L’AUTOPSIE DU LAPIN - La Semaine Vétérinaire n° 1902 du 04/06/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1902 du 04/06/2021

TECHNIQUE

PRATIQUE MIXTE

FORMATION

Auteur(s) : Karim ADJOU

Fonctions : EBVS (EUROPEAN BOARD OF VETERINARY SPECIALIST) IN SMALL RUMINANT HEALTH MANAGEMENTPROFESSEUR A L’ÉCOLE NATIONALE VETERINAIRE D’ALFORT (ENVA)

Dans le cas d’animaux vivant en collectivité et particulièrement à même de développer des maladies de groupe, la réalisation d’examens nécropsiques s’impose afin de prétendre à un diagnostic fiable. En élevage cunicole, il est facile, de par la taille des animaux à manipuler, de réaliser plusieurs autopsies sur un échantillon d’animaux. Cette pratique ne soulève pas d’objections particulières de la part des éleveurs.

Les motifs d’autopsie

Les quatre situations suivantes résument globalement les principaux motifs d’autopsie rencontrés sur le terrain :

– lors de mortalité importante et brutale, l’examen nécropsique doit être réalisé parfois dans l’urgence pour mettre en évidence des lésions pathognomoniques d’une maladie et orienter rapidement le diagnostic ;

– face à la présence d’animaux malades, avec mortalité associée, l’autopsie ne revêt aucun caractère d’urgence. Elle doit être précédée d’un recueil précis de commémoratifs et accompagnée de la réalisation de prélèvements ;

– lors de la baisse des performances zootechniques d’un élevage (engraissement) ou de troubles chroniques d’origine indéterminée (diarrhée, lapins maigres, etc.), le sacrifice puis l’autopsie de quelques sujets particulièrement « significatifs » peuvent permettre d’apporter un éclairage utile à la démarche diagnostique ;

– l’autopsie peut être aussi parfois demandée lors d’une expertise, par exemple suite à un litige (compagnie d’assurances, cours de justice). Le clinicien intervient dans ce cas en tant qu’expert. Les informations issues de l’autopsie seront alors importantes pour l’élaboration d’un rapport d’expertise ou d’un compte rendu judiciaire.

L’anamnèse et les commémoratifs

Quelle que soit la situation, la première étape consiste à recueillir les commémoratifs (âge, sexe, état physiologique, régime alimentaire, habitat, stress, traitements médicamenteux, etc.) les plus complets possibles. Ces informations permettent de restituer l’épisode de mortalité dans le temps, l’espace et la vie de l’élevage. À eux seuls, ils ne permettent pas d’établir un diagnostic, mais ils peuvent fournir des hypothèses en particulier lorsque le tableau lésionnel est pauvre. En parallèle, l’anamnèse permet de décrire l’épisode de mortalité. Elle fait appel essentiellement à la mémoire de l’éleveur et à ses qualités d’observation. Il faudra s’interroger sur l’existence de signes cliniques chez les animaux morts, certains pouvant être évocateurs de maladies.

L’examen clinique et l’euthanasie

Un examen clinique complet et attentif est ensuite réalisé afin de noter tous les signes cliniques sur l’animal vivant (état d’embonpoint, poids, nez, bouche, paupières, oreilles, dessous des pattes, peau, poils, organes génitaux, etc.) qui viendront compléter la lecture ultérieure des lésions. Dans certains cas, il pourrait être nécessaire de réaliser des prélèvements, sanguins en particulier. Si l’animal est déjà mort, un examen externe du cadavre est à réaliser pour récolter des indices cliniques évocateurs d’une maladie. Pour l’euthanasie, les injections létales plutôt que des méthodes physiques (élongation de la colonne vertébrale cervicale, coup de masse, etc.) sont à privilégier, ces dernières étant peu compatibles avec le ­respect de l’animal et de son bien-être. Idéalement, il convient de prévoir un examen nécropsique de 3 à 5 lapins, incluant des animaux présentant des signes cliniques de la maladie, des cadavres récents ou des lapins euthanasiés depuis peu.

Le matériel et la préparation du lapin

L’examen nécropsique peut suffire pour établir un diagnostic. Il convient alors d’envisager la réalisation de prélèvements pour confirmer, ou pas, la présence de lésions spécifiques (histologie) et d’agents pathogènes.

L’autopsie permet aussi d’obtenir des renseignements utiles pour le reste du cheptel (parasitisme, alimentation, états corporels).

Le matériel est souvent réduit mais suffisant : un grand plateau en inox ou en plastique, une paire de gants, un scalpel, une paire de ciseaux, un costotome (ou un sécateur) pour couper les côtes. Il convient ensuite d’être méthodique et d’examiner tous les organes internes les uns après les autres (changement de taille, de couleur, de consistance, présence d’abcès, de tumeurs, etc.). Si besoin, le cerveau peut être examiné après l’ouverture de la boîte crânienne.

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