L’ASTHME ÉQUIN - La Semaine Vétérinaire n° 1890 du 12/03/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1890 du 12/03/2021

THÉRAPEUTIQUE

PRATIQUE MIXTE

FORMATION

Auteur(s) : ANNE COUROUCÉ

D’après les conférences présentées lors du séminaire sur l’asthme équin organisé dans le cadre des 48e Journées annuelles de l’Association vétérinaire équine française (Avef) avec le laboratoire Boehringer Ingelheim sous forme de 4 interventions virtuelles, le 5 novembre 2020 à Marseille.

La première étape pour la gestion des chevaux asthmatiques est le contrôle de l’environnement et donc des antigènes inhalés, comme le rappelle Jean-Pierre Lavoie, spécialiste des maladies respiratoires des chevaux au campus Saint-Hyacinthe de la faculté de médecine vétérinaire de l’université de Montréal. L’idéal est de pouvoir garder les chevaux au pâturage toute l’année. Lorsque ce n’est pas possible, il existe des alternatives au foin que sont l’enrubanné ou les pellets de foin par exemple. Une étude récente montre que le meilleur moyen de supprimer les poussières et les moisissures dans le foin est la stérilisation dans des purificateurs type Haygain1. Si l’écurie est bien ventilée, la mise en place de ces mesures de contrôle de l’environnement pourra également permettre une bonne gestion de ces chevaux.

Une étude a mis en évidence que sur des chevaux asthmatiques gardés dans une écurie et nourris au foin 3 fois par jour, il faut entre 3 et 6 mois pour que la fonction respiratoire se normalise après la mise au pré. Il faut donc du temps ce qui explique que certains propriétaires considèrent que c’est un échec sans amélioration au bout de quelques semaines.

La deuxième étape du traitement des chevaux asthmatiques est l’administration de corticostéroïdes qui peut se faire par voie systémique ou par inhalation.

Voie systémique

Jean-Pierre Lavoie a présenté une étude lors de laquelle les chevaux ont été traités notamment avec de la dexaméthasone par voie intraveineuse à la dose de 0,04 mg/kg une fois par jour sans aucun changement de l’environnement des chevaux. Après 3 jours de traitement avec la dexaméthasone, il y avait une amélioration de la fonction pulmonaire qui s’est maintenue pendant 28 jours. Néanmoins, à l’arrêt du traitement, et en l’absence de modifications de l’environnement, il y a eu un retour à la bronchoconstriction en 7 à 8 jours.

Lors de cette étude, la mesure du cortisol a été réalisée et a montré une diminution importante de ce paramètre, mettant en évidence les effets systémiques d’un traitement avec de la dexaméthasone.

Une autre étude a permis d’évaluer l’effet d’un traitement par la dexaméthasone par voie orale. Une amélioration de la fonction pulmonaire a également été mise en évidence. Néanmoins, il n’y avait pas de normalisation des neutrophiles dans le lavage broncho-alvéolaire, ce qui est un point valable pour tous les traitements avec des corticoïdes chez les chevaux asthmatiques.

Inhalation

Il existe différentes sortes de nébuliseurs : mécaniques (ultrasoniques ou en jet), aérosols doseurs et inhalateurs Soft Mist (SMI).

Dexaméthasone

Une étude a été réalisée avec nébulisation de dexaméthasone injectable. Il n’y a eu aucune amélioration de la fonction respiratoire par cette voie. La nébulisation de dexaméthasone n’est donc pas recommandée pour le traitement des chevaux asthmatiques2.

Fluticasone

Plusieurs types de nébuliseurs peuvent être utilisés pour administrer la fluticasone : l’AeroHippus, l’Equine Haler ou l’AeroMask.

Une étude a permis d’administrer de la fluticasone chez des chevaux asthmatiques gardés en stabulation pendant 6 mois puis mis au pâturage durant 6 mois supplémentaires. Cette population de chevaux était comparée à une population mise au pré pendant une année sans traitement. Il y a eu une amélioration rapide de la fonction pulmonaire chez les chevaux traités par rapport à ceux sans traitement et une amélioration maximale lorsque les chevaux étaient traités et mis au pâturage en même temps.

Il a également été mis en évidence qu’il demeurait, chez ces chevaux, un bronchospasme résiduel et qu’il était intéressant de leur administrer parfois des bronchodilatateurs avant le traitement avec corticoïdes.

Ciclésonide

Une étude récente3 a évalué les effets de l’administration de ciclésonide. Elle a démontré une amélioration des signes cliniques des chevaux en « crise de pousse », sans qu’il y ait de diminution du cortisol sérique. Par ailleurs, l’effet sur la fonction pulmonaire et les signes cliniques demeure constant entre le 7e et le 14e jour de traitement. L’effet maximal sur les signes cliniques a été atteint avec une dose de ciclésonide de 2 700 µg à inhaler administrée deux fois par jour chez des chevaux présentant de l’asthme équin sévère. Le ciclésonide est un corticoïde de troisième génération comme l’explique notre consœur Sophie Paul-Jeanjean, responsable technique équin France chez Boehringer Ingelheim. C’est une prodrogue, hydrolysée par des enzymes présentes dans les cellules épithéliales des bronches en un métabolite pharmacologiquement actif (desisobutyryl-ciclesonide ou des-CIC) après administration par inhalation. Le des-CIC a une activité anti-inflammatoire avec une affinité pour les récepteurs des glucorticoïdes multipliée par 100 à 120 fois comparé à la molécule d’origine. Les deux points importants concernant cette molécule sont l’absence d’effet systémique (pas de diminution du cortisol sérique) et sa puissance (12 fois plus puissant que la dexaméthasone). Son administration bénéficie du dispositif Aservo EquiHaler.

Étude en Europe et retours de clientèle

Notre consœur Clémentine Gy, qui exerce à la clinique du cheval en Haute-Garonne, a tout d’abord présenté les retours d’une étude terrain menée en Europe qui est en cours de publication. Un total de 24 centres dans trois pays – Allemagne, France et Suisse – ont été inclus dans cette étude, randomisée et menée en double aveugle.

Les chevaux inclus dans cette étude devaient être âgés de plus de 4 ans et peser plus de 200 kg. Ils devaient également avoir un score clinique pondéré (SCP) supérieur ou égal à 11 (voir tableau) et avoir un historique d’asthme équin sévère sans changement d’environnement dans les deux semaines précédant l’étude. Un total de 224 chevaux d’âge moyen 18 ans et demi et de SCP moyen de 15 ont été inclus dans cette étude et ont reçu soit un traitement Aservo EquiHaler avec du ciclésonide soit un placebo.

À J0 et à J10, un examen clinique était réalisé pour déterminer notamment le SCP et un bilan sanguin était effectué. Un contact téléphonique était effectué à J5 pour faire un point avec le propriétaire et s’assurer notamment qu’il n’y avait pas d’effets secondaires. Le traitement a été très bien toléré chez tous les chevaux. À noter que 8 de ces chevaux étaient atteints de DPIP (dysfonction de la pars intermedia de la pituitaire ou maladie de Cushing du cheval) et ont eu une excellente tolérance du traitement également.

Chez les chevaux traités avec le ciclésonide, le SCP a été réduit de 7,2 points, contre 3,8 points chez les chevaux traités avec le placebo. Tous les chevaux se sont améliorés.

Un total de 73,4 % des chevaux sont passés de signes cliniques modérés à sévères à des signes cliniques légers indiquant une amélioration importante du confort de vie du cheval et la possibilité de reprendre l’exercice. Clémentine Gy a ensuite fait un retour d’expérience sur l’utilisation de l’Aservo EquiHaler au sein de la clientèle de la clinique du cheval : ont été inclus 6 chevaux présentant de l’asthme équin sévère et 11 chevaux présentant de l’asthme équin léger à modéré. Parmi les propriétaires, 82 % ont été satisfaits de la rapidité du traitement. Concernant l’amélioration clinique, 14 chevaux sur 17 ont présenté une amélioration des signes respiratoires, notamment du jetage et de la toux. Pas moins de 82 % des propriétaires se sont dit prêts à le réutiliser et/ou à le conseiller. Les points négatifs soulignés ont été le coût du traitement ainsi que l’usage unique du matériel sans possibilité d’utiliser de recharge. Rappelons toutefois que ce produit est tout récent et que le laboratoire Boehringer mettra probablement tout en œuvre pour l’améliorer et en faire un matériel réutilisable à l’avenir.

1. Moore-Colyer M.J., Lumbis K., Longland A. et coll., The effect of five different wetting treatments on the nutrient content and microbial concentration in hay for horses, PLoS One, 2014;9 (11).

2. Mainguy-Seers S., Bessonnat A., Picotte K. et coll, Nebulisation of dexamethasone sodium phosphate for the treatment of severe asthmatic horses, Equine Vet. J., 2019;51 (5):641-645.

3. Lavoie J.P., Bullone M., Rodrigues N. et coll., Effect of different doses of inhaled ciclesonide on lung function, clinical signs related to airflow limitation and serum cortisol levels in horses with experimentally induced mild to severe airway obstruction, Equine Vet Journal, 2019;51 (6):779-786.

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