COMPARAISON DE TROIS DISPOSITIFS DE PIÉGEAGE - La Semaine Vétérinaire n° 1885 du 05/02/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1885 du 05/02/2021

FRELON ASIATIQUE

PRATIQUE MIXTE

FORMATION

Auteur(s) : JULIE RENOUX*, EMMANUELLE MORIN**, BERNARD DARDENNE***

Fonctions :
*vétérinaire groupement de défense sanitaire (GDS) de l’Eure
**responsable du pôle Patrimoine naturel de l’Eure
***expert entomologiste (Entomo Nature)

Depuis son arrivée sur le territoire français en 2005, le frelon asiatique, Vespa velutina, est devenu un prédateur majeur de l’abeille. Pour réduire son impact sur les colonies et les activités apicoles, le piégeage des jeunes reines et des ouvrières est une pratique observée sur le terrain mais controversée. Dans ce contexte, le pôle Patrimoine naturel du département de l’Eure, en association avec le groupement de défense sanitaire (GDS), a lancé une étude1 comparative entre trois dispositifs de piégeage des ouvrières couramment utilisés, afin d’évaluer leur impact sur l’entomofaune locale. Ont été inclus dans l’étude 10 ruchers du département. Dans chacun d’entre eux, trois types de pièges ont été installés, à 5 mètres des ruches : un piège Vespa catch (piège 1) et son appât ; un piège bouteille (piège 2) et son appât, associé au dispositif Tap Trap ; et enfin une boîte en bois équipée d’une paire de cônes Jabeprode (piège 3) et son appât. Les pièges ont été installés pendant la période du 15 juillet au 4 novembre 2019. Ils étaient retirés à date fixe, toutes les 2 semaines, afin de collecter leur contenu et d’y remettre un nouvel appât. Chaque piège contenait un appât différent.

Une faible attractivité

L’analyse des résultats a montré que le premier facteur explicatif de variations dans la collecte de frelons asiatiques est bien le piège, et dans une moindre proportion la période et plus marginalement le site. Quel que soit le piège, l’attractivité pour le frelon était médiocre, à modérer avec le fait que la pression en frelons était modérée dans le département cette année. Sur la période d’étude, le piège 1 a capturé en moyenne 2,8 frelons par jour, contre 1,5 pour le piège 2 et 0,7 pour le piège 3. Le niveau d’attractivité s’est révélé variable suivant les ruchers, et suivant la période de prélèvement, avec une augmentation des captures à partir du mois d’octobre pour les trois pièges. L’augmentation du nombre moyen de frelons capturés par jour et par piège, la plus notable, concerne le piège 1 (Vespacatch).

Des dispositifs peu sélectifs

Par ailleurs, les trois pièges se sont révélés peu sélectifs, sauf dans deux ruchers dans lesquels le piège 3 n’a piégé que des frelons asiatiques. Avec les pièges 1 et 2, pour un seul frelon, 118 insectes ont été tués (moins de 1 % des insectes capturés sont des frelons) ; pour le piège 3, pour un frelon, 22 insectes ont été capturés (4,5 % des insectes sont des frelons). Cette sélectivité a augmenté à partir de septembre pour le piège 3, pour atteindre un taux de frelons asiatique oscillant entre 50 % et un peu plus de 80 %, alors que pour cette même période le taux de capture des deux autres pièges ne dépassait pas les 10 %. Les diptères sont les plus concernés par la capture - 65 350 spécimens, soit 88,5 % du peuplement global -, suivis des hyménoptères - 5 434 individus, soit 7,35 % des insectes, dont 702 frelons asiatiques et 1 076 Apis mellifera.

Des premières pistes pour un usage terrain

L’étude a confirmé que le piégeage des ouvrières impacte fortement l’entomofaune locale et les pollinisateurs, dont l’abeille domestique. Dans cette étude, son e cacité apparaît comme dérisoire - 702 frelons piégés sur 10 ruchers pendant 4 mois -, par rapport au nombre total d’insectes piégés (73 832). Malgré tout, il peut être conseillé d’utiliser des pièges Jabeprode, les plus sélectifs dans cette étude. Néanmoins, leur usage devrait se limiter aux colonies subissant des attaques massives de frelons asiatiques, en fin de saison, et pour la seule protection d’activité économique (production de miel). De plus, le site semble jouer sur l’attractivité puisqu’elle s’est avérée plus marquée dans les ruchers situés dans des vallées, confortant de précédentes études. Une transhumance vers des zones moins sujettes aux nids de frelons, comme les plaines céréalières ou plateaux bocagers, pourrait donc être aussi envisagée en cas d’attaque massive.

1. www.bit.ly/3cj5h2D

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