UNE NOUVELLE DYNAMIQUE VIRALE MISE À JOUR - La Semaine Vétérinaire n° 1905 du 25/06/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1905 du 25/06/2021

RÉSAVIP

PRATIQUE MIXTE

Auteur(s) : TANIT HALFON

Le Réseau national de surveillance des virus influenza chez le porc a permis de mettre en évidence une hausse notable en 2020 du H1avN2, auparavant sporadique. L’hypothèse la plus probable est une introduction nouvelle sur le territoire français.

Le virus H1avN2, détecté de manière sporadique jusqu’à présent, a fortement augmenté en 2020 en France : il représente1 presque deux tiers des virus identifiés, contre 7 % en 2019. Au contraire, représentant trois quarts des virus identifiés en 2019, le H1avN1 a diminué et n’a pas atteint les 30 % en 2020. Cette évolution de taille dans les proportions des différents lignages circulants en France, a été présentée lors de la journée Résavip (Réseau national de surveillance des virus influenza chez le porc) organisée par visioconférence le 16 juin. A cette occasion, Séverine Hervé et Gaëlle Simon, chercheuses au laboratoire national de référence Influenza porcin de l’Anses, ont détaillé les premiers enseignements tirés des analyses de laboratoire. Il en ressort que trois génotypes ont été identifiés pour ce virus en 2019 et 2020, et c’est le H1avN2 #E (DK-EA) qui s’est révélé largement majoritaire en 2020, avec une détection tous les mois à partir de février 2020. Ce génotype a été détecté pour la première fois en 2015 dans le Sud-Ouest (+ rares cas dans d’autres régions), sans être détecté par la suite sur le territoire entre 2016 et 2019. Les 2 autres génotypes identifiés sont le #A (déjà connu) et le #F (DK-pdm, première identification en 2018). Le séquençage des souches a permis de montrer que le H1avN2 #E était issu d’un lignage originaire du Danemark (émergence en 2003), mais aussi qu’il présentait 94,3 % d’identité avec le virus H1avN2 détecté en 2015. Toutefois, pour les chercheuses, l’hypothèse la plus probable est celle d’une ou plusieurs nouvelles introductions in toto récentes dans le Grand Ouest (Morbihan et Ille-et-Villaine), via l’importation d’animaux vivants contaminés.

Une absence d’immunité ?

Le virus aurait alors diffusé dans cette zone, à l’exception d’une souche détectée à distance en fin d’année 2020, en Nouvelle-Aquitaine. Il a touché tous les types d’élevages, y compris ceux à haut statut sanitaire, et tous les stades physiologiques, des reproducteurs vaccinés aux porcelets issus de truies vaccinées. Par rapport au H1avN1, la particularité est qu’il y avait plus de truies atteintes. La clinique différait aussi avec plus de cas de grippe classique et une intensité des symptômes plus marquée (+ avortements chez des reproducteurs). À ce stade, des questions restent en suspens, en particulier en lien avec l’immunité des animaux et la protection vaccinale. En effet, les données montrent que la transmission interélevage a été très rapide en Bretagne, sans être ralentie par la compétition virale préexistante, allant dans le sens d’une absence d’immunité de population, pouvant aussi expliquer l’intensité clinique. Désormais, il s’agit de savoir si ce virus va devenir enzootique sur le territoire, comme c’est le cas dans d’autres pays européens. Cela semble bien parti : les chercheuses rapportent que le virus est encore largement détecté en 2021.

À noter que ce virus a été responsable d’infection dans des élevages de dindes reproductrices, avec 11 foyers répertoriés à l’occasion d’une chute de ponte entre février 2020 et février 2021. Les analyses vont dans le sens d’une ou plusieurs introductions depuis le porc, et d’une transmission interélevages de dindes.

1. Selon les données du Résavip, mais aussi d’autres remontées terrain (Anses, Ceva…).

UN POTENTIEL ZOONOTIQUE

Le H1avN2 #E a un potentiel zoonotique, a priori similaire aux autres virus influenza porcins. À ce jour, aucun cas de transmission à l’être humain n’a été rapporté.

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