LES CRITÈRES DE CHOIX D’UN AUTOMATE D’HÉMATOLOGIE - La Semaine Vétérinaire n° 1894 du 09/04/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1894 du 09/04/2021

MATÉRIEL

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

Auteur(s) : DELPHINE RIVIÈRE

Fonctions : CES de biologie médicale, laboratoire InovieVet

La variation d’impédance et la cytométrie en flux sont les deux techniques de mesure utilisées par les appareils d’hématologie vétérinaire. La précision de mesure de l’automate et les compétences en hématologie de l’utilisateur conditionnent fortement le choix de la machine.

L’automate d’hématologie est l’un des équipements les plus communs dans les cliniques vétérinaires. À l’heure actuelle, deux technologies de mesure, la variation d’impédance (photo 1) et la cytométrie en flux (photo 2), équipent les automates disponibles sur le marché vétérinaire.

Les performances de la machine, l’usage clinique qui en est fait et son coût sont les principaux critères de choix d’un automate.

Principes de fonctionnement

La variation d’impédance permet la différenciation des différents leucocytes entre eux et la différenciation des plaquettes-hématies selon un unique critère : la taille des cellules. La cytométrie en flux permet la différenciation des différentes populations selon deux critères, et donc une meilleure discrimination des différentes populations.

La plupart des automates en cytométrie de flux y associent également l’impédance. La présence des deux technologies est plus onéreuse mais permet de combiner les bénéfices : fiabilité sur les globules rouges grâce à l’impédance et précision plus grande sur les globules blancs grâce à la cytométrie (cf. points suivants).

Tous les analyseurs sont capables de fournir la numération des hématies avec les index érythrocytaires (RBC, Ht, VGM, CCMH, IDR), la numération des plaquettes, la numération des globules blancs et un différentiel leucocytaire granulocytes-lymphocytes-monocytes.

Précision de mesure

Suivant l’automate, le comptage réticulocytaire, le différentiel leucocytaire et le comptage plaquettaire seront plus ou moins précis.

Les automates en variation d’impédance, ainsi que certains automates de cytométrie en flux, ne sont pas capables de détecter la présence de réticulocytes. L’IDR (indice de distribution des rouges) et le VGM (volume globulaire moyen) permettent de suspecter la présence de réticulocytes, mais ne peuvent en aucun cas se substituer à un réel comptage réticulocytaire ; une macrocytose ou une anisocytose pouvant être secondaires à un autre processus.

Pour les leucocytes, certaines machines sont capables de discriminer uniquement les lymphocytes, les monocytes et les granulocytes, tandis que d’autres proposent également une distinction entre les différents types de granulocytes (neutrophiles, éosinophiles +/- basophiles). La cytométrie en flux est généralement plus précise et plus juste, et l’analyse des graphiques en nuage de points permet de repérer les erreurs plus facilement que les courbes de variation d’impédance. À noter que le comptage des granulocytes basophiles ne présente pas d’intérêt majeur pour le diagnostic hématologique de routine, et est par ailleurs souvent peu efficace chez les carnivores. De plus, pour le différentiel leucocytaire, il est important de disposer d’intervalles de référence en valeur absolue (nombre de cellules/unité de volume) et non uniquement en pourcentage de leucocytes, au risque de faire des erreurs diagnostiques. Pour le comptage plaquettaire, il est plus délicat en variation d’impédance lorsque le prélèvement contient des plaquettes de grande taille (taille égale ou supérieure à une hématie) ou des amas plaquettaires. Cette technique est donc généralement peu performante dans l’espèce féline, chez qui les agrégats plaquettaires et la circulation de macroplaquettes sont très fréquents. Une numération plaquettaire peut aussi être erronée par un automate à cytométrie en flux. Une vérification du frottis sanguin reste indispensable lors de thrombopénie, quelle que soit la technologie utilisée.

Usage clinique

L’importance des différents critères techniques est variable selon l’usage prévu.

Une technologie pointue n’est pas forcément nécessaire si les NFS (numération de la formule sanguine) sont habituellement réalisées dans le cadre de dépistage ou bilan de santé, puis envoyées en relecture par un laboratoire externe en cas de suspicion de maladie hématologique. De même, si la structure dispose d’un vétérinaire expérimenté en hématologie et ayant du temps à consacrer à la vérification des résultats/lecture des frottis, tous les appareils conviennent.

Certains analyseurs affichent des alertes pour signaler un résultat possiblement erroné ou la présence d’éléments anormaux. Des commentaires guidant l’interprétation des résultats sont également parfois proposés, et peuvent s’avérer appréciables pour un praticien peu expérimenté en hématologie. Ces commentaires doivent cependant rester au rang de suggestions et d’orientations diagnostiques.

Attention : les oiseaux et reptiles ont des thrombocytes et des érythrocytes nucléés. Les résultats ne sont donc pas ou peu informatifs quelle que soit la technologie. De fait, un appareil d’hématologie classique n’est pas utile si l’activité de la clinique est spécialisée en animaux exotiques, on se tournera plutôt vers du matériel à micro-hématocrite et mesure d’hémoglobinémie. Chez les chevaux et ruminants, le comptage réticulocytaire est peu utile.

Budget et fonctionnement pratique

La réflexion doit enfin intégrer le coût de l’appareil – ordre de grandeur, entre 5 000 et 20 000 euros –, mais aussi de la maintenance, du contrôle qualité et des réactifs, ainsi que la durée de vie de ces derniers. Quelques critères supplémentaires sont à prendre en compte : la taille de l’automate, la rapidité de mesure, le volume de sang nécessaire, la facilité de prise en main et d’utilisation.

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