TIERS PAYANT : UN SERVICE GAGNANT POUR LA PROFESSION ? - La Semaine Vétérinaire n° 1895 du 16/04/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1895 du 16/04/2021

EXPRESSION

LA QUESTION EN DÉBAT

Auteur(s) : PIERRE DUFOUR

Les assurés de SantéVet peuvent désormais bénéficier d’un nouveau service de tiers payant, qui propose d’avancer la totalité des frais vétérinaires via une application1. Gadget ou vrai plus pour les praticiens ?

L’INTÉRÊT EST DE VALORISER NOS ACTES

DOMINIQUE MALEYRAN (A 84)

Praticienne en canine à Bordeaux (Gironde)

Même si de plus en plus de structures proposent des facilités de paiement, le fait que les assurances puissent avancer les frais est positif. C’est rassurant et sécurisant, d’une part pour les vétérinaires, et d’autre part pour les propriétaires qui parfois hésitent avant de nous appeler. C’est également plus pratique pour eux, ils n’ont plus à remplir de feuille et à attendre un remboursement sans parfois de certitude sur le montant. Dans un sens, cela rend plus facile une souscription à une assurance. Pour moi, c’est intéressant surtout pour des grosses dépenses imprévues, comme des urgences ou des chirurgies, moins pour la vaccination ou des produits préventifs. L’intérêt est de valoriser nos actes et d’améliorer les prises en charge, tout en restant raisonnable bien sûr, sans acharnement thérapeutique. Je pense que le danger réside dans l’incitation à la vente de produits faussement utiles et au jeu des laboratoires. Reste à savoir quel en sera ­le coût supplémentaire pour les propriétaires.

RECENTRER LA RELATION CLIENT SUR LA SANTÉ DE L’ANIMAL

GAUTIER JACQUINET (L 17)

Praticien équin à Doha (Qatar)

Quelles que soient les solutions, aider à la souscription à des assurances est bénéfique au triptyque animal-propriétaire-vétérinaire. Les propriétaires, en maîtrisant mieux leur budget, acceptent plus facilement les soins adaptés. On peut s’attendre à une amélioration de la qualité des soins et par conséquent du bien-être animal ainsi qu’à une augmentation du panier moyen. Le vétérinaire peut facturer sereinement des services à leur juste valeur, et se concentrer sur la relation client ainsi que sur l’animal. Avec le tiers payant, on se détache de la discussion parfois sensible et culpabilisante liée à l’argent, avec un système proche du modèle humain déjà bien maîtrisé par les clients. Recentrer la relation client sur la santé de l’animal améliore aussi le bien-être du vétérinaire ainsi que sa satisfaction intellectuelle à aller au bout de ses cas. Il faut tout de même rester attentif à ce que les assurances n’imposent ni la tarification, ni les prises en charge. En équine, des services similaires existent déjà en Angleterre et aux États-Unis avec succès.

LA GARANTIE D’ÊTRE PAYÉ À COURT TERME

PIERRE FABING (A 14)

Praticien en canine à Paris

Je pense que cela peut vraiment être une très bonne chose car l’interface de gestion et de communication a l’air d’être bien réalisée. Il suffit que le propriétaire charge sa facture dans son interface et que de notre côté nous rentrions uniquement le numéro de facture correspondant et le motif de consultation. Ce service serait ajouté dans certains types de contrat. Cela rassure les propriétaires qui, en cas de coup dur, savent que leurs animaux peuvent être pris en charge immédiatement, même s’ils n’ont pas l’argent sur leur compte. Pour nous, c’est la garantie d’être payé à court terme, et peut-être même plus rapidement qu’avec un chèque, sans avoir parfois besoin de courir après les propriétaires. C’est également plus pratique que les feuilles de soins, qui sont souvent envoyées après la consultation, ce qui nous demande du temps. Pour les compagnies d’assurances, c’est un plus, elles se démarquent grâce à ce service et encouragent les souscriptions.

1. Voir La Semaine Vétérinaire no 1885 du 5 février 2021, page 19.

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