AUGMENTER LE SEUIL DE LA VALEUR DE SDMA ACCROÎT LA SPÉCIFICITÉ DU DÉPISTAGE - La Semaine Vétérinaire n° 1888 du 26/02/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1888 du 26/02/2021

NÉPHROLOGIE

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

FORMATION

Auteur(s) : TAREK BOUZOURAA

Plusieurs publications sur l’intérêt de la SDMA (diméthylarginine symétrique) chez les animaux de compagnie sont parues ces dernières années. Les bénéfices de ce nouveau mar queur en termes de sensibilité de dépistage d’une néphropathie chronique en phase préclinique ont été étudiés dans des contextes précis, sur des effectifs sélectionnés et restreints, ce qui peut constituer une limite exploratoire. Un article1 s’intéresse au lien entre le standard d’évaluation de la fonction rénale (clairance plasmatique du iohexol par la méthode la plus fiable), la créatininémie plasmatique et la valeur de SDMA au sein d’une large population « tout-venant » de chiens non azotémiques évalués prospectivement au sein des services du Royal Veterinary College (RVC) de Londres.

Une relation linéaire

Sont inclus 132 chiens, dont 96 non azotémiques, selon les critères de l’International Renal Interest Society (IRIS), et 90 azotémiques pour lesquels la créatininémie et le dosage de la SDMA étaient conjointement disponibles. Les résultats indiquent que l’estimation du débit de filtration glomérulaire (DFG) par la méthode mentionnée précédemment a une relation linéaire avec les valeurs obtenues de créatininémie et de SDMA. Cette information va à l’encontre des publications précédentes chez le chien qui évoquaient une relation non linéaire. Cependant, les effectifs étudiés dans les autres études englobaient principalement des chiens atteints de néphropathie héréditaire liée au chromosome X ou des glomérulopathies, ce qui diffère des chiens de l’effectif très hétérogène et élargi volontairement recruté ici.

Augmenter la valeur seuil

Une valeur de SDMA supérieure à 14 µg/dl possède une sensibilité de 90 % pour la détection d’une baisse du DFG de plus de 40 %. Cependant, la spécificité est médiocre (environ 50 %), ce qui augmente la chance de diagnostic de faux positif - de surcroît dans le contexte épidémio-clinique d’un chien en bon état général ne présentant pas encore d’autre altération clinique ou biologique. Les auteurs ont alors identifié une valeur « seuil » modifiée de 18 µg/dl autorisant une sensibilité toujours importante (90 %) mais augmentant la spécificité à 83 %, et ainsi la valeur prédictive positive de la valeur de SDMA, notamment chez un chien présentant une polyuro-polydipsie et une tendance à l’isosthénurie. L’association d’une valeur de SDMA au-delà de 18 µg/dl et d’une créatininémie au-delà de 1,36 mg/dl a une spécificité de 98 % pour affirmer que le DFG est réduit de plus de 40 %. Cependant, cette association qui augmente la spécificité le fait au détriment de la sensibilité qui chute à 70 %.

Cette étude permet de répondre aux praticiens qui évaluent au quotidien la valeur de la SDMA, par exemple chez un chien d’âge moyen ou avancé mais d’apparence saine ou présentant une altération générale peu spécifique (perte d’activité, appétit fluctuant, possible polyuro-polydipsie, etc.) et qui obtiennent des résultats équivoques. Le fait d’augmenter le seuil à 18 µg/dl pour la SDMA, voire de revenir à la valeur de créatininémie pour affiner son observation, permet alors d’apporter des éléments de réponses aux propriétaires ayant accepté un tel bilan sans en concevoir préalablement l’utilité.

1. McKenna M., Pelligand L. Elliott J. et coll., Relationship between serum iohexol clearance, serum SDMA concentration, and serum creatinine concentration in non-azotemic dogs, J Vet Intern Med., 2020 ;34(1):186-194.

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