LA PESTE ÉQUINE SE PROPAGE EN THAÏLANDE - La Semaine Vétérinaire n° 1886 du 12/02/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1886 du 12/02/2021

INFECTION

PRATIQUE MIXTE

FORMATION

Auteur(s) : ANNE COUROUCÉ

D’après l’article de Castillo-Olivares J., African Horse Sickness in Thailand : Challenges of controlling an outbreak by vaccination, Equine Veterinary Journal, 2021;53 (1):9-14.

Le 17 mars 2020, les autorités vétérinaires thaïlandaises ont alerté l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale) à propos d’un cas confirmé de peste équine. L’épidémie a potentiellement débuté quelques jours plus tôt, en février. Depuis lors, et malgré la mise en place de mesures de contrôle incluant la vérification des mouvements des animaux, l’utilisation de filets anti-insectes et la vaccination avec un vaccin vivant atténué, la maladie s’est propagée dans différentes parties du pays. Un total de 15 différents foyers a été recensé jusque-là, conduisant à plus de 500 chevaux morts, avec un taux de mortalité supérieur à 90 %. C’est la première épidémie en Thaïlande et la première apparition de la peste équine en Asie depuis soixante ans. Au vu de l’absence de cas dans les pays limitrophes, il est fort probable que l’origine de l’épidémie provienne de chevaux infectés importés.

La Thaïlande est un pays non endémique pour la peste équine, ce qui rend sa population équine totalement naïve immunologiquement au virus et donc très susceptible à la forme sévère de la maladie. Le climat chaud et humide de la Thaïlande avec une absence d’hivers froids qui pourraient interrompre l’activité des insectes hématophages (Culicoides spp) permet une transmission rapide de la maladie dans la région, avec une potentielle menace sur les autres régions d’Asie. Les récents foyers sont survenus dans des lieux ayant une frontière avec le Cambodge, la Malaisie, le Laos et la maladie pourrait s’étendre dans ces pays. Ces foyers pourraient aussi toucher les chevaux de course présents en Chine et à Hong Kong.

Une maladie mortelle

La peste équine est une maladie mortelle qui peut se propager rapidement au sein d’une population d’équidés. Elle a des répercussions économiques négatives et affecte le commerce international des chevaux. Pour toutes ces raisons, la peste équine est une des maladies listée par l’OIE. La perte du statut indemne de peste équine affecte d’ores et déjà la Thaïlande. Une des conséquences sera l’exportation très restreinte des chevaux : pour exemple, l’exportation vers l’Europe sera interdite pour deux ans. De plus, pour regagner le statut de pays indemne de peste équine et restaurer le commerce avec le reste du monde, il faudra mettre en place des stratégies de surveillance active et passive en utilisant des méthodes diagnostiques appropriées et validées. Cela nécessite une coordination efficace des services vétérinaires et des autorités aux niveaux national et international.

La vaccination, mesure phare de lutte

La vaccination est une mesure phare de la lutte contre la maladie. Elle doit être mise en place en collaboration avec d’autres mesures de surveillance : un diagnostic rapide et fiable, une surveillance de la maladie, la prévention des piqûres d’insectes et le contrôle des mouvements des chevaux entre les différentes régions du pays. Ces mesures suivent les principes établis par le Code terrestre de l’OIE. Ce guide a été adapté à la législation européenne mais aussi à la Grande-Bretagne et à l’Afrique du Sud. Ces recommandations sont maintenant adaptées en Thaïlande.

L’utilisation d’une PCR pour suivre l’évolution de l’infection serait également un véritable challenge car le test PCR peut détecter l’ARN viral dans le sang des animaux vaccinés, et ce, jusqu’à 100 jours post-vaccination. L’interprétation des tests PCR serait beaucoup plus facile avec l’utilisation de vaccins inactivés. Néanmoins, ces vaccins ne sont pas accessibles aujourd’hui et leur efficacité contre le sérotype 1 de la peste équine, responsable de l’épidémie actuelle, doit être démontrée. Ainsi, la vaccination systématique de toute la population équine est incompatible avec le statut de « pays sans peste équine ».

La question à laquelle sont confrontées les autorités vétérinaires thaïlandaises est donc : « vacciner ou ne pas vacciner ». Si la recommandation est de vacciner, il est impératif de se poser les questions suivantes : a) quand vacciner ? ; b) quelle (s) région (s) du pays doivent être concernées par le vaccin et quels équidés ? tous les équidés ? seulement certaines espèces ou races ? ; c) comment mettre en place une surveillance de la maladie ? ; d) quelle stratégie pour éradiquer la maladie ? c’est-à-dire quand arrêter la vaccination pour retrouver un statut de pays indemne de peste équine ?

L’importance du diagnostic

Un diagnostic rapide et fiable est un élément décisif pour le contrôle et la surveillance de la maladie ainsi que pour le commerce des chevaux. Il existe aujourd’hui un test PCR et un Elisa qui permettent de répondre aux exigences de l’OIE.

L’utilisation de la PCR sera gênée par la haute sensibilité de ce test et la possibilité de détecter des traces d’ARN viral dans le sang pendant de longues périodes après l’infection et par l’impossibilité de faire le distinguo entre les animaux infectés ou vaccinés. De plus, l’ARN viral peut être détecté chez un animal convalescent, qui n’est plus contagieux, rendant difficile la possibilité de savoir comment circule le virus au sein de la population équine.

L’utilisation de la sérologie pour la surveillance peut être d’une grande aide. Néanmoins, cela indiquera seulement si le virus a circulé ou non au sein d’une population de chevaux. Ainsi, une séroconversion (normalement définie comme 4 fois le titre en anticorps initial) détecté lors de deux prélèvements à 2 semaines ou plus d’intervalle chez un même animal indiquerait l’existence d’une infection active. Toutefois, concernant les tests sérologiques recommandés par l’OIE, un seul test est utilisable pour quantifier le titre en anticorps. Mais ce test est laborieux à mettre en œuvre, lent et très dépendant d’un personnel bien formé à cette technique.

Quelle perspective pour un meilleur contrôle ?

L’idéal serait d’avoir des vaccins permettant de différencier la réponse immunitaire d’un animal vacciné de celle d’un animal infecté. C’est l’approche DIVA : differentiation of infected from vaccinated animals.

Avant l’épidémie, cela permettrait de vacciner la population équine de manière préventive dans des zones ou pays à risque. La détection d’anticorps non présents dans le vaccin permettrait d’identifier les chevaux ayant été confrontés au virus et donc à une infection naturelle. La différenciation des animaux vaccinés de ceux infectés permettrait à l’OIE de certifier une région ou un pays « indemne de peste équine » ce qui a d’énormes bénéfices économiques.

Pendant une épidémie, l’utilisation d’un vaccin DIVA permettrait de détecter les animaux infectés. Il serait ainsi possible de définir plusieurs zones : une zone « infectée », une zone « protégée » (environ 100 km autour de la première zone) et une zone « surveillée » (autour de la seconde zone).

À la fin d’une épidémie, il serait donc possible de dire quand il n’y a plus de cas positifs et de regagner un statut de zone ou de pays indemne.

Du fait du problème avec les vaccins vivants inactivés, la recherche s’est tournée vers ces vaccins DIVA. À ce jour, aucun vaccin de ce type contre la peste équine n’est commercialisé. Les raisons en sont la (petite) taille du marché équin dans le monde, le coût élevé de développement d’un tel vaccin, les contraintes éthiques et le coût de fabrication.

Conclusion

La peste équine est une maladie dévastatrice tant par la mortalité qu’elle provoque que par les dommages économiques qu’elle cause. Le virus est endémique en Afrique subsaharienne et a émergé périodiquement en Europe du Sud, en Afrique du Nord, dans la péninsule arabique, au Moyen-Orient en Iran et en Inde. Aujourd’hui, l’épidémie fait rage en Thaïlande. On a récemment vu le virus blue-tongue (BTV pour bluetongue virus, fièvre catarrhale ovine ou FCO), ou maladie de la langue bleue, devenir endémique en Europe. Or, c’est une maladie qui touche les ruminants et est causée par un virus proche de celui de la peste équine, transmis par les mêmes vecteurs. Il faut considérer la peste équine comme un véritable danger qui peut toucher d’autres parties du monde et notamment l’Europe. Tant qu’un vaccin permettant de protéger la population équine et de différencier les chevaux vaccinés de ceux infectés n’aura pas été commercialisé, cette maladie sera difficile à contrôler et à surveiller.

LES VACCINS

Les deux types de vaccins qui existent contre la peste équine sont : 1) un vaccin vivant inactivé utilisé aujourd’hui ; et 2) un vaccin vivant inactivé qui a été utilisé en Iran en 1960 et en Espagne en 1993. Les deux vaccins entraînent la production d’anticorps contre le virus. Toutefois, il n’est pas possible de distinguer un animal vacciné d’un animal naturellement infecté. La vaccination systématique de toute la population équine avec ces vaccins permettrait une protection mais également des titres sérologiques élevés. De ce fait, il s’avérerait très difficile de mettre en évidence que le pays est indemne de peste équine ou d’évaluer la progression de la maladie.

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