IVERMECTINE : COUP DE FREIN SUR LA « MOLÉCULE MIRACLE » ? - La Semaine Vétérinaire n° 1892 du 26/03/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1892 du 26/03/2021

COVID-19

PHARMACIE

Auteur(s) : MICHAELLA IGOHO-MORADEL

L’Agence européenne des médicaments ne recommande pas l’utilisation de l’ivermectine pour la prévention ou le traitement du Covid-19. Elle conclut que les preuves de son efficacité sont insuffisantes.

Prudence dit l’Agence européenne des médicaments (EMA). Alors que l’ivermectine, un antiparasitaire à large spectre bien connu en médecine vétérinaire, fait partie des nombreuses pistes de traitements explorées pour prendre en charge les malades atteints du Covid-19, des autorités sanitaires déconseillent son utilisation en dehors d’essais cliniques randomisés. Après l’agence américaine Food and Drug Administration (FDA), c’est l’EMA qui émet des réserves dans un communiqué1 publié le 22 mars. L’autorité européenne a examiné les dernières données sur l’utilisation de l’ivermectine pour la prévention et le traitement du Covid-19 et conclut que son efficacité reste encore à démontrer.

Une automédication non recommandée

Pourtant une étude2 australienne, publiée en avril 2020, fait encore parler d’elle. Les chercheurs y rapportaient que l’ivermectine serait parvenue à inactiver le virus Sars-Cov-2 en moins de 48 heures lors de tests in vitro. Ils rappelaient également que dans de précédentes études, ce médicament pouvait agir contre la dengue et limiter des infections comme le virus du Nil occidental, qui possède des similitudes avec le Covid-19. De plus, le traitement antiparasitaire présente des propriétés anti-inflammatoires intéressantes. L’intérêt croissant pour cet anthelminthique a amené l’EMA et la FDA3 à publier des mises en garde quant à son utilisation en automédication. Aux États-Unis, l’agence américaine a signalé début mars que des patients ont été hospitalisés après s’être automédicamentés avec de l’ivermectine destinée aux chevaux. Selon le Missouri Poison Center, un surdosage intentionnel d’ivermectine peut provoquer des effets graves tels que le coma ou encore des problèmes pulmonaires et cardiaques. La FDA souligne encore que, bien que l’ivermectine soit étudiée en laboratoire, des recherches supplémentaires avec des données concluantes sont nécessaires avant son approbation pour le traitement du Covid-19.

Une innocuité à démontrer

L’agence américaine invite notamment les vétérinaires à signaler toute automédication de produits à base d’ivermectine destinés aux animaux, en remplacement de ceux dédiés à la santé humaine. Pourtant, à l’heure actuelle, comme l’a rappelé4 l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), la majorité des travaux de recherche sur ce médicament n’ont été publiés qu’en preprint et/ou sont limités par des biais méthodologiques. « D’autres analyses suggèrent aussi que des doses jusqu’à cent fois supérieures à celles autorisées chez l’homme pour son indication première seraient nécessaires pour atteindre les concentrations plasmatiques efficaces contre le virus détectées in vitro , avec des inquiétudes quant à la dose efficace d’ivermectine chez l’homme et sa tolérance. » De son côté, l’EMA indique que des doses beaucoup plus élevées pourraient augmenter les effets indésirables et provoquer une éventuelle toxicité. Elle rappelle également que l’utilisation de ce médicament comme traitement contre le Covid-19 n’est pas autorisée au sein de l’Union européenne. L’agence n’a d’ailleurs reçu aucune demande en ce sens. Selon elle, d’autres études « sont nécessaires pour tirer des conclusions sur l’efficacité et l’innocuité du produit ».

1. www.bit.ly/3rhm0Hg

2. Caly L., Drucea J.D., Catton M.G. et coll., The FDA-approved drug ivermectin inhibits the replication of SARS-CoV-2 in vitro, Antiviral Research, 2020;178:104787.

3. www.bit.ly/3lHpBNz

4. www.bit.ly/396GSLk

UN ANTIPARASITAIRE À LARGE SPECTRE

En 1981, l’ivermectine est le premier endectocide vendu en médecine vétérinaire, d’abord pour les bovins, puis notamment les animaux de compagnie. C’est le traitement de choix de l’onchocercose. Il est efficace contre d’autres filaires (Wuchereria bancrofti, Loa loa) ou encore les nématodes intestinaux (Ascaris lumbricoïdes, Strongyloides stercoralis). Il est également utilisé pour traiter les infections parasitaires chez l’homme telles que la gale, la rosacée ou encore les filarioses.

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