UN PORTAGE ÉLEVÉ D’HELMINTHES CHEZ LES POULES PONDEUSES - La Semaine Vétérinaire n° 1895 du 16/04/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1895 du 16/04/2021

PLEIN AIR

PRATIQUE MIXTE

FORMATION

Auteur(s) : TANIT HALFON

Article rédigé d’après une étude réalisée par J.M. Répérant, A.C. Dufay-Lefort et A. Travel de l’Institut technique de l’aviculture (Itavi) et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), Pression helminthique chez les poulets de chair et les poules pondeuses plein air, Résultats de l’observatoire 2019-2020, TeMa, no 56, décembre 2020, pages 13-19.

L’essor du plein air en filières avicoles s’accompagne d’un risque accru d’exposition des volailles aux helminthes présents sur les parcours extérieurs. À ce jour, les données manquent sur la prévalence et la pression de ces parasites en France. De plus, il apparaît que les examens de laboratoire sont peu précis dans l’identification des vers (genre, espèce), ce qui peut limiter la compréhension du cycle parasitaire (identification des hôtes intermédiaires) et donc la mise en œuvre de solutions préventives adéquates en élevages. Dans ce contexte, l’Institut technique de l’aviculture (Itavi), en association avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), a cherché à évaluer le portage des helminthes chez les volailles élevées en plein air. Pour ce faire, 94 élevages, répartis dans l’ouest et le centre de la France, ont été suivis de juin 2019 à mars 2020. Les élevages étudiés étaient les suivants : 40 élevages de poulets de chair et 54 de poules pondeuses, répartis en élevages bio et plein air non bio. La méthode de tamisages successifs, avec observation sur fond noir, a été utilisée.

Portage limité de nématodes chez les poulets de chair

Pour les poulets de chair, aucun cestode n’a été observé. Des nématodes ont été mis en évidence dans 35 % des élevages étudiés. Avec 12 élevages sur 40 touchés, le nématode Ascaridia était le plus fréquent, suivi d’Hete­rakis (8 élevages sur 40). Parmi les élevages de poulets de chair, 28 élevages étaient non bio, dont 25 avaient recours à des anthelminthiques classiques et 3 ne traitaient pas. Ces 3 élevages avaient tous des Ascaridia. Parmi les 25 autres, 1 était porteur d’Ascaridia seul, 2 d’Heterakis et 4 des 2 espèces de vers. Les 12 élevages restants étaient bio. On y retrouve la même répartition en vers, que les animaux de l’élevage soient traités (produits à base de plantes) ou pas, avec 2 élevages sur 6 porteurs de nématodes, soit Ascaridia seul, soit Ascaridia et Heterakis. En ce qui concerne la charge en vers, elle était variable et il n’a pas été possible de conclure à un effet de l’âge, ou du traitement, du fait d’un nombre insuffisant d’élevages enquêtés et de la variabilité des pratiques et des âges de prélèvement.

Heterakis fréquent chez les poules pondeuses

Pour les poules pondeuses, des cestodes ont été retrouvés dans 44 % des élevages (24 élevages sur 54) et des nématodes dans 89 % des cas (48 sur 54). 93 % des élevages biologiques et 88 % des élevages plein air non bio étaient porteurs de vers. Aucun lot n’était porteur de cestodes sans nématodes. 80 % des lots étaient porteurs d’au moins deux espèces de vers. Par rapport aux poulets de chair, il a été observé une plus grande variabilité dans les helminthes avec 3 espèces différentes de cestodes - Railletina, Choanotaenia, Davainea -, et 3 de nématodes - Ascaridia, Heterakis, Capillaria. Raillietina était le plus fréquent, avec 22 élevages sur 54 touchés (41 %), quand les 2 autres cestodes n’ont été retrouvés que dans 2 élevages sur 54 pour chacun. Côté nématodes, Ascaridia et Heterakis étaient très fréquents avec respectivement 70 % et 81 % des élevages touchés. Capillaria était rare (7 %).

Parmi les élevages de poules pondeuses bio, 54 % avaient reçu un traitement et 86 % d’entre eux avaient des vers. Les 46 % non traités étaient tous porteurs de vers. Parmi les élevages plein air non biologiques, 96 % avaient reçu un traitement, parmi lesquels 88 % étaient infestés. Un seul élevage n’avait pas été traité et était également infesté. Au global, tous les élevages sans traitement ou ayant reçu un traitement alternatif à base de plantes étaient porteurs d’helminthes. Pour ceux ayant reçu un traitement classique, près de 90 % étaient porteurs.

L’intérêt de la méthode par tamisage

Ces résultats montrent que la pression helminthique est forte en élevage de volailles en plein air, en lien probablement avec la durée plus longue de l’élevage des animaux. C’est particulièrement vrai pour les poules pondeuses, qui sont fortement infestées par des nématodes (Heterakis > Ascaridia), ce qui va dans le même sens que de précédentes études. Un bémol cependant : ici, Capillaria est peu fréquent alors que la littérature rapporte le contraire. D’autres études seraient nécessaires pour évaluer l’effet saison, les prélèvements ayant été majoritairement réalisés au cours de ­l’automne. Un échantillon de plus grande envergure pourrait aussi évaluer l’effet du système de production sur l’occurrence des infestations. Par ailleurs, il apparaît qu’il peut y avoir un portage ­malgré le traitement. Ces résultats illustrent enfin l’importance de procéder à des contrôles parasitaires réguliers, en privilégiant la méthode par tamisage qui est plus sensible que la coproscopie pour détecter des vers, notamment Heterakis au niveau des cæca.

Les poules pondeuses élevées en plein air sont très infestées par des nématodes, notamment Heterakis et Ascaridia.iStock-NikonShutterman
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