HOMÉOPATHIE VÉTÉRINAIRE : FAUTE DE PREUVES - La Semaine Vétérinaire n° 1905 du 25/06/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1905 du 25/06/2021

ACADÉMIE

ANALYSE

Auteur(s) : TANIT HALFON

Dans son dernier avis rendu public le 15 juin dernier, l’Académie vétérinaire de France estime que les données de la science ne permettent pas de « soutenir l’efficacité thérapeutique des préparations homéopathiques ».

En l’état actuel des connaissances, « chez l’animal, l’effet contextuel est la seule explication plausible, mais aussi suffisante, des effets de l’homéopathie ». Dans son dernier avis1 sur l’homéopathie vétérinaire, rendu public le 15 juin dernier, l’Académie vétérinaire de France (AVF) adopte la position prise avant elle des Académies nationales de médecine et de pharmacie, ainsi que des Académies des sciences européennes. Ainsi, l’homéopathie vétérinaire ne peut se revendiquer comme une pratique fondée sur la science : d’une part, l’Académie affirme qu’au « stade actuel, les études cliniques de tous niveaux n’apportent de preuves scientifiques suffisantes pour soutenir l’efficacité thérapeutique des préparations homéopathique » ; d’autre part, les fondements même de la discipline posent question. Cet avis étant attendu, si l’AVF avait de son propre chef créé un groupe de travail sur la question, elle avait aussi été sollicitée par l’Ordre des vétérinaires lui demandant si cette pratique médicale était « compatible avec les exigences scientifiques » des vétérinaires et « avec les règles de bonnes pratiques professionnelles ». L’Ordre ayant été lui-même interpellé par le collectif des Zétérinaires.

Des fondements qui interrogent

Que dit le rapport2 associé à cet avis ? En premier lieu, la construction des savoirs homéopathiques, et en particulier vétérinaires, souffre d’un manque de recherches et d’evidences scientifiques. Les trois principes de l’homéopathie, définis au tournant du XIXe siècle par le médecin allemand Samuel Hahnemann, ont été érigés en lois, alors même qu’ils étaient du domaine de l’hypothèse. De plus, les mécanismes sous-jacents associés restent encore aujourd’hui fortement opaques.

Le premier principe de similitude dit qu’un malade sera guéri par une substance qui, donnée à une personne saine, provoquerait des signes cliniques et symptômes similaires. En ont découlé des recueils de matières médicales, listant des associations de signes cliniques/substances (appelées pathogénésies) utilisables dans les préparations homéopathiques. Toutefois, les expérimentations permettant d’établir ces listings ne sont pas documentées. De plus, elles n’ont pas été totalement reproduites chez l’animal, et font donc surtout l’objet de transpositions.

Le deuxième principe d’infinitésimalité dit que la dilution extrême d’une substance, associée à une agitation de la préparation (succussion), engendre un effet thérapeutique. Au-delà du fait que ce principe ne suit pas ceux de la pharmacologie générale, le fait qu’une préparation diluée et secouée ait un effet ne s’explique pas. Des théories explicatives, relevant de la physique-chimie, sont avancées, mais sont sujettes à controverses.

Pas d’efficacité clinique

Le troisième principe est celui de l’individualité : pour une même affection, le traitement ne sera pas forcément le même. Outre les manifestations cliniques, l’homéopathe s’attache à prendre en compte le tempérament du malade et le milieu de vie. Si ce principe fait écho à ce qu’on appelle actuellement la médecine personnalisée, il pose question quand l’homéopathie est employée dans la médecine de troupeau.

Au-delà des fondements, et mécanismes associés, qu’en est-il de l’efficacité clinique des préparations homéopathiques ? La réponse est très claire : les études cliniques disponibles n’apportent pas de preuves suffisantes pour dire que l’homéopathie est efficace, que ce soit dans un contexte thérapeutique ou préventif. Chez l’animal, les effets observés peuvent s’expliquer par un effet contextuel qui correspond « aux modifications d’appréciations et de jugements portés sur les critères de la maladie et leurs évolutions par le vétérinaire prescripteur et le propriétaire […] Cet effet est renforcé par l’effet des mesures non médicamenteuses complémentaires qui accompagnent la prise en charge homéopathique (diététique, mesures environnementales, etc.) », indique le rapport. Les théories, évoquées plus haut, « ne constituent pas des preuves d’efficacité et d’innocuité des traitements homéopathiques. La revendication d’une médecine individualisée ne dispense pas d’apporter la preuve de son efficacité. Des méthodes scientifiques adaptées existent3. »

Une question éthique

Face à ces constats, les recommandations sont, somme toute, assez logiques. L’avis énonce ainsi que l’homéopathie vétérinaire ne peut pas être reconnue actuellement comme une activité médicale vétérinaire exclusive. De plus, le vétérinaire qui souhaiterait continuer l’activité doit le faire en toute conscience et responsabilité, sachant qu’il n’y a aucune validation scientifique à sa pratique. Dans ce cadre, le consentement éclairé est central et l’avis recommande aussi d’associer, à toute prescription homéopathique, une mention précisant : « En l’état actuel des connaissances, l’homéopathie vétérinaire relèverait d’un effet contextuel ». À ce sujet, ils appellent à bannir l’appellation médicament au profit de préparation homéopathique avec un étiquetage transparent sur l’absence de preuves d’efficacité. En outre, l’avis souligne bien que le recours à l’homéopathie relève d’une thérapie complémentaire et non alternative. À ce sujet, le rapport stipule : « Il n’y a pas de médecine complémentaire sans prise en charge médicale initiale, reposant sur les données acquises de la science ». Par ailleurs, aucun diplôme universitaire d’homéopathie ne devrait être délivré par les écoles et autres établissements publics, mais il serait opportun d’organiser dans les écoles des séminaires interdisciplinaires de réflexion sur les approches non conventionnelles. L’avis se garde de se positionner pour une interdiction, eu égard à la réalité du terrain, notamment de la demande sociétale. Le rapport précise à ce propos : « Ne pas prendre en compte ce phénomène sociétal ne ferait qu’alimenter la suspicion d’une attitude dogmatique, d’une absence d’ouverture d’esprit, ou d’une ignorance, ce qui est à l’opposé des fondements de la démarche scientifique qui a permis les progrès de la médecine. » C’est particulièrement vrai dans les filières biologiques de production animale où la réglementation cite l’homéopathie comme un traitement alternatif possible. Au-delà de ces réalités du terrain et réglementaires, le rapport souligne la nécessité pour l’homéopathie vétérinaire de s’inscrire dans un questionnement éthique : « Tout vétérinaire devrait s’interroger sur la conformité à l’éthique de traiter les animaux sur la base de phénomènes physiques ou physico-chimiques non connus et à explorer, ou bien, plus grave encore, sur la base de croyances mystiques nécessitant l’invocation de forces surnaturelles. »

La question est maintenant de savoir ce que fera l’Ordre de tout cela.

1. www.bit.ly/3cOFVc8

2. www.bit.ly/3cPkBDw

3. Définis en médecine humaine, les essais de taille 1 (N of 1 trial), visent à évaluer l’efficacité d’un traitement chez un individu en particulier.

Une seule médecine vétérinaire

Dans l’avis, les Académiciens mettent les points sur les « i » : non, il n’y a pas d’un côté une médecine vétérinaire allopathique et de l’autre holistique. La médecine vétérinaire est globale. Ils estiment nécessaire de mentionner dans la prochaine version du Code de déontologie que les bonnes pratiques professionnelles sont fondées sur les preuves scientifiques et les données acquises de la science.

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