LE RENARD ET LA TUBERCULOSE BOVINE - La Semaine Vétérinaire n° 1892 du 26/03/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1892 du 26/03/2021

ÉPIDÉMIOLOGIE

PRATIQUE MIXTE

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE

Après avoir été saisie le 31 juillet 2018 par la direction générale de l’alimentation (DGAL) pour la réalisation d’une expertise portant sur la « demande d’évaluation du rôle épidémiologique du renard dans la transmission de la tuberculose bovine », l’Anses vient de rendre ses conclusions.

Quel est le risque de transmission de la tuberculose bovine aux élevages de bovins par des renards compte tenu des éléments actuellement connus ? » est l’une des questions à laquelle ont tenté de répondre les experts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dans le cadre d’un travail commencé en 20181, à la suite d’une demande de la direction générale de l’alimentation (DGAL), dans un contexte de mise en évidence de la tuberculose bovine (TB) chez les bovins et dans la faune sauvage, notamment chez les blaireaux2.

Des contaminations dans la faune sauvage

En effet, en 2015, suite à la découverte de quatre renards infectés (Mycobacterium bovis) en Dordogne, une étude a été conduite sur « l’épidémiologie et la pathologie de la TB chez le renard ». Cette dernière a mis en évidence, pour l’année 2017, un taux d’infection de l’ordre de 6 % sur un échantillon de 189 renards prélevés en zone infectée de Dordogne (PCR). Ces résultats complétés notamment par ceux d’autres études portant sur les voies d’excrétion de la bactérie ou sur l’épidémiologie élargie à d’autres zones ont, en sus d’une revue bibliographique sur le sujet, servi de base à l’enquête menée par les experts de l’Anses. Comme le rappellent ces derniers, l’infection à Mycobacterium bovis s’inscrit dans un système complexe impliquant l’Homme, plusieurs espèces animales domestiques et sauvages ainsi que l’environnement. La gestion de la TB impose à ce titre une approche One Health, avec une implication des différents acteurs concernés. Dans un tel contexte, l’expertise menée par l’Anses a permis de montrer qu’en l’état actuel des connaissances la présence de renards infectés ne constitue pas un risque majeur de création d’un réservoir dans la faune sauvage. Ainsi, bien que le renard « semble pouvoir apporter une contribution à la circulation de M. bovis dans le système multi-hôtes, cette dernière est sans doute moindre que les autres hôtes sauvages - sangliers, blaireaux ». Il jouerait alors un rôle d’« hôte de liaison » dans des zones de circulation actives de l’infection, notamment très localement autour des fermes infectées, ajoute le rapport.

Des mesures de biosécurité à adapter

Par conséquent, il conviendrait d’exercer une surveillance et une élimination des renards dans les exploitations qui se trouvent dans un « point noir ». Les mesures de biosécurité externe devraient être renforcées pour prévenir, voire empêcher les contacts contaminants entre les renards et les bovins dans les bâtiments et sur les points d’alimentation. Toutefois, « du fait du comportement et de la dynamique de population de renards (renouvellement rapide) qui conduisent à une compensation très rapide des populations (…) L’élimination préventive des renards n’apparaît en aucun cas justifiée au motif de la lutte contre la tuberculose bovine », conclut le rapport. « Ces conclusions devront néanmoins être reconsidérées à la lumière de connaissances futures et de l’évolution de la situation sanitaire de la TB dans le système multi-hôtes en France », indiquent les experts de l’Anses, car de nombreuses incertitudes persistent quant à l’infection à M. bovis chez le renard ainsi qu’aux données épidémiologiques peu nombreuses en France.

1. Rôle épidémiologique du renard dans la transmission de la tuberculose bovine, Avis de l’Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, et rapport d’expertise collective, février 2021. www.bit.ly/30SBR4o

2. Gestion de la tuberculose bovine et des blaireaux, Avis de l’Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, et rapport d’expertise collective révisé, août 2019. www.bit.ly/3bVuLlP

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