNAGE

LAURINE VIBERT (FILLE DE CHRISTINE BOCQUET)

Étudiante en troisième année à l’université CEU Cardenal Herrera (Espagne)

Lors de ma terminale scientifique, j’ai décidé que je voulais à tout prix éviter une classe préparatoire BCPST1 en France, synonyme pour moi d’années de solitude et de souffrance psychologique. Je me suis d’abord renseignée uniquement sur les universités européennes qui proposaient un diplôme reconnu par l’association AEEEV. J’ai également consulté les sites Internet officiels propres à chaque établissement. Au final, j’ai postulé directement en Espagne et au Portugal. Suite à une présélection sur dossier, puis à un oral en français par Skype, j’ai été heureusement acceptée à mon premier choix : l’université CEU Cardenal Herrera, à Valence, dans leur cursus vétérinaire français-espagnol. Nous bénéficions d’une période d’adaptation d’un an et demi en cursus français, avant d’intégrer le cursus espagnol jusqu’à la fin des cinq années. Je m’y plais beaucoup car je trouve que les études sont complètes. Pour la formation pratique, nous avons la possibilité de réaliser nos stages de fin d’études en France ou dans un autre pays européen. Par ailleurs, l’Espagne offre une diversité ethnique et culturelle extraordinaire. J’y côtoie d’autres étudiants qui cherchent à créer de nouvelles relations sociales : nous nous soutenons durant les bons et les mauvais moments. Oui, décidément, si c’était à refaire, je ferai le même choix. Je recommande donc à d’autres mon université, même s’il est envisagé qu’une école vétérinaire privée ouvre prochainement ses portes en France.

1. Biologie, chimie, physique et sciences de la Terre.

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