CLAP DE FIN POUR L’ÉPIZOOTIE - La Semaine Vétérinaire n° 1892 du 26/03/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1892 du 26/03/2021

IAHP

PRATIQUE MIXTE

Auteur(s) : TANIT HALFON

Depuis la deuxième semaine de janvier, le nombre de foyers domestiques d’influenza aviaire hautement pathogène enregistrés par semaine baisse, avec seulement 7 nouveaux foyers déclarés entre le 1er et le 22 mars.

La fin de l’épizootie d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) 2020-2021 serait-elle proche ? C’est probable, au vu des tendances enregistrées ces dernières semaines. Depuis la semaine du 11 janvier, le nombre de nouveaux foyers déclarés par semaine est en nette diminution (voir graphique), reflétant un ralentissement de la propagation de l’infection. Entre le 1er et le 22 mars, seuls 7 nouveaux foyers ont été déclarés1 (dont 1 dans le Haut-Rhin), contre 138 foyers la semaine du 4 janvier. Face à cette dynamique favorable, l’heure est désormais au bilan. Au total, au 22 mars, ce sont 488 foyers domestiques d’IAHP qui ont été détectés sur le territoire national. Avec 474 foyers, le Sud-Ouest est la zone la plus touchée. Six départements sont concernés : les Landes totalisent près des trois quarts des foyers (341), suivi du Gers (65), des Pyrénées-Atlantiques (58), des Hautes-Pyrénées (7), du Lot-et- Garonne (2) et de la Haute-Garonne (1). Hors Sud-Ouest, les foyers sont répartis dans 7 départements, éloignés les uns des autres (excepté pour la Vendée et les Deux-Sèvres, ainsi que la Corse). Dans le Sud-Ouest, les premiers foyers ont d’abord été détectés dans les Landes, avec une atteinte rapide de la zone de la Chalosse (mi-décembre 2020), à forte concentration d’élevages de canards, amenant à une rapide flambée des cas en 2 semaines : 43 foyers ont ainsi été enregistrés la semaine du 28 décembre (contre 8 foyers les 3 semaines précédentes), suivis de 126 foyers la semaine du 4 janvier. Dans cette crise, les élevages de palmipèdes sont majoritairement touchés : ils représentent plus de 80 % des foyers.

Vers un vide sanitaire généralisé dans le Sud-Ouest

Malgré cette dynamique favorable, un repeuplement des élevages n’est pas pour tout de suite. Saisie à ce sujet, l’Agence nationale de sécurité sanitaire2 (Anses) a estimé dans son dernier avis qu’il fallait suivre les recommandations émises pour la dernière épizootie de 2016-2017, qui avait abouti à un vide sanitaire synchronisé dans le Sud-Ouest du 17 avril au 28 mai 2017, avant le repeuplement des élevages de palmipèdes. Il faut dire que la crise actuelle rappelle fortement la précédente, durant laquelle 486 foyers domestiques avaient été détectés, principalement dans le Sud- Ouest et dans les élevages de palmipèdes. En outre, le sous-type viral majoritairement identifié (H5N8, clade 2.3.4.4b), est apparenté aux virus ayant circulé en Europe en 2016-2017. C’est donc sans surprise que le ministère de l’Agriculture a annoncé le 18 mars qu’il y aurait une période d’assainissement de 4 semaines autour des anciens foyers des zones de protection une fois l’épizootie terminée, suivie d’un repeuplement progressif. La situation est différente pour les élevages de galliformes moins sensibles au virus, et dont l’organisation est moins à risque de diffusion du virus. Ils peuvent donc être repeuplés dans certaines zones et sous conditions.

Plusieurs points de vigilance

Cette prudence est motivée par le fait que l’environnement reste encore « très propice » à la survie du virus, sur les parcours plein air et aux abords des bâtiments, comme cela est souligné dans l’avis de l’Anses (avec le bémol que l’avis est une analyse basée sur les données jusqu’à la mi- février). Il restait, de plus, encore à la mi-février des élevages non dépeuplés, y compris de palmipèdes et dans la zone de protection du Sud-Ouest. Or, « la situation demeure évolutive là où il reste des oiseaux », rappelle l’Agence, en témoigne le rebond observé dans le département du Gers la semaine du 22 février, avec 14 nouveaux foyers détectés dans cet unique département, contre 1 seul la semaine précédente tout département du Sud-Ouest confondu. Ce point est à mettre en relation avec le fait que si l’introduction initiale du virus est liée à l’avifaune sauvage migratrice contaminée, sa diffusion s’explique très probablement par d’autres facteurs liés à la structuration et l’organisation des élevages, notamment de la filière palmi pèdes gras. Au-delà du repeuplement, c’est donc aussi tout un travail d’analyse des facteurs de risque qui devra être entrepris, afin de pouvoir maîtriser le risque IAHP dans les années à venir et de ne pas voir le scénario se répéter une troisième fois, voire plus.

1. www.bit.ly/3s02C2N et www.bit.ly/3txRmLf

2. www.bit.ly/3tszd1i

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