LES DIROFILARIOSES ANIMALES ET HUMAINES EN EXPANSION - La Semaine Vétérinaire n° 1902 du 04/06/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1902 du 04/06/2021

MALADIES VECTORIELLES

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

Auteur(s) : TANIT HALFON

Avec l’augmentation de l’aire de répartition du moustique tigre en Europe, le vétérinaire praticien pourrait être confronté à un plus grand nombre de cas de Dirofilaria immitis et D. repens chez les carnivores domestiques. Deux affections parasitaires au caractère zoonotique parfois méconnu.

Détecté pour la première fois sur le territoire métropolitain dans les années 1990, le moustique tigre ou Aedes albopictus s’est installé par la suite dans les Alpes-Maritimes, dans la région de Menton en 2004, puis son aire de répartition n’a cessé de s’étendre pour atteindre aujourd’hui 60 départements, dont ceux de la région parisienne (données actualisées en 2020). Son aire d’extension maximale n’est pas encore atteinte. Cette expansion s’explique par des conditions climatiques de plus en plus favorables, ainsi qu’à une prolongation de sa période d’activité. Dans ce contexte, le vétérinaire praticien doit s’attendre à diagnostiquer, dans les années à venir, un plus grand nombre de cas de dirofilarioses chez les carnivores domestiques, le moustique tigre étant un vecteur compétent pour ces parasites, comme l’a exposé Émilie Bouhsira (DVM, MSc, PhD, Dipl. EVPC, EBVS), enseignante-chercheuse en parasitologie à l’École nationale vétérinaire de Toulouse, lors du dernier e-congrès de la santé animale organisé par MSD Santé animale du 22 au 28 mars derniers.

Des parasites déjà présents sur le territoire

S’il existe plus de 40 espèces de Dirofilaria, ce sont les espèces Dirofilaria immitis et D. repens qui sont les plus connues et les plus fréquemment rencontrées chez les carnivores domestiques (canidés, félidés, mustélidés, pinnipèdes). Le premier est responsable de la dirofilariose cardiopulmonaire ; le deuxième est l’agent de la dirofilariose sous-cutanée, dont l’importance clinique est bien plus relative puisque les cas sont majoritairement asymptomatiques. Les études de prévalence concernant ces deux parasitoses ne sont pas nombreuses, cependant la plupart des cas de dirofilariose cardiopulmonaire (cas autochtones) sont communément rapportés dans les zones du pourtour méditerranéen (données European scientific counsel companion animal parasites, ESCCAP). La plupart des cas enregistrés dans le nord de la France et plus généralement en Europe du Nord sont des cas importés, en lien avec des animaux porteurs de microfilaires, revenant de séjour en zone endémique, qui peuvent alors jouer le rôle de réservoir pour le moustique vecteur, et donc source d’infestation indirecte pour d’autres animaux. Cependant, des cas autochtones, sans historique de voyage, sont de plus en plus rapportés ailleurs en France (Sud-Ouest, Bretagne, Indre, etc.). Des données précises sur la prévalence de D. repens manquent, du fait de son expression souvent asymptomatique.

Des parasites transmissibles à l’humain

Les carnivores domestiques ne sont pas les seuls à être concernés, puisque parmi les 40 espèces de Dirofilaria, au moins 6 ont montré un potentiel zoonotique, dont D. immitis et D. repens. Toutefois, l’humain est considéré comme un cul-de-sac évolutif (ou hôte accidentel) pour Dirofilaria, avec des parasites qui n’iront généralement pas jusqu’au stade adulte.

En Europe, notamment Europe centrale et de l’Est, on rencontre surtout des cas de dirofilarioses à D. repens, avec des manifestations cliniques sous-cutanées (nodules) et oculaires (lésions oculaires, péri-oculaires, sous-conjonctivales, intra-orbitaires, intra-vitrée). Si des formes pulmonaires ou cérébrales, plus graves, sont rapportées, elles sont rares. Pour D. immitis, la forme la plus souvent décrite chez l’humain est une atteinte pulmonaire s’accompagnant de lésions nodulaires pulmonaires, correspondant à un enkystement des larves qui finissent par dégénérer. Il s’agit la plupart du temps de découvertes fortuites lors de radiographies thoraciques. Comme pour D. repens, les formes les plus graves restent peu fréquentes. Dans ce cadre, le vétérinaire praticien a donc un rôle clé à jouer, en sensibilisant les propriétaires au caractère zoonotique de Dirofilaria, mais aussi et surtout en leur recommandant de traiter leur animal, réservoir des filaires, avec des antiparasitaires externes aux propriétés répulsives pour prévenir la piqûre du moustique vecteur.

LES POINTS CLÉS DE LA CLINIQUE

À chaque espèce de Dirofilaria sa clinique.

– Dirofilaria immitis : une atteinte cardiopulmonaire chez le chien

Dirofilaria immitis est l’agent responsable de la dirofilariose cardiopulmonaire chez le chien, et également chez le chat.

La maladie se caractérise par un syndrome d’insuffisance respiratoire et cardiaque, du fait de la présence du parasite dans le cœur droit et les artères pulmonaires. Dans un premier temps, l’animal compense, mais avec une installation progressive d’une hypertrophie ventriculaire droite. En découlent une dégradation progressive de l’état général de l’animal, un amaigrissement et de la toux chronique associée à une fatigabilité à l’effort. Suit à plus ou moins long terme une phase de décompensation pouvant aboutir, à terme, à la mort de l’animal. Dans certains cas d’infestations massives, les animaux se retrouvent avec plus de 50 parasites dans le cœur droit, qui vont migrer vers la veine cave antérieure ou postérieure. C’est le syndrome de la veine cave, une urgence vitale se manifestant par une hémolyse intravasculaire et une insuffisance rénale aiguë.

– D. immitis : une forme asymptomatique possible chez le chat

Le chat est un mauvais hôte pour Dirofilaria immitis, avec un portage maximum de 6 à 7 filaires adultes dans le cœur. En résultent de nombreux cas asymptomatiques avec des guérisons spontanées possibles. En cas de manifestations cliniques, à la différence du chien, il n’y a pas d’installation progressive d’une insuffisance cardiaque droite, et le chat peut présenter un syndrome respiratoire aigu (toux, dyspnée, hémoptysie et parfois vomissements), pouvant aller jusqu’à la mort de l’animal. Parfois on observe une mort brutale d’animaux qui étaient apparemment sains, l’atteinte parasitaire étant découverte à l’occasion de l’autopsie de l’animal.

– D. repens : une majorité de formes asymptomatiques

Un chat ou un chien atteint par D. repens est le plus souvent asymptomatique.

Si des manifestations cliniques surviennent, on remarque généralement des nodules sous-cutanés (sur le tronc, la tête) contenant le parasite adulte. Cela se manifeste parfois par de l’érythème, une alopécie et un prurit. Il arrive généralement que des microfilaires soient détectées de manière fortuite sur un étalement sanguin. Enfin, D. repens pourrait jouer un rôle dans certaines insuffisances rénales chroniques (dépôt rénal de complexes immuns).

LE MOUSTIQUE TIGRE… PIQUE !

Aedes albopictus ne joue pas qu’un rôle de vecteur d’agents pathogènes. Comme l’a souligné Émilie Bouhsira, il a également un rôle pathogène direct du fait de ses piqûres et de sa salive aux propriétés allergisantes, avec pour conséquence, chez l’animal comme chez l’humain, un prurit au niveau de la zone de la piqûre, parfois très intense, associé à des réactions cutanées variables en fonction de la sensibilité de chaque individu. En lien avec leur caractère hématophage, des attaques en masse de moustiques ont été décrites, saignant à blanc les animaux touchés. Cela a par exemple été décrit aux États-Unis, lors du passage de l’ouragan Laura, à l’été 2020, qui a entraîné le déplacement de hordes de moustiques, aboutissant à la mort de 300 à 400 têtes de bétail.

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