PRESCRIRE UN ALIMENT À VISÉE URINAIRE - La Semaine Vétérinaire n° 1905 du 25/06/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1905 du 25/06/2021

NUTRITION

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

FORMATION

Auteur(s) : CHARLOTTE DEVAUX

Le développement des problèmes urinaires de type cristaux, notamment chez le chat, amène les vétérinaires à prescrire de plus en plus d’aliments à visée urinaire. Quelles sont les caractéristiques de ces aliments et comment les choisir ?

Connaître la sursaturation urinaire

Le but d’un aliment à visée urinaire est de dissoudre, lorsque c’est possible, sinon de prévenir l’apparition de cristaux ou calculs urinaires. Pour atteindre cet objectif, les urines doivent être peu propices à la cristallisation, en étant très diluées ou pauvres en précurseurs des cristaux, ou en contenant des inhibiteurs de la cristallisation, ou encore tout à la fois. Obtenir cette alchimie est un travail complexe qui ne peut être évalué sur une étiquette. Le seul moyen de connaître l’effet d’un aliment sur les urines d’un animal est de lui faire manger cet aliment puis d’analyser ses urines. C’est ce que font les petfooders vétérinaires lorsqu’ils mesurent le ratio de sursaturation relative (RSS) des urines. Ces mesures in vivo sont très coûteuses et ne sont donc réalisées que par les marques vétérinaires sérieuses. Ces mesures sont souvent disponibles dans les « clés produits » distribuées par le fabricant. Les aliments, notamment de grande surface, promettant uniquement de « favoriser la bonne santé du système urinaire », ne sont en rien des aliments garantissant des urines peu favorables à la cristallisation.

Stratégie selon le type de calculs

Dans l’espèce canine, les struvites sont quasi exclusivement (> 95 %) d’origine bactérienne, et si la prise en charge alimentaire peut accélérer leur dissolution, le traitement repose avant tout sur une antibiothérapie adaptée jusqu’à disparition des calculs. Les cystines sont la plupart du temps des cristaux androgéno-dépendants dont l’excrétion peut souvent être réglée par la castration. L’alimentation adaptée sera alcalinisante et pauvre en méthionine et cystéine, ce sont souvent les aliments pour cristaux de purine qui sont utilisés. Les oxalates de calcium sont des calculs impossibles à dissoudre via l’alimentation et très récidivants. Il est donc recommandé, pour limiter les récidives et maximiser la dilution urinaire, de mettre en place une alimentation adaptée aux cristaux d’oxalates mais entièrement sous forme humide. Chez les chiens, il est possible d’humidifier les croquettes avec deux volumes d’eau par volume de croquette.

Importance de l’humide chez le chat

Dans l’espèce féline, le défi repose sur la dilution urinaire : les chats étant des petits buveurs qui compensent mal une alimentation sèche, leurs urines sont souvent très concentrées. Dans un objectif de prévention des calculs urinaires, le but est que l’animal ait une densité urinaire inférieure à 1,035 à jeun. Pour cela il faut souvent utiliser de la pâtée, dans l’idéal à visée urinaire, une ration ménagère ou à défaut des croquettes hypersodées. Toute technique permettant l’augmentation de la prise de boisson doit aussi être mise en place (aromatisation de l’eau au jus de thon, au lait, ajout de courgettes ou toute autre chose qui fasse boire le chat). Lors de présence d’oxalates de calcium, la calcémie doit être mesurée. Si elle est augmentée (dans 35 % des cas), la cause est à rechercher et à traiter. Les animaux ayant une atteinte rénale concomitante - ce qui est fréquent lors de calculs rénaux - doivent recevoir une alimentation rénale ayant été testée pour la sursaturation urinaire en oxalates.

LES 5 ERREURS À ÉVITER

1. Ne pas regarder la densité énergétique de l’aliment : le surpoids étant un facteur prédisposant et les animaux à cristaux étant souvent sédentaires, il convient de toujours vérifier la densité énergétique de l’aliment. Dans l’idéal, elle doit être inférieure à 360 kcal/100 g pour un animal stérilisé.

2. Donner un aliment à visée urinaire (struvites + oxalates) à un insuffisant rénal : l’acidification sanguine est un facteur d’aggravation de la maladie rénale, les aliments à visée rénale sont d’ailleurs des aliments alcalinisants. Si l’animal présente à la fois une affection rénale et des calculs, il convient de lui trouver un aliment à visée rénale avec une indication pour les cristaux urinaires.

3. Ne pas insister sur l’alimentation humide et la prise de boisson : prescrire un aliment urinaire ne suffit pas. Pour diluer les urines, il est important de l’humidifier chez le chien ou de chercher à augmenter la prise de boisson chez le chat.

4. Jouer avec les acidifiants urinaires : si l’acidification permet la dilution des cristaux de struvites, elle peut cependant être délétère à long terme, notamment pour la fonction rénale. La prévention des calculs est bien plus complexe qu’une histoire de pH, celui-ci n’a que peu d’impact sur les oxalates de calcium et l’alcalinisation des urines n’est pas la clé de leur prise en charge.

5. Utiliser des compléments alimentaires contenant de la vitamine C pour acidifier les urines : il a été prouvé en humaine que la vitamine C ne permettait pas d’acidifier les urines. En revanche, c’est un précurseur des calculs d’oxalates, au même titre que l’hydroxyproline du collagène, qu’il serait bon d’éviter de rajouter sur un aliment complet chez les animaux à risque de cristaux.

CLICHÉ RADIOGRAPHIQUE D’UN TERRIER MÂLE DE 6 ANS (PESANT 8 KG) SOUFFRANT DE BOITERIE ET DE DOULEUR AUX MEMBRES

Questions

1. Quel est le diagnostic le plus probable ?

2. Quel examen réaliser pour étayer le diagnostic ?

3. Quelle est la physiopathogénie la plus probable ?

Réponses

1. Ostéopathie hypertrophique

2. Radiographies des poumons

3. Il s’agit souvent d’une tumeur abdominale qui a métastasé aux poumons.

PHILIPPE ZELTZMAN

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