DES FEMMES EN RURALE, ET ALORS ? - La Semaine Vétérinaire n° 1895 du 16/04/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1895 du 16/04/2021

CONFÉRENCE

PRATIQUE MIXTE

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE

La féminisation de la profession étant de plus en plus forte, les vétérinaires en clientèle mixte ou rurale seront à l’avenir majoritairement des femmes. Témoignage et conseils de Fanny Garcia, jeune vétérinaire mixte qui a partagé son expérience lors du e-congrès de la santé animale organisé par le laboratoire MSD en mars dernier.

Outre le fait que de moins en moins de vétérinaires exercent à la campagne, on observe depuis plusieurs années une féminisation de la profession », a indiqué Fanny Garcia (N 16), jeune vétérinaire mixte et autrice de Au Boulot ! Du diplôme à la retraite, les clés pour exercer sereinement aux éditions du Point vétérinaire paru en 2019, à l’occasion du congrès de la e-santé animale du laboratoire MSD qui s’est tenu du 22 au 28 mars dernier. Ainsi, selon les données de l’Atlas démographique de l’Ordre1, entre 2015 et 2020, le nombre de vétérinaires exerçant en rurale pure ou en clinique mixte a chuté de 13 % et dans le même temps le nombre de femmes vétérinaires est passé de 27 à 31 %. Peut-on pour autant établir une corrélation entre ces deux données ? Peut-être en partie mais, comme l’a indiqué Fanny Garcia, pas exclusivement.

Des expériences à multiplier

En effet, « le projet VeTerrA (thèse de Sylvain Dernat) de l’UMR de VetAgro Sup2, a permis de montrer que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’existe pas de lien entre l’origine sociale des étudiants vétérinaires - milieu urbain ou aisé - et le type d’activité exercée », a-t-elle indiqué. Les données collectées montrent que leur orientation professionnelle est dictée à la fois par l’organisation du travail de la clinique (gardes) mais aussi par leurs expériences en stage (notamment les actes réalisés). C’est pourquoi, il serait intéressant, selon Fanny Garcia, que les étudiants aient davantage d’expériences de terrain dans des clientèles et types d’élevages variés (allaitant, laitiers, BIO, AOP, etc.). De plus, le travail de Christine Fontanini3 a permis de montrer que le choix de carrière intervient très tôt dans l’enfance. Par conséquent, « comme à notre échelle on ne pourra pas changer rapidement ce biais de sélection, il est intéressant de réfléchir à l’impact de la féminisation de la profession sur la façon d’exercer des vétérinaires ruraux », a ajouté Fanny Garcia.

Pour cela, plusieurs études ont été menées récemment. Ainsi, les travaux de Shaw J.R. et al.4 ont révélé que les femmes vétérinaires ont une relation avec leurs clients fondée davantage sur la bonne entente et un relationnel fort que les hommes. De même, il semblerait que les femmes et les jeunes vétérinaires attribuent des scores de douleur plus élevés que leurs collègues masculins et/ou plus âgés5. Toutefois, il serait très réducteur de ne s’intéresser qu’au sexe car, comme l’a indiqué la conférencière, de nombreux autres critères tels que la croyance, la formation ou les origines sociales ont également une influence sur la façon d’exercer du vétérinaire. Parmi les craintes des femmes à exercer en rural, le manque de force physique est souvent cité. En effet, selon la thèse vétérinaire ­d’Alicia Barral6 (VetAgro Sup 2019), il s’agit de la principale réticence des étudiantes vétérinaires elles-mêmes. De même, la thèse vétérinaire de Lorraine Grandadam (École nationale vétérinaire de Lyon 2010)7 montre que les consœurs exerçant en canine ainsi que leurs confrères (tout type d’activité) pensent qu’« une femme est pénalisée par ses capacités physiques vis-à-vis de ses collègues masculins lorsqu’elle exerce dans le secteur rural ». Or, à l’inverse sur le terrain, 90 % des éleveurs interrogés disent se moquer du sexe du vétérinaire et 90 % d’entre eux sont même satisfaits de la présence d’une femme vétérinaire7.

Prévenir les craintes

Face à ces réticences, éprouvées par 80 % des étudiantes vétérinaires6, Fanny Garcia conseille de multiplier les stages mais également de ne pas s’arrêter aux préjugés : « Les étudiantes ne devraient pas rester dans leur zone de confort mais être curieuses et poser des questions au vétérinaire sur ses revenus, sur son équilibre vie personnelle-vie professionnelle, sur le management de la clinique. Pour être aidé dans ce travail, il existe d’ailleurs une plateforme en ligne, Louveto, qui permet de profiter de l’expérience de praticiens expérimentés. » Enfin, sachant que près de 38 % des vétérinaires arrêtent d’exercer car ils ne se sentent pas assez épaulés par leurs confrères pendant les premières années de leur carrière8, « un développement du mentorat et une plus grande transparence sur les conditions de travail du futur salarié sont les objectifs à poursuivre », a-t-elle conclu.

1. Atlas démographique de la profession vétérinaire 2020, L’Ordre national des vétérinaires www.bit.ly/3rXG8P4

2. www.bit.ly/31SaWpE

3. www.bit.ly/3uwdSVy

4. www.bit.ly/3dIPFnT

5. www.bit.ly/3dGLJUS

6. Barral Alicia, La femme vétérinaire est-elle l’avenir de la profession en milieu rural ? Des images et des mots, VetAgro Sup, 2019, thèse.

7. Grandadam Lorraine, L’exercice rural est-il plus difficile pour une femme vétérinaire ? Enquêtes auprès des vétérinaires praticiens et des éleveurs de bovins, École nationale veterinaire de Lyon, 2010, thèse.

8. www.bit.ly/3dC9jlC

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