COMMENT ACCOMPAGNER LES ENFANTS LORS DE LA MORT DE LEUR ANIMAL DE COMPAGNIE ? - La Semaine Vétérinaire n° 1893 du 02/04/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1893 du 02/04/2021

EXPRESSION

LA QUESTION EN DÉBAT

Auteur(s) : CHANTAL BÉRAUD

Savoir comment réagir au mieux au deuil d’un enfant qui perd son animal de compagnie n’est pas chose facile… Dans de telles circonstances, prendre du temps et faire preuve d’empathie font partie des règles d’or du savoir-être que les praticiens développent peu à peu avec l’expérience.

NE PAS CONFONDRE DORMIR ET MOURIR

LAURE LE BAIL (A 03)

Praticienne canine à Paris

Je constate que les enfants sont souvent plus choqués que leurs parents : ils ont un vrai deuil à vivre, y compris pour un lapin, un cochon d’Inde ou une souris. D’ailleurs, pour les plus jeunes enfants, le décès de l’animal de compagnie est souvent leur première rencontre avec la mort. Et ils ont tendance à confondre l’animal qui dort et l’animal mort. J’ai donc régulièrement des parents qui demandent que je les aide à expliquer à leurs enfants la mort de leur animal, notamment lors d’une euthanasie programmée. En fait, je n’accepte pas systématiquement de remplir ce rôle, car c’est très délicat, et on ne connaît pas l’enfant. En cas d’accord, dans le cadre d’une euthanasie programmée, le processus est plus long, car j’aime pouvoir m’entretenir avec l’enfant au préalable : c’est une première étape importante avant la prise de décision. J’aide donc les parents à faire comprendre à leurs enfants pourquoi il y a une nécessité d’aider leur animal “à partir”, car il ne faut surtout pas qu’ils aient l’impression de le “tuer” ou qu’ils se sentent responsables ou coupables de la perte de leur petit compagnon.

IL FAUT S’ADAPTER À L’ÂGE DE L’ENFANT

FRANTZ CAPPÉ (A 94)

Auteur de Mon chat, mon chien va partir, Sa maladie, sa perte, mon chagrin (éditions Albin Michel)

Quand les enfants sont trop jeunes pour venir dans une clinique vétérinaire, je préviens leurs parents qu’ils doivent évoquer avec eux la perte de leur animal. Entre 1 an et demi et 4 ans, l’enfant a besoin de savoir ce qui arrive à son animal et pourquoi. On doit lui parler de la mort en des termes très simples, en lui laissant la possibilité de poser des questions. En effet, à cet âge ils croient souvent que la mort n’est qu’un sommeil dont on finit par se réveiller, que ce n’est pas définitif. Il faut pouvoir leur dire la vérité pour infléchir cette croyance. Les laisser dans le flou ou sans réponse est source d’inquiétude pour eux. S’ils ne savent pas ce qu’il est advenu de leur compagnon, ils peuvent alors réagir par des attitudes de régression, de colère, des crises d’angoisse, des cauchemars… Leurs parents doivent les réassurer, en expliquant les choses avec des mots précis tels que : « César est mort. Sa vie s’est arrêtée. Il a cessé de boire, de respirer, de manger. Il ne va jamais revenir. Si tu veux, on peut décider ensemble où on va l’enterrer. »

JE SUIS DANS L’EMPATHIE MAIS SANS LES INFANTILISER

ANTOINE FOURNILLIER (LIÈGE 2010)

Praticien mixte à Soumoulou (Pyrénées-Atlantiques)

Qu’il s’agisse de la mort d’un chien, d’un chat, d’un lapin, d’un NAC, la peine de l’enfant est identique : il souffre de la perte de l’être vivant sensible qui l’a accompagné jusque-là. Lui présenter la situation peut cependant parfois être très compliquée, surtout si l’on ne sait pas au préalable quelle explication lui ont déjà fournie ses parents ! Dans ces cas-là, je tente l’approche qui me semble la plus adéquate, que je change si je m’aperçois que les parents commencent à ouvrir de grands yeux au fur et à mesure de mon discours. Néanmoins, j’essaie toujours de m’adresser aux enfants sans les infantiliser. Par exemple, si c’est avant une euthanasie, je dis que leur petit compagnon est très malade, qu’il n’est malheureusement plus possible de le soigner… Puis j’indique clairement qu’il va mourir, car dire qu’il va partir me paraît moins clair. Cependant, comme avec des adultes, ce n’est jamais facile. Je tente de faire comprendre aux petits comme aux grands qu’il est normal qu’ils aient mal, et que, par exemple, il n’y a rien de honteux à pleurer.

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