RECONNAÎTRE LES PRINCIPALES AFFECTIONS DENTAIRES DU CHAT - La Semaine Vétérinaire n° 1900 du 21/05/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1900 du 21/05/2021

DENTISTERIE

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

FORMATION

Auteur(s) : GWENAËL OUTTERS

CONFÉRENCIER

DEJAN MARINKOV, praticien à la clinique vétérinaire du Lion Vert, à Charbonnières-les-Bains (Rhône)

Article rédigé d’après une web conférence en partenariat avec VetFamily et Hill’s, présentée le 6 octobre 2020.

Les principales affections bucco-dentaires chez le chat sont les maladies traumatiques (fractures dentaires), inflammatoires (gingivites, parodontites, gingivo-stomatites chroniques félines) et dégénératives (lésions de résorption), mais il existe également les malformations, les maladies immunitaires (complexe granulome éosinophilique) et les tumeurs.

Examen buccal

Ces affections sont très fréquentes et souvent sous-estimées. Elles ont pratiquement toutes la même symptomatologie : douleur plus ou moins marquée, halitose, hypersalivation, changement de comportement (léthargie, agressivité), gêne à la mastication ou au toilettage. Il est nécessaire d’anesthésier l’animal pour réaliser un examen correct des muqueuses buccales (ulcérations, saignements, gonflements), de la langue (faces dorsale, ventrale et latérales), de l’occlusion dentaire, du développement dentaire, des dents (nombre, taille, forme, aspect, présence de plaque et de tartre), de lésions dentaires acquises (fractures, résorptions). Le matériel est minime : une source lumineuse, une sonde parodontale (évaluation de la mobilité dentaire, des furcations, des récessions gingivales, de la profondeur des poches, de la perte d’attache, de l’index gingival, de l’index d’accumulation de la plaque et du tartre) et une sonde d’exploration pour détecter les fractures et les irrégularités. L’examen, même sous anesthésie, permet de mettre en évidence les zones de sensibilité (tremblement réflexe de la mâchoire lors de douleur). Enfin, seule la radiographie intra-orale assure l’évaluation correcte de la bouche : elle permet d’identifier 42 % de lésions non visibles, car intraosseuses, chez le chat (28 % chez le chien).

Traumatisme

Les fractures dentaires ont une prévalence élevée : 25 % des chats (20 % des chiens) présentés en consultation, quel qu’en soit le motif, ont au moins une fracture dentaire. L’examen visuel identifie l’importance de la fracture. Celles qui touchent uniquement une partie de la couronne sans pénétrer dans la cavité pulpaire (fractures coronaires simples ou non compliquées) ne nécessitent pas de traitement. Elles peuvent simplement être limées pour le confort de l’animal et/ou protégées par une résine. En revanche, les fractures compliquées, avec atteinte de la pulpe, vont être le siège d’une infection qui va se propager jusqu’à l’apex : la radiologie intra-orale guide alors le choix du traitement en fonction de l’état de la racine. L’extraction est une solution acceptable et souvent la seule solution possible lors d’atteinte apicale grave. Si rien n’est fait, le propriétaire doit au moins être prévenu que la dent est une source d’infection.

Résorption

Une résorption dentaire - anciennement lésion odontoclastique féline -, affection très fréquente chez le chat (38 % des chats européens et 70 % des chats de race), est une destruction progressive de la dent, due à une dentolyse. Elle se manifeste généralement comme une effraction de la dent (la PM3 mandibulaire est atteinte le plus souvent) qui peut en partie être recouverte par la gencive, avec une décoloration de la couronne et une lyse radiologique. L’atteinte est souvent bilatérale. Le traitement consiste en général en une extraction, sachant que la fusion entre l’os et la dent peut être telle que ces extractions deviennent difficiles et se solder par des fractures des dents. Dans le cas d’une ankylose avancée et sans signes radiologiques de pathologie apicale, une amputation coronaire et un enfouissement intentionnel peuvent être pratiqués. Sans radiologie intra-orale, il est impossible de connaître le vrai degré de la destruction de la dent, car l’aspect visuel est souvent trompeur.

Gingivite

Les gingivites sont des inflammations de la gencive, muqueuse située autour de la dent, normalement réversibles si la cause (principalement la plaque dentaire) est levée. L’utilisation de croquettes visant à prévenir le dépôt de plaque dentaire a une efficacité prouvée sur les dents qui croquent (les dents jugales), mais pas sur les crocs ou les incisives. Chez le jeune, il est fréquent d’observer une gingivite pendant le changement des dents : elle est parfois marquée et accompagnée par des proliférations gingivales. Le traitement inclut alors un détartrage supra-gingival et sous-gingival, avec éventuellement la résection des proliférations et l’application de gel dentaire à base de chlorhexidine. Des croquettes à visée dentaire peuvent aider au ralentissement du dépôt de la plaque dentaire. Une résolution spontanée est possible vers l’âge de 1 an et demi à 2 ans. Cependant, des lésions de déchaussement peuvent être déjà présentes (parfois suspectées par le fait que la plaque s’accumule plus d’un côté, donc que le chat mâche moins de ce côté) et doivent être traitées (extraction dentaire) pour retrouver une bouche saine.

Parodontite

La parodontite ou l’inflammation du parodonte (gencive, os alvéolaire, ligament alvéolo-dentaire ou desmodonte et cément de la racine) est une maladie irréversible qui fait suite à la gingivite. C’est la maladie infectieuse la plus fréquente chez le chat avec une prévalence proche de 80 %. À l’âge de 2 ans, 70 % des chats (et 80 % des chiens) présentent déjà une certaine forme de parodontite. L’apparition est souvent précoce avec une évolution lente. Mais parfois une consultation est motivée par une gêne d’apparition brutale lors de luxation dentaire spontanée. La radiographie intra-orale permet d’évaluer toute la bouche afin d’objectiver l’état de déchaussement dentaire, ainsi que les lésions buccales associées (résorption dentaire par exemple).

Stomatite

Une stomatite est une inflammation de plusieurs muqueuses (gingivale, alvéolaire, labiale, etc.), souvent associée à une parodontite, à des résorptions dentaires et à la lyse osseuse. Il convient de bien différencier les gingivo-stomatites chroniques, sans stomatite caudale, des gingivo-stomatites, avec atteinte caudale, dont le pronostic est plus incertain : l’examen du fond de la bouche est primordial. En effet, les extractions dentaires permettent une guérison rapide des stomatites sans atteinte caudale. Lors d’atteinte caudale, les extractions apportent une guérison dans 40 à 60 % des cas, une amélioration dans 20 % et aucun résultat dans 10 %. Il est nécessaire de se laisser au moins 6 à 9 mois avant de conclure à un cas réfractaire. Face à un tel cas, l’utilisation d’interféron, de ciclosporine ou de cellules souches est une piste thérapeutique. Selon les études, 70 à 100 % des chats atteints de gingivo-stomatite chronique sont porteurs de calicivirus : selon l’avis du conférencier, la recherche PCR systématique présente donc peu d’intérêt. La radiographie intra-orale guide le diagnostic des gingivo-stomatites chroniques félines, en se focalisant sur la M1 inférieure, qui dans 100 % des cas est le siège d’une ostéolyse. Les chats atteints de gingivo-stomatite chronique présentent des lésions compatibles avec de la parodontite et de l’alvéolyse plus sévères que les autres chats, une atteinte significativement plus importante de la furcation, une augmentation de la prévalence des fragments radiculaires enfouis et de la résorption radiculaire externe inflammatoire.

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