FORMATIONS EN MÉDECINE FÉLINE - La Semaine Vétérinaire n° 1901 du 28/05/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1901 du 28/05/2021

ACTUALITÉS

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

Auteur(s) : ANNE-CLAIRE GAGNON

La médecine féline était présente lors des deux e-congrès qui se sont enchaînés à la mi-mars, ceux de la World Small Animal Veterinary Association (WSAVA) et de la British Small Animal Veterinary Association (BSAVA).

Lors de la journée de l’International Society of Feline Medicine (ISFM), qui s’est déroulée durant le congrès de la World Small Animal Veterinary Association (WSAVA), le 23 mars 2021, sa nouvelle directrice scientifique, notre consœur Nathalie Dowgray, qui a longtemps travaillé en refuge, a rappelé la nécessité d’évaluer la nature des chats, classés en quatre catégories. Le chat haret ne tolère pas le contact ; le chat de rue est souvent un ancien chat de compagnie, qui peut parfois être abordé comme un chat de maison ; et entre le chat de compagnie et celui des rues, se trouve un chat de ville, opportuniste, souvent réfractaire aux cages de transport. Évaluer le comportement du chat dès la prise de rendez-vous (par le refuge ou le particulier) permet de prescrire en amont de la gabapentine, dont l’usage au Royaume-Uni a clairement montré l’effet positif sur le nombre de morsures et griffures dont sont victimes les équipes vétérinaires.

Le point sur la médecine préventive

L’ISFM continue de développer son programme de prévention, Cat Care for Life, en attirant l’attention des praticiens sur le dépistage des compétences auditives du tout jeune chaton. La stérilisation (sauf projet de reproduction) doit être réalisée avant le 4e mois, et le rendez-vous opératoire fixé dès la seconde consultation vaccinale. Nathalie Dowgray recommande ensuite de faire venir le jeune chat deux fois par an, pour sa pesée, permettant une familiarisation positive à la structure vétérinaire et un suivi de son poids, l’obésité étant plus facile à prévenir qu’à traiter. À partir de 6-7 ans, le bilan sanguin annuel permet d’établir les valeurs de référence de chaque patient. Lors d’infection par le FIV, Pawel Beczkowski, spécialiste en médecine interne (Royaume-Uni), a précisé que ce virus, comme le coronavirus, est une quasi-espèce, dont les mutations sont permanentes. Certaines souches sont plus pathogènes que d’autres et leur identification en routine permettrait d’obtenir un meilleur pronostic clinique.

Opioïdes : la colonne vertébrale de l’anesthésie féline

Joanna Murrell, spécialiste en anesthésie (Royaume-Uni), a insisté sur l’analgésie préemptive, à la fois précoce et sur une durée suffisamment longue. Lors d’interventions dentaires, selon l’intensité de la douleur anticipée, il est recommandé de recourir aux opioïdes mu agonistes pleins, comme la morphine ou la méthadone, pour les extractions, et à la buprénorphine (agoniste partiel) pour des soins moins douloureux. Les blocs dentaires permettent une durée d’analgésie de 2 heures avec la lidocaïne et de 6 heures avec la bupivacaïne. Lors des stérilisations de convenance, le bloc testiculaire est facile à réaliser, bon marché et assure le confort de l’animal. Lors des stérilisations, une injection intrapéritonéale de lidocaïne (2 mg/kg d’une solution à 0,25 %) est intéressante en prémédication. Les études publiées montrent une douleur plus importante pour l’ovariectomie que pour la castration, indiquant que, sur des chats en bonne santé, au-delà de l’AINS en prémédication (toujours plus efficace qu’en fin d’intervention), avec un suivi de la pression artérielle, il faudra choisir d’y associer pour l’analgésie la méthadone chez la chatte alors que chez le chat la buprénorphine peut suffire. Idéalement, les chats doivent manger et se comporter normalement le lendemain de l’intervention, dès lors que l’analgésie est suffisante.

Paulo Steagall et son équipe de l’université de médecine vétérinaire de Montréal ont, comme lors du dernier congrès de l’ISFM, présenté leur travail fondateur sur la grille de douleur aiguë féline (Feline Grimace Scale1). L’antalgie peut faire appel aux AINS, dès lors que le chat mange, boit et est sous perfusion (s’il est hospitalisé). Il a insisté sur le jeûne très court, voire absent pour les stérilisations juvéniles, avec un petit repas humide 2 heures avant (qui diminue le reflux gastro-œsophagien). La simplicité d’utilisation du masque laryngé V-gel est un atout qui permet également de s’affranchir de l’utilisation d’un pas-d’âne et des risques de laryngospames et lésions potentielles. L’utilisation de la gabapentine en pré-anesthésie, par le propriétaire pour le transport du chat, ne change rien aux doses et protocoles anesthésiques.

Beatriz Monteiro, de l’université de médecine vétérinaire de Montréal, a détaillé l’importance d’une approche personnalisée et intégrative de la douleur chronique des chats. Les timides expriment encore moins leur douleur, et c’est important d’éduquer leurs propriétaires à la reconnaître : ils peuvent s’informer sur les sites internet Feline Grimace Scale1, également en français, et International Veterinary Academy of Pain Management2.

Bilan radiographique dentaire complet

La dentisterie féline est une spécialité à part entière, qui représente souvent la moitié du budget des soins vétérinaires pour les grands refuges félins au Royaume-Uni. Lors de gingivo-stomatite chronique (GSC), un bilan complet radiographique s’impose pour évaluer les résorptions dentaires, les racines à extraire. Boaz Arzi, spécialiste en dentisterie de l’école de médecine vétérinaire de Davis (États-Unis), a présenté le résultat de ses recherches pendant le congrès de la British Small Animal Veterinary Association (BSAVA), indiquant une implication systématique de l’infection à calicivirus pour ces affections chroniques douloureuses. Les cellules souches, dès lors que l’exérèse dentaire a été complète et réalisée dans les règles de l’art, sont une option thérapeutique efficace - elle va se développer aux États-Unis et prochainement en Europe, avec DentaHeal3. Son équipe a également identifié4 le rôle du feline foamy virus, un rétrovirus, dans les cas réfractaires. Interrogé sur la conduite à tenir en refuges, Boaz Arzi a souligné la nécessité d’héberger en individuel les chats à GSC, pour limiter leur stress, et de réaliser des soins dentaires de qualité. À défaut d’utiliser les cellules souches, l’interféron félin bénéficie d’une AMM vétérinaire, et n’a aucun des inconvénients des corticoïdes5. L’amélioration des vaccins contre l’infection à calicivirus fait partie des pistes de prévention de cette affection invalidante pour le félin et frustrante pour le praticien.

1. https://fr.felinegrimacescale.com/

2. https://ivapm.org

3. VetBiobank réalise également une étude pilote sur les gingivo-stomatites félines.

4. A Fried W.A., Soltero-Rivera M., Ramesh A. et coll., Use of unbiased metagenomic and transcriptomic analyses to investigate the association between feline calicivirus and feline chronic gingivostomatitis in domestic cats, Am J Vet Res., 2021;82(5):381-394.

5. Hennet P.R., Camy G.A., McGahie D.M. et coll., Comparative efficacy of a recombinant feline interferon omega in refractory cases of calicivirus-positive cats with caudal stomatitis: a randomised, multi-centre, controlled, double-blind study in 39 cats, J Feline Med Surg., 2011;13(8):577-87.

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