BIEN-ÊTRE ANIMAL : LES VÉTÉRINAIRES DOIVENT-ILS SE POSITIONNER SUR TOUT ? - La Semaine Vétérinaire n° 1902 du 04/06/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1902 du 04/06/2021

EXPRESSION

LA QUESTION EN DÉBAT

Auteur(s) : MAUD ROUALT

Le bien-être animal est au cœur du métier des praticiens. Mais face à une société de plus en plus active sur cette question, toute la difficulté pour les vétérinaires est de pouvoir trouver leur juste place et de faire entendre leur voix.

ÊTRE IMPLIQUE

SOPHIE WYSEUR (N 91) Vétérinaire canine à Montlouis-sur-Loire (Indre-et-Loire), vice-présidente de l’association Code animal

De par sa formation, ses compétences et son travail de terrain, le vétérinaire est bien placé pour appréhender les différentes problématiques de la question du bien-être animal. Il a donc légitimité à donner son avis et à être un des acteurs principaux, en complément ou collaboration avec d’autres corps de métier (biologistes, éthologues, philosophes, etc.). Proportionnellement, peu de vétérinaires sont réellement impliqués dans la cause animale et c’est peut-être dommage pour l’image de la profession : comme si notre formation nous enfermait dans un mode de fonctionnement en nous empêchant de faire bouger les lignes. Je pense pourtant que si l’on est confronté à des faits intolérables et que l’on est suffisamment renseigné sur le sujet pour pouvoir donner un avis, il faut s’exprimer, et utiliser son diplôme et ses connaissances pour le faire. Dans les cas importants, comme la question des animaux sauvages dans les cirques, c’est notre devoir en tant que vétérinaires.

RESTER NEUTRE

NICOLAS MASSET (N 11)

Vétérinaire rural à Argentonnay (Deux-Sèvres), résident ECBHM1 3e année d’un programme alternate en 4 ans à Oniris

Je pense que le vétérinaire est une des personnes les mieux placées pour évaluer et expliquer le bien-être animal via les 5 libertés fondamentales le définissant. En se basant sur ces principes, il est possible d’en exposer, de façon neutre, les enjeux dans une situation donnée. Selon moi, le vétérinaire ne doit pas donner son avis personnel sur ce sujet mais conseiller, critiquer, sans rentrer dans le débat. C’est le cas par exemple avec l’image idéalisée qu’ont certaines personnes des « petits élevages » en opposition avec des grands élevages bovins qu’on rencontre aujourd’hui.

Du point de vue d’un vétérinaire, ces grands élevages permettent parfois une meilleure organisation et une mutualisation des ressources favorables à un meilleur suivi des animaux, ce qui peut être bénéfique pour le bien-être. Au sein de la profession, toute la difficulté réside dans le fait qu’il faut bien distinguer les convictions personnelles de l’évaluation scientifique du bien-être animal.

FAIRE PREUVE DE PRUDENCE

JULIE POTIER (L 15)

Vétérinaire en équine, 2e année de résidence ECEIM2 au Liphook Equine Hospital, Royaume-Uni

Ici, en Angleterre, la question du bien-être animal est prégnante, et l’avis du vétérinaire est très important. Parfois, les propriétaires n’ont pas conscience de l’état de souffrance de leur animal. Cela peut être le cas pour les chevaux de trait qui montrent très peu de signes de douleur. Il nous est alors possible de nous exprimer, en tant que vétérinaires, quand nous considérons que le bien-être n’est pas respecté, et même d’avoir recours à la police dans les cas les plus graves afin d’appuyer notre avis et d’encourager les propriétaires à le suivre, par exemple en euthanasiant leur animal lorsque c’est indispensable. Nous devons donner notre avis, au cas par cas, pour le bien-être des animaux, mais je pense qu’il faut rester prudent car c’est aussi une affaire de sensibilité personnelle et d’expérience, même si on essaye toujours un maximum de se fier à la littérature et aux preuves. C’est pour cela qu’il me semble très difficile d’adopter une position commune au sein de la profession.

1. European college of bovine health management.

2. European college of equine internal medicine.

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