LA GESTION DES CHIOTS NOUVEAU-NÉS - La Semaine Vétérinaire n° 1886 du 12/02/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1886 du 12/02/2021

NÉONATALOGIE

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

Auteur(s) : TANIT HALFON

Le poids des chiots à la naissance est un indicateur de choix pour appréhender le risque de mortalité néonatale révèlent de récents travaux de recherche du centre NeoCare de l’ENVT. La taille de la portée et l’âge de mise à la reproduction de la femelle sont apparus comme des facteurs influençant la survie des chiots de faible à très faible poids.

Comment améliorer la survie des chiots durant leurs premiers jours de vie ? La recherche menée au centre NeoCare (néonatalogie des carnivores, reproduction et élevage) de l’École nationale vétérinaire de Toulouse permet d’avancer sur cette question. Des récents travaux1,2 ont ainsi permis de progresser dans la compréhension des déterminants favorisant un faible poids à la naissance, et d’identifier des facteurs de risque de mortalité néonatale suivant le poids de l’animal. En effet, le faible poids à la naissance est bien connu comme étant un facteur de risque majeur de mortalité néonatale. Dans un premier temps, il s’agissait d’identifier des seuils de poids de naissance spécifiques à chaque race, suivant le taux de mortalité, ce qui a permis de définir trois catégories de poids, caractérisées par un gradient de risque mortalité chez les chiots présentant un poids anormal : un groupe de chiots de poids normal (PN), correspondant à des individus à faible risque de mortalité néonatale ; des chiots de faible poids (FP), caractérisé par un risque de mortalité modéré ; et enfin ceux de très faible poids (TFP), présentant un risque élevé de mortalité. Dans un second temps, ce sont les données de 4 971 chiots, de la période 1996-2019, et de différents élevages de France métropolitaine, qui ont été analysées. Dix races, parmi les plus fréquentes en France, ont été incluses dans l’étude : berger australien, bichon frisé, cocker, berger allemand, golden retriever, labrador retriever, bichon maltais, rottweiler, shih tzu, Westie. Cet échantillon est caractérisé par presque 50 % de chiots FP et 3,4 % de chiots TFP. Le taux global de mortalité est de 8,2 %, avec 36 % de décès intervenant durant les deux premiers jours de vie. Ce taux est de 4,2 % chez les chiots PN, contre 8,8 % pour les FP et 55,3 % pour les TFP.

Un effet race

L’analyse des données montre une forte variabilité inter-races. On observe ainsi que ce sont les chiots golden retriever qui sont les plus concernés par un faible poids, avec trois quarts d’entre eux qui se classent dans le groupe FP, contre un peu moins d’un quart pour les chiots shih tzu. C’est l’inverse pour le groupe TFP : chez le golden retriever, 1 % des chiots sont concernés, contre 32 % des chiots bichon frisé. De toutes les races, c’est le berger allemand qui aura le plus grand nombre de chiots avec un poids normal, soit 65,5 % des chiots de la race. Au-delà de cette variabilité, il ressort qu’à poids de naissance moyen équivalent, une race peut avoir un seuil de FP plus bas qu’une autre race (et donc un risque plus élevé de mortalité), suggérant que la réduction du poids de naissance n’est pas supportée de la même manière suivant les races canines de formats similaires.

Par ailleurs, le risque d’avoir un chiot de poids anormal, et donc à plus grand risque de mortalité, dépend aussi de la taille de la portée et du sexe. Dans l’étude, une femelle a plus de chances d’être de faible poids que de poids normal. Cet effet « genre » n’est pas retrouvé pour les chiots TFP, suggérant que ce n’est pas un facteur de risque en ce qui concerne les cas de retards majeurs de croissance intra-utérine. Pour la taille de la portée, il ressort assez logiquement que le risque d’être FP augmente avec la taille de la portée. Mais, chose surprenante, cette relation n’est pas retrouvée pour les chiots TFP, dont l’occurrence est associée à une diminution de la taille de la portée, illustrant le fait que la forte restriction de croissance intra-utérine amenant à des chiots TFP ne s’explique pas par un encombrement utérin.

Après 6 ans, un danger pour la reproduction

L’étude met également en évidence plusieurs facteurs pouvant influencer la survie des chiots. Il en ressort que suivant la catégorie - FP ou TFP -, ces facteurs ne sont pas similaires. Pour les chiots de très faibles poids, seule la taille de la portée influence la survie. Comme pour l’occurrence, plus la taille de la portée augmente, plus le risque de mortalité diminue. Pour les chiots FP en revanche, la taille de la portée ne joue pas, mais d’autres facteurs contribuent à la survie : à savoir l’âge de la mise à la reproduction de la mère, la présence d’un mort-né dans la portée et la race. Dans le groupe FP, les chiots dont la mère a plus de 6 ans d’âge ont presque 3 fois plus de risque de décéder en période néonatale. La mortalité est de 7,8 % pour les portées avec au moins un mort-né, contre 10,7 % pour les portées sans mort-né. Enfin, la mortalité varie de 80 % pour un shih tzu à 95,9 % pour un berger australien. L’étude montre également que la mortalité sera d’autant plus précoce que le poids à la naissance est faible : presque 50 % des chiots TFP meurent les deux premiers jours après la naissance, contre 33,8 % pour les chiots FP.

Il ressort de cette étude que la période intra-utérine est un moment déterminant pour la survie d’un chiot après sa naissance, mais des recherches sont encore nécessaires pour bien comprendre les facteurs jouant sur la croissance intra-utérine. À ce stade, l’éleveur a donc intérêt à bien connaître le poids de naissance de ses chiots. Une vigilance accrue est particulièrement de mise pour les chiots de très faible poids, issus de petites portées. Il apparaît aussi déconseillé de mettre à la reproduction une femelle de plus de 6 ans. Le tableau avec les différentes catégories de poids de naissance par race, est disponible dans l’étude2.

1. https://bit.ly/3rkmVXK

2. https://bit.ly/39OJ0aZ

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