Les pasteurelloses des bovins - La Semaine Vétérinaire n° 1906 du 02/07/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1906 du 02/07/2021

Conférence

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Nora Cesbron, laboratoire de l’environnement et de l’alimentation de la Vendée (LEAV)Guillaume Lequeux, laboratoire public conseil, expertise et analyse en Bretagne, tous deux membres de l'Association française des directeurs et cadres de laboratoires vétérinaires publics d’analyses (Adilva)en collaboration avec Clothilde Barde 

Article rédigé d’après la conférence présentée lors du congrès de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) du 28 au 30 octobre 2020 à Poitiers.

Ces dernières années, de nouvelles données ont permis une description plus fine des infections causées par les pasteurelloses bovines, la découverte de nouvelles entités cliniques autres que strictement respiratoires, ainsi que la description de deux nouvelles espèces bactériennes pouvant être considérées comme pathogènes chez les bovins : Gallibacterium anatis et Bibersteinia trehalosi. En ce qui concerne Pasteurella multocida et Mannheimia haemolytica, ce sont des pathogènes respiratoires opportunistes, commensales du microbiote de l’appareil respiratoire supérieur des bovins que l'on retrouve dans certains contextes favorables (stress, infections virales). Actuellement, les outils diagnostiques permettant une caractérisation plus fine des souches de M. haemolytica impliquées dans les maladies respiratoires des bovins sont assez facilement accessibles en routine. Ainsi, la détermination du génotype est permise par spectrométrie de masse Maldi-Tof (matrix assisted laser desorption ionisation/time of flight) et la détermination du sérotype peut être faite par PCR temps-réel, méthode qui s’est substituée au sérotypage par agglutination.

Un typage précis

Une étude américaine récente a permis de montrer que seules les souches de M. haemolytica appartenant au génotype 2 peuvent être considérées comme quasi-systématiquement pathogènes car elles sont très préférentiellement retrouvées dans les poumons d’animaux malades, au contraire du génotype 1 qui correspond généralement aux souches commensales retrouvées exclusivement dans le nasopharynx d’animaux sains. Par ailleurs, les intégrons, supports de résistance voire de multirésistance aux antibiotiques, sont presque exclusivement retrouvés chez les souches de génotype 2. Des auteurs ont réussi à déterminer qu’il existe des pics spécifiques à chacun de ces deux génotypes en spectrométrie de masse Maldi-Tof, ce qui permet de les différencier de façon rapide, sans nécessité d’effectuer un génotypage complet. Ces travaux ouvrent donc la possibilité pour le praticien de connaître, dès le lendemain de la réception d’un échantillon au laboratoire, le génotype d’une souche de M. haemolytica qui serait isolée et donc son pouvoir pathogène mais également son profil de résistance probable.

Des résistances aux antibiotiques 

Depuis les années 2000 en Amérique du Nord, une diminution continue et importante de la sensibilité des pasteurelles bovines aux antibiotiques est notée, avec des taux de résistance dépassant parfois les 70 % à certains antibiotiques. Toutefois, ce phénomène nord-américain (conduite d’élevage, utilisation des antibiotiques) reste différent de celui existant en France (données Resapath 2019) et il a pu notamment être mis en lien avec l’émergence et la diffusion d’ICE (integrative and conjugative elements), éléments génétiques très diffusibles et pouvant être le support de multi-résistances simultanées à différentes familles d’antibiotiques. Ces ICE sont capables d’être transférés de souches de M. haemolytica et d’Histophilus somni vers des souches de P. multocida puis de P. multocida vers des Escherichia coli digestifs, assurant leur très large diffusion. Il a par ailleurs été démontré qu’une cosélection de souches porteuses de ces ICE est par ailleurs possible par l’usage du florfenicol, de la tétracycline et de la tilmicosine.

Des présentations cliniques atypiques

Ces dernières années, un certain nombre de descriptions cliniques d’infections à pasteurelles non strictement respiratoires ont été rapportées chez les bovins. Par exemple, au Japon, un cas de péritonite chez un veau de 3 jours, causée par une souche de sérotype A2 a été rapporté. De même, aux Pays-Bas, depuis 2015, des cas de mortalités brutales de vaches laitières adultes porteuses de M. haemolytica, parfois précédées d’hyperthermie, de chute de production laitière et de symptômes respiratoires, ont été signalés.  Des pleuropneumonies aigües étaient alors la principale lésion retrouvée et, dans la plupart des cas, un facteur de stress a pu être identifié. Enfin, de nombreux cas de polysérosites ont été rapportés chez des veaux ainsi que chez des animaux présentant une pleurésie, une péricardite et une péritonite fibrinopurulentes causées par des souches de P. multocida de type capsulaire D. Il est à noter que ces souches étaient différentes des souches responsables de la septicémie hémorragique bovine, maladie à notification obligatoire à l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

Implications des autres espèces 

Deux espèces appartenant à la famille des Pasteurellaceae ont fait l’objet de descriptions récentes: Bibersteinia trehalosi et Gallibacterium anatis. La première est une bactérie principalement responsable de septicémies aigües (« pasteurellose systémique ») chez les agneaux de plus de 6 mois. Chez les bovins, différentes présentations cliniques sont décrites lors d’infections à Bibersteinia trehalosi, telles que l'hépatite nécrosante et la sérosite fibrineuse (adultes) ou la bronchopneumonie fibrinopurulente. Des cas de pleuropneumonies associées à des septicémies ont également récemment été décrits chez des veaux laitiers nouveau-nés. Bibersteinia trehalosi est à présent reconnu en Amérique du Nord comme agent bactérien émergent, pathogène primaire impliqué dans le complexe respiratoire bovin chez les bovins en engraissement mais aussi chez de jeunes veaux. De plus, M. haemolytica et Bibersteinia trehalosi partagent des facteurs de virulence communs, et, par conséquent, l’utilisation de vaccins dirigés contre M. haemolytica a démontré une protection croisée contre les infections à Bibersteinia trehalosi chez les bovins. En ce qui concerne Gallibacterium anatis, il s’agit d’une bactérie émergente chez les volailles, pathogène opportuniste responsable principalement de septicémies (salpingites, péritonites, épididymites et lésions respiratoires). Cette bactérie avait précédemment été isolée à partir de fèces chez des bovins sains, mais une récente étude en Belgique suggère de la considérer comme pathogène respiratoire émergent, secondaire et opportuniste chez cette espèce. La préoccupation majeure, selon les auteurs, réside dans le constat de fréquentes multi-résistances chez les souches de Gallibacterium anatis isolées de pathologies respiratoires bovines, dont des résistances fréquentes aux fluoroquinolones.

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