LA PREMIÈRE CONSULTATION DU FURETON - La Semaine Vétérinaire n° 1886 du 12/02/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1886 du 12/02/2021

MÉDECINE PRÉVENTIVE

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

FORMATION

Auteur(s) : MYLÈNE PANIZO

CONFÉRENCIER

CHRISTOPHE BULLIOT, Dipl. European College of Zoological Medicine (ECZM), exercice exclusif en NAC à Exotic Clinic à Nandy (Seine-et-Marne).

Article rédigé d’après une présentation faite au e-congrès de l’Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie (Afvac) en décembre 2020.

La première consultation du furet est essentielle afin d’établir des bases solides avec le propriétaire, et conditionne sa santé future.

Environnement

L’environnement du furet doit être spacieux - enclos d’au moins 80 x 50 x 100 cm, avec des niveaux et des plans inclinés - et sécurisé, car ce sont des animaux qui ont tendance à chuter et à ingérer des corps étrangers. La température ambiante doit être de 20 °C, l’humidité de 50 %, et il est nécessaire d’éviter les courants d’air. Dans son enclos, il est conseillé de placer une à plusieurs litières, des hamacs pour les siestes et, parce que le furet a besoin d’exercice physique, des tuyaux pour jouer. Il convient de respecter la photopériode, car une maladie surrénalienne peut survenir en cas d’excès de lumière artificielle l’hiver.

Alimentation

Les principaux motifs de consultation du furet adulte sont les troubles digestifs, le plus souvent dus à une alimentation inadaptée. Le temps de digestion est très rapide (3 à 4 heures), il a donc besoin d’une alimentation de haute qualité et très digeste. Les préférences alimentaires sont fixées avant l’âge de 4 mois. Plusieurs types d’alimentation sont possibles, idéalement à combiner :

- L’alimentation industrielle présente les avantages d’être hygiénique et pratique. Les besoins nutritionnels du jeune furet sont les suivants : 40 % de protéines animales, 25 % de matières grasses et moins de 2 % de fibres.

- L’alimentation carnée à base de poussins, cailles ou souris, non éviscérés, convient parfaitement aux furets si les proies sont distribuées entières. Un jeune furet mange environ un poussin matin et soir, un mâle adulte entre 4 à 5 poussins par jour. L’inconvénient principal de ce type d’alimentation réside dans la logistique (respect de la chaîne du froid, congélateur spécifique dédié aux proies, décongélation en respectant les règles sanitaires, etc.). Il est nécessaire de signifier aux propriétaires que lors des vacances, il n’est pas facile de se déplacer avec ce type de ration, d’où l’intérêt de proposer une alimentation mixte dès le plus jeune âge.

- L’alimentation ménagère peut être adaptée, mais elle est chronophage. Elle se compose de viande de poulet ou de dinde, de son de blé, d’huile de colza et de complément minéral et vitaminé. Il est conseillé de faire appel à des vétérinaires nutritionnistes pour établir une ration équilibrée.

L’alimentation carnée à base uniquement de viande, d’abats et de barf industriel est inadaptée.

Examen clinique

Le furet est d’un naturel curieux, il n’est pas normal qu’il reste prostré en boule au fond de sa cage. Il peut mordre et il est conseillé que ce soit le propriétaire qui le sorte de sa cage. Surveiller son poids doit être fait régulièrement. Il existe en effet une variation pondérale de 30 à 40 % entre l’été et l’hiver. Les furets étant sujets aux lymphomes (des formes juvéniles existent), palper les nœuds lymphatiques s’avère essentiel. Les furets sont également prédisposés aux reflux gastro-œsophagiens, ils vomissent rarement mais montrent des signes de nausées. Le cœur, plus caudal que chez le chien et le chat, se situe entre les 6e et 8e côtes, voire entre les 8e et 9e. La fréquence cardiaque varie entre 180 et 250 bpm et la fréquence respiratoire entre 33 et 36 mpm. Il convient de toujours regarder les oreilles, car les furets ont tendance à avoir beaucoup de cérumen mais aussi des otacarioses asymptomatiques qu’il convient de traiter.

Vaccination

Le furet est un carnivore domestique, il est donc soumis à la même réglementation que les chats et les chiens concernant la vaccination antirabique (identification, passeport européen). Deux vaccins ont reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) furet disponibles en France. La primo-vaccination débute à 3 mois et le rappel est annuel pour Rabisin (Boehringer Ingelheim), ou tous les 2 ans après un rappel un an post-primo-vaccination avec Versiguard Rabies (Zoetis).

La maladie de Carré est due à un virus commun aux chiens et aux furets, transmis par contact direct, ou indirectement par des aérosols. Très contagieuse, incurable, la mortalité chez le furet avoisine les 100 % en 1 à 2 semaines - elle est de 50 % chez le chien. Les signes cliniques associés sont variés : rhinite purulente, hyperthermie, abattement, conjonctivite, diarrhées, troubles neurologiques, etc. Aucun vaccin avec AMM furet n’existe en France actuellement, mais le laboratoire Virbac annonce un vaccin Carré avec AMM furet pour la fin de l’année 2021 (Musteligen D). Avant sa sortie, il faut donc administrer un vaccin avec AMM chien ayant le minimum de valences et privilégier des vaccins atténués sur lignées de cellules aviaires et non canines afin de limiter le risque de choc anaphylactique. La vaccination débute à l’âge de 8 semaines, elle est renouvelée un mois plus tard, puis tous les ans.

Traitements antiparasitaires

Les parasites externes sont rares chez le furet à part l’otacariose. Deux antiparasitaires externes ont une AMM furet : Frontline (Merial) pour des furets de plus de 6 mois et Advocate (Elanco) pour les furets de plus de 800 g. Les parasites internes sont beaucoup moins fréquents que chez le chien et le chat. Une coccidiose est parfois constatée chez les jeunes furets. Il n’existe aucun antiparasitaire interne ayant une AMM furet.

Stérilisation

La maturité sexuelle est atteinte entre 8 et 12 mois chez le mâle et entre 7 et 10 mois chez la femelle. En dehors de la présence d’un mâle, les furettes restent en chaleur pendant plusieurs mois, induisant un hyperœstrogénisme qui entraîne une aplasie médullaire et donc une anémie sévère. De ce fait, il est indispensable de stériliser une furette si elle n’est pas mise à la reproduction. Chez les mâles, la stérilisation peut être conseillée afin de diminuer l’odeur corporelle et urinaire ainsi qu’une potentielle agressivité. La stérilisation chirurgicale des deux sexes peut déclencher une maladie surrénalienne 3 à 4 ans après la chirurgie. Si le propriétaire souhaite cette chirurgie, il est impératif de lui faire signer un consentement éclairé mentionnant ce risque. La pose d’un implant de desloréline est à privilégier. Seul le Suprelorin 9,4 mg (Virbac) a une AMM pour les furets mâles arrivés à maturité sexuelle et en bonne santé. Il est conseillé de l’implanter, sous anesthésie gazeuse, entre les deux épaules, en tondant la peau. La durée d’efficacité moyenne pour les deux sexes est de 3 à 4 ans. Chez la femelle, l’implant se pose si la durée des chaleurs n’excède pas 10 jours, car il induit un pic hormonal pendant 15 jours. Il est très utile d’apprendre au propriétaire à reconnaître les signes de retour en chaleur - la vulve augmente de 60 à 100 fois sa taille -, car cela conditionnera la pose d’un nouvel implant.

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