Mon premier patient - La Semaine Vétérinaire n° 1902 du 04/06/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1902 du 04/06/2021

CARNET DE BORD DE MARIE GASNIER

COMMUNAUTE VÉTÉRINAIRE

Chaque mois, notre consœur Marie Gasnier (A 18) nous fait partager ses expériences de jeune praticienne.

Pour certains d’entre nous, notre future profession s’est toujours offerte comme une évidence. Ainsi, j’ai toujours été attirée par la médecine, par l’idée, l’envie de soigner. Je ne savais pas quelle forme cela prendrait, mais je voulais que cela fasse partie intégrante de mon métier. Depuis mon plus jeune âge, j’aime les animaux. Ce n’est pas une posture, une affirmation un peu cliché pour une vétérinaire, mais la vérité. J’éprouve un amour inné et immodéré pour les bêtes, et tout particulièrement pour les chats. J’ai toujours été séduite par ces félins, sans pour autant en avoir jamais côtoyés. En effet, notre cercle familial et amical s’entourait de chiens imposants et remuants qui s’agitaient en trémoussant leurs derrières dès notre arrivée. Je me rappelle ces après-midi pluvieux d’automne où les chiens rentraient de promenade dégoulinants de boue. Chaque parcelle de leur pelage était souillée de terre et de touffes d’herbe. Des flaques d’eau trouble jonchaient le sol et nous pouvions alors facilement suivre leurs déplacements sur les dalles du carrelage couleur terre battue de l’entrée. L’envie d’avoir un chien ne me traversait pas l’esprit mais je rêvais en cachette de détenir un chat, l’image même de la délicatesse.

C’est alors qu’un soir d’été, le destin a voulu que nous devenions l’heureuse famille d’accueil d’une chatte trouvée dans un fossé, ligotée, une patte fracturée, vraisemblablement jetée d’une voiture. Face à la monstruosité de cet acte, j’appris alors déjà du haut de mes 7 ans que la cruauté humaine n’a pas de limite et pas de visage. Je fus néanmoins comblée de recevoir au sein de notre foyer cette petite chatte blessée que j’ai aimée de façon indescriptible dès notre première rencontre.

Camille est devenue un membre à part entière de notre famille, je la considérais et l’aimais comme une sœur. Son arrivée boule­versa mon quotidien en m’apportant une compagne, une confidente. Sa simple présence dans une pièce, ainsi que son ronronnement mélodieux permettaient d’apaiser l’instant présent. Le temps de sa convalescence, je veillais à prendre soin d’elle. C’est ainsi que le rôle de soignant s’imposa à moi de façon naturelle. Au début, je me frottais à ses colères ou à ses moments d’impatience quand je devenais trop envahissante à ses yeux. Elle grognait comme une lionne lorsqu’elle me trouvait importune. J’ai alors appris à comprendre son langage, ses mimiques, à observer sa façon de se mouvoir et une compli­cité forte s’est installée.

Camille complètement rétablie, je perpétuais ce rôle de ­docteur en herbe. Je lui concoctais des breuvages, l’examinais sous toutes les coutures, m’intéressais à la texture de son pelage, à la forme de ses coussinets, à la variation de ses pupilles, et m’amusais à l’ausculter avec un faux stéthoscope trouvé dans une boîte de jeux. Avec du recul, je me dois désormais de reconnaître sa grande patience et son infinie gentillesse. Débordante d’amour et d’énergie, toujours impatiente de la retrouver, ne sachant comment exprimer mon affection, j’étais sans doute souvent trop exubérante et devais parfois la malmener involon­tairement par des manières trop brutales. Alors j’adresse une tendre pensée à tous ces chats nouvellement adoptés dans un foyer où habite une petite fille avec des rêves de vétérinaire, je leur dis de s’armer de patience et je leur témoigne ma grati­tude pour toute l’affection donnée.

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