CONSENSUS DU GEO SUR LE SARCOME FÉLIN - La Semaine Vétérinaire n° 1901 du 28/05/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1901 du 28/05/2021

ONCOLOGIE

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

FORMATION

Auteur(s) : LAURENT MASSON

CONFÉRENCIERS

PAULINE DE FORNEL-THIBAUD, DESV de médecine interne, praticienne à Micen Vet (médecine imagerie cancérologie endocrinologie neurologie), Créteil (Val-de-Marne)

FRANCK FLOCH, Dipl. ECVIM-CA (oncologie), praticien à AniCura TrioVet, Rennes (Ille-et-Vilaine)

CYRILL PONCET, spécialiste en chirurgie, Dipl. ECVS, praticien au centre hospitalier vétérinaire (CHV) Frégis, Arcueil (Val-de-Marne)

Pour le conseil scientifique du groupe d’étude en oncologie (GEO) de l’Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie (Afvac), d’après une conférence présentée au e-congrès de l’Afvac en décembre 2020.

Lors du dernier congrès de l’Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie (Afvac) organisé en ligne en décembre dernier, le groupe d’étude en oncologie (GEO) a présenté son consensus sur les sarcomes félins sur site d’injection, tumeur mésenchymateuse maligne à cellules fusiformes, pseudo-encapsulée, avec un envahissement local marqué et des marges histologiques peu délimitées. Il a pour point de départ une cellule mésenchymateuse « primitive », peu ou pas différenciée, avec une plasticité de différentiation.

Étiologie

Toute inflammation chronique persistante au sein du tissu sous-cutané peut provoquer progressivement une panniculite, une fibroplasie, une fibromatose puis un complexe fibrosarcome. Compte tenu de différents sous-types histologiques observés (fibrosarcome vrai, fibrosarcome myofibroblastique, rhabdomyosarcome, sarcome anaplasique à cellules géantes, etc.), le terme de fibrosarcome félin est à éviter au profit de sarcome (des tissus mous) félin. En outre, parmi les différents facteurs impliqués, les injections vaccinales - notamment les valences adjuvées FeLV (virus de la leucose féline) et rage - ou autres (acétate de méthylprednisolone, la pénicilline longue action, le cisplatine, le méloxicam, le lufénuron) sont incriminés, mais aussi des traumatismes endo-oculaires, des fils de suture non résorbables ou des puces électroniques. Ainsi, il est préférable de remplacer le terme de fibrosarcome par celui de sarcome félin sur site d’injection (FISS = feline injection-site sarcoma), estime le GEO.

Épidémiologie

Les FISS représentent 17 % des tumeurs cutanées ou sous-cutanées chez le chat. Ils restent d’actualité malgré un sentiment général d’une baisse de leur incidence, aussi bien clinique qu’auprès des laboratoires d’histopathologie vétérinaire. L’âge moyen des chats atteints est de 9,6 ans, sans prédisposition de sexe. Ceux avec un développement spontané sont moins agressifs cliniquement (moins de nécroses, index mitotique plus bas, évolution plus lente, etc.) et touchent des chats plus âgés (11 ans).

Présentation clinique

L’aspect clinique est celui d’une masse unique, sous-cutanée, ferme, homogène le plus souvent, adhérente aux structures avoisinantes, peu mobilisable, mal délimitée, d’évolution plutôt rapide, non douloureuse et non ulcérée en début d’évolution. Il convient de rechercher une adénomégalie locorégionale et des symptômes locomoteurs selon la localisation. Les sites anatomiques préférentiels correspondent en général aux sites d’injection ou de traumatisme. Ainsi, secondairement à la publication de recommandations en 1996, force est de constater que la répartition des zones touchées a changé : une diminution de l’atteinte en région interscapulaire et thoracique latérale gauche ou droite au détriment du flanc abdominal droit et des membres thoraciques et pelviens.

Diagnostic

- En cas de doute sur un nodule sous-cutané apparu sur un site d’injection, un examen cytologique et/ou histologique est nécessaire. Les cytoponctions présentent un taux de faux négatifs de 50 %, mais permettent d’exclure d’autres types lésionnels, notamment abcès, granulome, lymphome du tissu sous-cutané. La réalisation de biopsies incisionnelles (à visée diagnostique) est indispensable pour établir un diagnostic sans compromettre la suite du traitement. Elles sont réalisées au cœur de la lésion, et notamment selon la règle du « 3, 2, 1 » : lésion encore présente plus de 3 mois post-injection, et/ou d’une taille supérieure à 2 cm, et/ou continuant à augmenter de taille plus de 1 mois après l’injection. La biopsie peut être d’emblée excisionnelle si la tumeur est de petite taille et mobile.

- Un bilan sanguin est par ailleurs recommandé (numération-formule sanguines, frottis sanguin, biochimie de base, T4 totale), car une maladie intercurrente (notamment une maladie rénale chronique ou une hyperthyroïdie) est présente dans 30 % des cas. Un test FeLV/FIV n’est en revanche pas nécessaire. Aucun syndrome paranéoplasique n’est documenté.

Bilan d’extension

- Les FISS sont majoritairement caractérisés par une agressivité locale, mais un risque métastatique faible à modéré (0 à 26 % des cas selon les études). La dissémination métastatique se fait principalement par voie hématogène en direction des poumons, puis par ordre décroissant vers les nœuds lymphatiques locorégionaux, la peau et le tissu sous-cutané, et d’autres organes (reins, intestins, rate, foie, médiastin). Le temps médian de dissémination métastatique varie de 265 à 309 jours. La corrélation entre le risque métastatique et le grade histologique est faible : 0-17 % pour un grade I, 15-19 % pour un grade II et 22-100 % pour un grade III. Une corrélation est possible avec le nombre de récidives locales.

- Il est toujours intéressant de proposer une imagerie médicale en coupes, car même des tumeurs de petite taille peuvent présenter des infiltrations dans les tissus voisins et le risque de métastases augmente lors de récidives. Le bilan d’extension permet de savoir si la chirurgie est possible ou non, à visée curative ou palliative, radicale ou marginale, de déterminer les marges chirurgicales à prévoir, de savoir s’il y a une atteinte osseuse secondaire, et enfin de planifier la radiothérapie (adjuvante ou palliative, choix de la technique, plan dosimétrique).

- La radiographie, d’intérêt limité, permet de détecter des minéralisations au sein de la tumeur et des métastases pulmonaires de grande taille. L’échographie présente peu d’intérêt, comme celui d’exclure un abcès, de mesurer la taille de la lésion et surtout de réaliser des biopsies échoguidées en orientant sur une zone non nécrotique et sans dépasser les marges tumorales pour un diagnostic de certitude. Son intérêt pour évaluer l’extension locale est limité et reste l’apanage de l’examen tomodensitométrique.

- L’examen tomodensitométrique est l’examen de choix dans le bilan d’extension locale et pulmonaire avant toute chirurgie et l’examen de départ pour la mise en place d’une stratégie thérapeutique. Il permet de mieux évaluer l’infiltration locale, notamment en visualisant une inflammation périlésionnelle, une néovascularisation et des dendrites tumorales, non palpables, ainsi qu’une infiltration à distance (nœuds lymphatiques locorégionaux, poumons). Il est de préférence réalisé sous différentes incidences pour mieux définir l’extension aux tissus avoisinants : par exemple lors de tumeur interscapulaire, le chat est positionné avec ses membres antérieurs étendus vers l’avant puis vers l’arrière, voire les membres ballants vers le sol (têtière ajoutée à la table).

- L’IRM avec des séquences volumiques pré- et post-injection de gadolinium assure une meilleure évaluation du volume tumoral et une meilleure résolution spatiale et de contraste par rapport au scanner. Néanmoins, ces différences n’ont pas de supériorité objective pour le bilan d’extension locale. De plus cet examen est plus long et ne permet pas de bilan d’extension pulmonaire.

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