GESTION DES FOYERS DE RHINOPNEUMONIE ÉQUINE - La Semaine Vétérinaire n° 1892 du 26/03/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1892 du 26/03/2021

ÉPIZOOTIE

PRATIQUE MIXTE

FORMATION

Auteur(s) : MARION BOIDOT

Plusieurs foyers de rhinopneumonie équine à forme nerveuse (virus EHV-1) se sont déclarés en France au cours des dernières semaines, en lien avec le foyer initial déclaré mi-février à Valence, en Espagne. Selon Christel Marcillaud-Pitel, vétérinaire et directrice du Réseau d’épidémio-surveillance en pathologie équine (Respe), il n’y a pas, au 9 mars 2021, d’épizootie de rhinopneumonie équine en France. En effet, la majorité des chevaux présents à Valence et rentrés en France ont été isolés et testés, et font pour la plupart l’objet d’un suivi vétérinaire rapproché. La vingtaine de foyers directement en lien avec le concours de Valence sont maîtrisés, et aucun échappement de la maladie n’a été constaté.

La situation actuelle en France, avec l’apparition de cas sporadiques répartis sur l’ensemble du territoire, est donc normale pour la saison, et l’ensemble des mesures sanitaires mises en place, notamment la suspension des compétitions et des rassemblements d’équidés, vise à maintenir ce taux saisonnier à un niveau habituel.

Toutefois, il existe une inquiétude légitime liée au retour des chevaux depuis les deux autres foyers espagnols : les autorités sanitaires espagnoles ayant décidé, dans ces cas-là, d’autoriser le retour de l’ensemble des animaux sans mesures sanitaires préalables - il n’y a à ce jour aucune donnée disponible quant aux statuts des chevaux revenant en France - et sans possibilité de traçage de leur parcours.

Le 9 mars 2021, un foyer avait été confirmé en lien avec le concours de Vejer de la Frontera, en Andalousie. Aucun foyer dans les filières courses ou élevage n’a été déclaré, ces deux filières bénéficiant clairement du morcellement des activités équestres qui les isole des chevaux de sport et de loisir.

Une forme particulièrement virulente ?

L’ampleur de la crise sanitaire a généré des interrogations sur la souche virale responsable de l’épidémie, notamment sur sa virulence et sa contagiosité.

D’un point de vue clinique, la maladie observée est caractérisée par une phase fébrile de 2 à 6 jours, puis, selon les cas, par : la guérison du cheval, le développement de symptômes neurologiques modérés (queue flasque, rétention urinaire) ou le développement de symptômes sévères nécessitant l’hospitalisation (ataxie, décubitus). Il s’agit du développement classique d’une infection à EHV, le développement de symptômes secondaires et leur sévérité (avortement ou, dans ce cas précis, symptômes de myéloencéphalite) dépendant de la dose infectieuse, comme l’a rappelé Romain Paillot, responsable recherche en santé équine chez Labéo (Calvados).

Dans le cas du premier foyer espagnol, les conditions environnementales - promiscuité, mauvaise ventilation, fourrages poussiéreux - étaient favorables au maintien d’une dose infectieuse importante et durable, expliquant probablement le nombre de chevaux touchés et la sévérité des expressions cliniques.

Au 9 mars, 11 chevaux sont morts suite à l’évolution des signes neurologiques, et, bien que ce nombre soit impressionnant dans une période si restreinte, il s’agit du taux de mortalité usuel de la rhinopneumonie à forme nerveuse liée à EHV-1. Pour l’heure, rien ne permet donc de conclure à une forme particulièrement virulente et agressive du virus EHV-1.

Les recommandations du Respe et de la DGAL

Le Respe appelle l’ensemble de la filière et des vétérinaires à la plus grande vigilance, afin de détecter l’ensemble des foyers et d’établir le lien éventuel avec les foyers espagnols.

L’ensemble des compétitions équestres nationales et internationales sont suspendues jusqu’au 28 mars 2021, mais ces mesures ne s’appliquent pour l’instant pas aux courses (trot, galop), du fait de la séparation des deux filières et de l’obligation vaccinale en courses depuis 2018.

La saison de monte se poursuit actuellement avec des mesures strictes de précaution, notamment pour les centres de reproduction accueillant des chevaux de sport pour lesquels il est recommandé de décaler le début de la saison de monte au 1er avril.

À l’heure actuelle, les rassemblements équestres - foires, chasses à courre, concours non officiels, etc. - ne sont pas interdits. La direction générale de l’Alimentation (DGAL) a toutefois émis des recommandations aux préfectures et aux directions départementales de la protection de la population (DDPP) afin de suspendre l’organisation de tels évènements. Cependant, la rhinopneumonie équine n’étant pas une maladie réglementée, l’intervention des préfectures dépasse les prérogatives des autorités sanitaires, les modalités de maintien ou de suspension de ces rassemblements dépendent donc de l’arrêté préfectoral pris localement. Les mesures sanitaires recommandées reposent sur plusieurs axes (voir encadré page précédente).

Efficacité des vaccins

Quant aux vaccins actuellement sur le marché (Pneumequine, Equip EHV 1,4), ils ont été développés pour permettre une réduction des signes cliniques et de l’excrétion virale des chevaux infectés. Ils ciblent particulièrement la forme respiratoire, et l’Equip EHV 1,4 concerne également la forme abortive, mais aucun d’eux ne cible officiellement les formes nerveuses en raison de la difficulté à reproduire ces formes de la maladie dans le cadre des expérimentations menées pour l’obtention des autorisations de mise sur le marché (AMM). Leur utilisation doit être pensée collectivement en recherchant une immunité de groupe, le niveau de couverture vaccinale permettant, s’il est suffisant, de stopper la progression du virus.

Source : le 9 mars 2021, l’Association vétérinaire équine française (AVEF) a organisé une table ronde en format digital et ouverte à tous pour faire le point sur la situation sanitaire.

LES MESURES SANITAIRES À PRENDRE

Isoler : isoler les chevaux suspects et ceux en provenance de sites infectés ou suspects, limiter les mouvements de chevaux, mettre en place des quarantaines avec suivis de température pendant une semaine à l’arrivée d’un animal.

Dépister : les prélèvements doivent être faits par un écouvillon naso-pharyngé, idéalement au pic de température qui va correspondre au pic d’excrétion virale, et envoyé dans un milieu de transport dédié ou dans du sérum physiologique stérile.

La cinétique propre au virus EHV-1 entraîne une excrétion faible en début et en fin de phase symptomatique, pouvant être à l’origine de résultats faussement négatifs.

Notons que les écouvillons nasaux (courts) ne permettent pas de réaliser un test PCR concluant et ne sont d’aucune utilité.

Vacciner : il est recommandé de procéder à un rappel sur tous les chevaux déjà vaccinés dont la dernière injection remonte à plus de 6 mois. La vaccination des chevaux suspects ou en quarantaine est fortement déconseillée.

La primo-vaccination contre la rhinopneumonie, si elle permet d’augmenter le taux global de vaccination du cheptel, n’a pas d’intérêt propre dans le cadre de cette crise, l’immunité des chevaux ainsi primo-vaccinés n’apparaissant que 4 à 6 semaines après la première injection.

RÈGLEMENT FEI

Le règlement de la Fédération équestre internationale (FEI) sur le suivi vétérinaire établit clairement qu’une prise de température doit avoir lieu avant que le cheval ne rentre sur le site du concours, avec un suivi de température quotidien, voire biquotidien, pendant toute la durée du stationnement sur le site. En pratique, cet examen est rarement réalisé ;

il permettrait pourtant d’éviter l’entrée d’un cheval malade sur le site et d’isoler les individus dès le début de la phase fébrile.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr