LE MIEL, UNE RESSOURCE UTILE DANS LE SOIN DES PLAIES - La Semaine Vétérinaire n° 1895 du 16/04/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1895 du 16/04/2021

DERMATOLOGIE

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

Auteur(s) : TANIT HALFON

Par ses propriétés anti-bactérienne et cicatrisante, le miel peut être utilisé lors d’affections cutanées chez les carnivores domestiques, en particulier pour la gestion de plaies, infectées ou non. Explications d’Arnaud Muller, vétérinaire spécialiste en dermatologie.

Efficacité, bonne tolérance, simplicité d’emploi… En dermatologie, le praticien peut envisager le miel dans le traitement des plaies, à condition d’utiliser des produits de bonne qualité. Retour d’expérience d’Arnaud Muller, vétérinaire spécialiste en dermatologie, et référent antibiotique pour le site AntiBio.ref.

En quoi le miel est-il une substance intéressante ?

Ses propriétés cicatrisante et antibactérienne en font une ressource utile en dermatologie. Elles sont directement liées à ses caractéristiques physico-chimiques et sa composition. Le sucre, qui est le composé majoritaire du miel, est une source d’énergie pour le système immunitaire : c’est un substrat pour la glycolyse qui s’opère dans les macrophages, favorisant donc le processus de cicatrisation tissulaire. Le pH acide du miel va également accroître l’oxygénation de la plaie, et donc faciliter la cicatrisation. Les nutriments du miel stimulent aussi la croissance cellulaire, notamment des fibroblastes qui sont impliqués dans la réparation des tissus. Le miel favorise également la néovascularisation locale. Par ailleurs, l’effet osmotique, induit par la portion sucrée du miel, va permettre d’assécher la plaie. De plus, le miel contient des polyphénols et flavonoïdes qui ont une action antibactérienne et antifongique. Enfin, gardons en tête que le glucose du miel va être oxydé, via les enzymes type glucose-oxydase, en peroxyde d’hydrogène, contribuant d’une autre manière à son activité antibactérienne.

Quelles sont les indications possibles ?

En médecine humaine, cela concerne surtout la gestion des brûlures, et il ressort des publications à ce sujet une bonne efficacité du miel. En revanche, pour ce qui est de la gestion des plaies et ulcérations cutanées, la position est moins consensuelle du fait de publications contradictoires. En médecine vétérinaire, nous sommes plutôt confrontés au quotidien à la gestion de plaies, infectées ou pas. De fait, l’usage de miels est surtout documenté pour cette indication. Dans ma pratique, j’en utilise toutes les semaines depuis plusieurs années, par exemple sur des plaies étendues faisant suite à des accidents (défect cutané majeur après frottement sur le macadam par exemple), et également en post-chirurgical. Je ne laisse en général pas la plaie à l’air libre : je fais un pansement avec des compresses imbibées de miel, afin d’éviter tout léchage par l’animal. Je débute généralement par une association de miel et d’antiseptique local, et ce n’est que lorsque la plaie est propre que j’emploie uniquement le miel, pour la fin du processus de cicatrisation. En fonction des cas, je peux prescrire également des antibiotiques par voie générale. J’obtiens de bons résultats, associés à une bonne tolérance locale. À ce sujet, quel que soit le miel, la littérature ne rapporte pas de phénomènes d’irritation ou d’allergie. Une étude a également montré que l’emploi du miel était sans répercussion sur les animaux diabétiques.

Tous les miels se valent-ils ? De plus, y a-t-il des précautions particulières d’emploi ?

Non, car en théorie, l’efficacité du miel dépend de sa concentration en sucre, ainsi qu’en polyphénols et flavonoïdes. Pour ces derniers, par exemple, le miel de Manuka [originaire de Nouvelle-Zélande, NDLR] en contient une plus grande quantité. Ce miel contient également une substance particulière, le méthyl­glyoxal, ayant une action directe antibactérienne et une action synergique avec le peroxyde d’hydrogène. À ce sujet, certaines études ont montré que ce miel serait deux fois plus efficace que les autres pour les infections cutanées. La quantité d’enzymes type glucose-oxydase peut varier également d’un miel à l’autre. Enfin, rappelons que le miel joue aussi un rôle de barrière physique cutanée, permettant d’éviter de nouvelles contaminations bactériennes : choisir un miel implique donc de prendre en compte son niveau de viscosité. Pour les précautions d’emploi, ce sont en fait les conditions de stockage qu’il faut avoir en tête : le miel doit être conservé à l’abri de la lumière et de la chaleur1, au risque de perdre ses facultés antibactériennes au cours du temps. Dans ma pratique, j’ai tendance à privilégier les miels médicaux, car leur composition est connue et surtout plus stable que les miels du tout-venant, dont certains pourraient d’ailleurs être frauduleux. De plus, ils ont le mérite d’être stérilisés2 ce qui, au passage, ne joue pas sur les propriétés médicinales. Toutefois, se pose la question du coût.

Dispose-t-on à ce jour de publications pour conforter l’emploi du miel en médecine vétérinaire ?

Oui, mais elles sont récentes, notamment motivées par l’objectif de réduction de l’usage des antibiotiques. Par ailleurs la plupart des études correspondent à des expérimentations menées in vitro, à ce jour, il existe encore peu d’études cliniques robustes. Au global, l’usage du miel repose essentiellement sur des expériences individuelles isolées.

1. Une température supérieure à 37 °C va inactiver les enzymes type glucose-oxydase.

2. La stérilisation se fait par irradiation avec des rayonnements gamma.

LA QUESTION DU MIEL DE MANUKA

Le miel de Manuka améliore-t-il la vitesse de cicatrisation des plaies du chien ? Cette question a été explorée par le centre de médecine factuelle (CEVM pour Centre for evidence-based veterinary medicine) de l’université de Nottingham (Royaume-Uni). La conclusion a été publiée en juillet 2020 dans Veterinary Record1 : il n’existe aucune étude scientifique comparant un groupe de chiens traités à un groupe témoin. Ce qu’il ressort de la littérature sont des études in vitro, des descriptions de cas, ou des comptes rendus de conférence. De fait, les vétérinaires du centre indiquent que « le choix de la stratégie de prise en charge des plaies doit être basé sur d’autres formes de preuves, telles que des avis d’experts et des revues narratives ». Tout récemment, une équipe de vétérinaires cliniciens canadiens s’est penchée sur la question de la performance du miel de Manuka. Publiée en août dernier dans Plos One2, l’étude avait pour objectif d’évaluer l’efficacité d’un miel médical (Medihoney) pour la gestion de l’intertrigo nasal du chien, qui nécessite des traitements réguliers avec des antibiotiques et antiseptiques. Il s’agit d’un essai clinique randomisé contre placebo en double aveugle, à raison de 16 chiens pour le groupe témoin et 13 pour le groupe traité. Le résultat est surprenant puisqu’il n’a pas été montré de surperformance du miel. Il en ressort que le miel de Manuka soulage uniquement le prurit de la lésion d’intertrigo. De plus, il y a même une amélioration, modeste toutefois, du score clinique et cytologique dans le groupe témoin, en lien selon les auteurs aux soins et à l’attention additionnelle que le propriétaire a apporté à son animal durant la période de l’essai, associé au nettoyage quotidien du site (retrait des débris cellulaires et substances microbiennes qui contribuent au développement et maintien de la lésion). Ces résultats amènent les auteurs à ne pas recommander l’usage du miel de Manuka dans le contrôle de l’intertrigo.

1. www.bit.ly/2Ox9OVs

2. www.bit.ly/2Q7l8bl

POUR ALLER PLUS LOIN :

Une thèse vétérinaire de 2014 a recensé 18 cas cliniques d’utilisation du miel auprès de différents vétérinaires. Ces cas concernent plusieurs espèces animales, et plusieurs types de plaies, et ont l’avantage d’être très précis dans leur description, photos à l’appui. Il en ressort que malgré le fait que les méthodes utilisées par les vétérinaires ne soient pas identiques, les résultats sont similaires, et la cicatrisation au rendez-vous. Outre cette description de cas, un protocole pratique d’usage du miel est également proposé. La thèse est accessible via ce lien : www.bit.ly/39TyNKk.

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