L’AVENIR DU ONE HEALTH À L’OIE - La Semaine Vétérinaire n° 1903 du 11/06/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1903 du 11/06/2021

STRATÉGIE

ANALYSE

Auteur(s) : MARINE NEVEUX

Les délégués nationaux de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) se sont réunis en visioconférence pour la 88e session générale annuelle de leur assemblée mondiale, du 24 au 28 mai. Ils ont tiré les leçons du Covid-19 pour construire un avenir plus durable, en prévention de nouvelles émergences d’épidémies.

La 88e session de l’assemblée mondiale des délégués de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) s’est tenue du 24 au 28 mai en virtuel. La session de l’an passé avait été reportée en raison du contexte de pandémie. Notre consœur Monique Éloit a été réélue pour un second mandat à la direction générale de l’OIE. Elle a rappelé la « politique ambitieuse de surveillance de la faune sauvage et du commerce des animaux sauvages » de l’institution, car il est évident que l’OIE et les services vétérinaires ne peuvent pas considérer seulement les maladies des espèces domestiques pour assurer la santé globale animale, mais aussi humaine. La vocation première de l’OIE est « l’amélioration de la production des denrées animales en limitant les pertes dues aux maladies, mais aussi la contribution à un développement durable de ces productions par l’encouragement de pratiques plus respectueuses des animaux », rappelle Monique Éloit. « La protection humaine, grâce aux contrôles des zoonoses et à la surveillance des pathogènes à risque, est aussi une mission intrinsèque de notre travail. » La pandémie actuelle et la prévention de celles qui pourraient émerger à l’avenir sont une préoccupation majeure. « Je suis sûre que l’OIE aura sa place sur les travaux qui pourraient être lancés pour la préparation de nouveaux instruments juridiques sur les pandémies souhaités par plusieurs chefs d’État », ajoute notre consœur. Cette dernière dresse aussi le constat d’une pandémie qui a aggravé l’insécurité alimentaire des populations, le manque de préparation ou de moyens de nombreux pays, « l’OIE est là pour les aider à résoudre ces faiblesses ». En outre, « les services vétérinaires ont davantage besoin d’informations travaillées apportant de la plus-value pour l’aide à la décision », estime Monique Éloit, rappelant que l’OIE a à cœur de s’engager sur les sujets de santé publique vétérinaire.

Un monde d’interdépendances

Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, dessine le monde d’interdépendances dans lequel nous vivons, pour « le meilleur et pour le pire », un monde « d’interdépendance des sociétés, avec l’accélération des échanges, interdépendance plus que jamais de la vie humaine et de la vie animale, et d’interdépendance des vivants et de leur environnement dans un contexte d’urgence climatique et d’érosion de la biodiversité ». Il dresse ainsi le constat « d’évidences que la pandémie de Covid-19 nous a brutalement rappelées ». « L’humanité ne saurait vivre en bonne santé sur une planète malade, c’est pourquoi l’approche Une seule santé est au cœur de l’architecture multilatérale en matière de santé mondiale que nous promouvons. » Une approche cohérente, globale et préventive. La France l’a d’ailleurs soutenue, avec la concrétisation de la création de l’OIE en 1924 - l’association s’appelait à l’époque Office international des épizooties. Avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’OIE est en première ligne pour prévenir les pandémies qui peuvent frapper demain rappelle le ministre : « D’abord en continuant à agir pour le renforcement des services vétérinaires à travers le monde et l’établissement de normes en matière de santé animale au niveau international. » Et aussi avec le panel d’experts Une seule santé, créé à l’initiative de la France et de l’Allemagne qui s’est réuni pour la première fois en mai. Ce Haut Conseil Une seule santé, sur le modèle du Groupe d’expertise et de conseil intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), a vu le jour fin 2020. Le groupe doit donner des informations scientifiques fiables sur le lien entre santé humaine, santé animale et environnement. « En cela, ce groupe sera un appui précieux aux gouvernements », estime Jean-Yves Le Drian.

Intégrer la faune sauvage et l’environnement

William B. Karesh, président de groupe de travail sur la faune sauvage de l’OIE, mentionne que l’institution a été impliquée dans la recherche de l’origine du Covid-19, dans le recensement des espèces susceptibles, ou non, de diffuser le virus à d’autres animaux. Elle a tenté de répondre aux questions : est-ce sans danger de manger du bœuf, du porc, des volailles, etc. ? Faut-il tester les animaux ? Ces informations ont été compilées par l’OIE et diffusées pour répondre aux demandes des différents pays. Des directives générales sur les animaux domestiques et les animaux sauvages ont été établies. William B. Karesh martèle l’importance d’intégrer la faune sauvage dans la réflexion sur la santé, et bien entendu l’environnement. « L’OIE travaille avec ses pays membres à améliorer les systèmes de gestion des urgences sanitaires, partageant les meilleures pratiques, les innovations, facilitant les réseaux. » L’OIE implique les services vétérinaires et les laboratoires dont les actions sont essentielles.

La santé des animaux aquatiques

Cette 88e session de l’OIE a été marquée par le lancement de la première stratégie mondiale sans précédent sur la santé des animaux aquatiques. Son objectif est « de protéger la santé de la vie sous l’eau et d’assurer un avenir durable ».

7e plan stratégique

Enfin, le 7e plan stratégique de l’OIE pour 2021-2025 a été lancé. Il a pour objectif de faire entendre la voix de l’institution dans les débats, dans les cadres de développement durable et de One Health. Ces sujets ont un impact direct sur l’équilibre socio-économique des populations rurales et la durabilité des systèmes de production animale. Ce plan intègre aussi la volonté que les services vétérinaires de tous les États membres soient mieux préparés à répondre à ces défis complexes et multiples, qui nécessitent un éventail de connaissances et de compétences plus large que celui qui peut être traditionnellement couvert dans les écoles vétérinaires.

Des informations en temps réel avec Wahis

Wahis, le Système mondial d’information zoosanitaire de l’OIE, a la capacité de fournir des données détaillées sur les maladies des animaux terrestres et aquatiques. Il a été entièrement repensé en mars 2021 pour améliorer la capacité à suivre les maladies animales et zoonotiques à l’échelle mondiale. OIE-Wahis fournit des informations en temps réel sur la situation mondiale de la santé animale, y compris un système de cartographie numérique. La plateforme fournit une analyse approfondie des données et constitue un outil essentiel pour la bonne gouvernance de la santé animale.

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