« Pompes funèbres animalières : une avancée ? » - La Semaine Vétérinaire n° 1906 du 02/07/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1906 du 02/07/2021

EXPRESSION

Auteur(s) : Propos recueillis par Pierre Dufour

Le secteur de la fin de vie animale est en pleine évolution. Parmi les nouveautés, la création de pompes funèbres animalières calquées sur le modèle humain.

Hugues Malecki (L89)

Praticien libéral à Bordeaux (Gironde)

HuguesMalecki.jpeg

« Cela répond à une demande »

En ce qui concerne la fin de vie, pour les propriétaires, c’est souvent l’inconnu. Ils ne l’ont pas anticipé et la question qui revient est : « Et après, comment ça se passe, qu’est-ce qu’on doit faire ? » Ils ont besoin d’informations, d’accompagnement, que le corps soit respecté. Plus ils sont attachés à leurs animaux, plus l’étape du deuil est importante pour eux. Je n'ai jamais eu accès à des services de pompes funèbres animalières, qui vont bien au-delà de ce que le vétérinaire intervenant propose. À mon sens, cela répond à une demande (qui reste quand même à quantifier). Certains ont envie qu'on traite leurs animaux comme des parents et on entend d’ailleurs souvent de leur part, quand ils sont satisfaits, « on vous remercie, vous avez été humain ». Nous devons être au courant de ce qui existe pour pouvoir informer et proposer au mieux les différents services. Je suis partisan d'une filière dédiée, même si un gros travail de sensibilisation est nécessaire.

Renaud Berger (T 17)

Urgentiste à domicile à Marseille (Bouches-du-Rhône)

RenaudBerger.png

« Le processus de deuil cérémonial n’est plus de ma compétence »

On constate une augmentation des demandes des propriétaires, qui n'ont souvent aucune connaissance sur le sujet et qui sont en recherche soit d’informations pratiques (délai, suivi et traçabilité du corps, déroulement de l’incinération, collectif vs individuel), soit d’une forme de cérémonie, éléments qui vont dans le sens des pompes funèbres animalières. La fin de vie est une étape importante, qui doit être évoquée au cours de la vie de l'animal pour sensibiliser les propriétaires sur son déroulé. L’euthanasie est rigoureusement de la responsabilité du vétérinaire, qui doit, en plus du geste, faire preuve de pédagogie et d'empathie, mais le processus de deuil cérémonial n’est plus de ma compétence. Je le délègue volontiers à des professionnels qualifiés. En revanche, j’ai tendance à trouver cela un peu excessif de complètement se calquer sur le modèle des pompes funèbres humaines. Le contraste avec des problématiques fortes de santé humaine peut être déroutant.

Vincent Coupry (A 90)

Praticien à Cholet (Maine-et-Loire)

VincentCoupry.jpg

« On va trop loin dans l’anthropomorphisme »

Ma clientèle est peu intéressée par ce genre de services qui peuvent être assez onéreux. Nous avons déjà des difficultés à proposer des incinérations individuelles. Peut-être que dans dix à quinze ans la mentalité aura évolué. Ce qui m’inquiète, c’est que le développement de ces services se fasse au détriment du service actuel, dont le prix a déjà été plus que doublé depuis vingt ans. D’un autre côté, le fait d’avoir de la concurrence permettrait de pouvoir choisir et proposer différentes choses. Je ne trouve pas spécialement que le développement des pompes funèbres animalières soit une avancée en soi. Mon avis personnel est qu’on va trop loin dans l’anthropomorphisme en copiant le modèle des pompes funèbres humaines, mais on a tous un rapport différent par rapport à ça et, en tant que vétérinaire, c’est une bonne chose qu’on puisse le proposer à ceux qui en ont besoin.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr