HARO SUR LE TRANSPORT AÉRIEN DES CHIENS BRACHYCÉPHALES - La Semaine Vétérinaire n° 1899 du 14/05/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1899 du 14/05/2021

BIEN-ÊTRE ANIMAL

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

Auteur(s) : KARIN DE LANGE

À l’occasion d’une conférence réunissant la profession vétérinaire et des compagnies de transport aérien, les participants se sont accordés sur le fait que le transport des chiens à conformation extrême présente trop de risques.

Il y a eu une croissance explosive de la popularité des races brachycéphales au cours des dernières années, en particulier les bouledogues français et anglais et les carlins », a rappelé Monique Megens, consultante en bien-être animal et présidente du groupe de travail international sur la conformation extrême chez les chiens, lors d’un webinaire organisé le 1er avril dernier sur le transport aérien des animaux brachycéphales, organisé par l’association des transporteurs aériens (ATA), la Fédération vétérinaire européene (FVE) et la Federation of European Companion Animal Veterinary Associations (Fecava). « En raison de leur conformation, de nombreux chiens de ces races souffrent de multiples problèmes de santé, dont le syndrome obstructif des voies respiratoires des brachycéphales », ajoute Monique Megens. Ces chiens ont non seulement des difficultés à respirer, mais également une thermorégulation altérée. « Des études ont montré que le stress ou l’exci tation, fréquents lors d’un voyage, peuvent exacerber ces problèmes. »

La liste des races bannies s’allonge

De nombreuses compagnies aériennes ont commencé à exiger des clauses de non-responsabilité lors du transport de ces chiens - ou ne les transportent plus du tout, précise Carlein van der Beek, de la compagnie de transport d’animaux Pet Air (voir encadré). « La liste des races bannies par les compagnies aériennes s’allonge - tout comme la liste des races brachycéphales. » Par exemple, il est actuellement impossible de transporter des chiens brachycéphales ou leurs croisés vers l’Australie ou la Nouvelle-Zélande. Elle a demandé lors de la conférence des conseils vétérinaires en cas de races mixtes brachycéphales. « Un contrôle de santé vétérinaire indépendant pourrait-il être effectué ? Peut-être en mentionnant des critères spéciaux concernant la période du transport, par exemple pendant les mois les plus froids ? » Des questions restées en suspens compte tenu de la délicate certification dans ce contexte.

Pas seulement sur les vols long-courriers

Jeff Segers, de l’entreprise de transport d’animaux de compagnie Skyfast, donne son avis sans fard : « Je peux être très bref : ne transportez pas ce genre de chiens. » Selon lui, compte tenu du risque potentiel pour les chiens brachycéphales, il est plus facile pour la compagnie aérienne d’interdire complètement leur transport. Il n’y a que peu d’informations disponibles sur l’endroit exact où les problèmes surviennent - pendant le vol, la manipulation ou sur le tarmac. « Si l’animal meurt, le propriétaire blâme généralement les compagnies aériennes ou le transporteur, pas la conformation du chien. » Les rapports du département américain des transports ont montré que les cas de décès recensés concernaient principalement les chiens brachycéphales avec une fréquence accrue pendant les mois d’été. Et il ne s’agit pas seulement des vols long-courriers, rappelle-t-il. « Un chien voyageant de Bruxelles à Francfort a failli mourir pendant un vol de 40 minutes. » Il a souligné que le transporteur doit toujours évaluer s’il se sent à l’aise pour transporter le chien en question. « On doit protéger l’entreprise, la compagnie aérienne, et le chien. »

La responsabilité des propriétaires

Bernard de Boer, responsable des ventes de voyages pour animaux chez KLM , a rajouté qu’une inspection au départ n’était pas toujours représentative. « Par exemple, à Amsterdam, tout peut bien se passer, mais les conditions à Singapour, où il peut faire 30 °C à 90 % d’humidité, peuvent tout changer. » Et de rappeler le cas de quatre chiens voyageant sur le même vol, deux bouledogues français, un berger allemand et un golden retriever : « Alors que les grands chiens avaient fait bon voyage, les bouledogues français arrivaient en détresse respiratoire sévère. » Ils ont reçu des serviettes mouillées dès leur arrivée, mais l’un des deux est mort. Et malgré toutes les précautions prises, « les propriétaires sont toujours là pour blâmer les compagnies aériennes via les réseaux sociaux ».

Il a donc déclaré que les chiens devraient avoir un certificat vétérinaire garantissant qu’ils sont aptes au voyage.

Torill Moseng, vice-présidente de la FVE et modératrice du webinaire, a alors demandé si, en tant que vétérinaire, on peut certifier l’aptitude au voyage dans de tels cas, et a demandé qui en serait responsable en cas de soucis. Pour Petra Sindern, vice-présidente de l’association des vétérinaires praticiens en Allemagne (BPT pour Bundesverband Praktizierender Tierärzte), cela n’est pas possible. « On ne peut pas deviner l’avenir ou connaître les conditions éventuelles du voyage. Personnellement, je ne signerais jamais un certificat garantissant qu’un chien brachycéphale peut voyager en avion en toute sécurité. En achetant ce genre de race, le risque incombe aux propriétaires. Ils ne devraient pas acheter ce type de chien - et s’ils le font, ils ne devraient pas les faire voyager. » En conclusion, Ann Criel, secrétaire de la Fecava, s’est félicitée de voir que les organisations de transport ont les mêmes préoccupations que la profession vétérinaire. « En tant que vétérinaires, nous avons un rôle crucial à jouer pour sensibiliser les propriétaires. Nous devons travailler avec les transporteurs et les compagnies aériennes pour faire passer le message concernant les brachycéphales. »

LES TRANSPORTEURS D’ANIMAUX DE COMPAGNIE

Pet Air1 et Skyfast2 sont deux exemples d’entreprises de transport aérien d’animaux vivants. Tous deux sont membres de l’Association des transporteurs d’animaux (ATA3). En général, les propriétaires d’animaux de compagnie, de chevaux ou de zoos font appel à ce gendre d’entreprise, qui prend en charge l’accueil, l’enregistrement, le passage de douane, les contrôles sanitaires, ainsi que tout document d’identification et d’exportation nécessaire pour le voyage. Les membres adhèrent au règlement international IATA (Association du transport aérien international) de transport d’animaux vivants, dans le respect des règles de la compagnie concernée et du bien-être animal. Leurs services viennent en sus du billet aérien. L’usage d’un transporteur - qui peut dépendre d’une compagnie aérienne ou non - n’est pas obligatoire, mais vu qu’il connaît bien la réglementation, les critères de chaque compagnie et pays de destination, il peut être d’un grand secours, surtout en cas d’imprévus ou de quarantaine obligatoire.

1. www.petair.de

2.www.skyfast.be

3. www.animaltransportationassociation.org

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