DE L’INSÉMINATION ARTIFICIELLE PROFONDE À L’IA THÉRAPEUTIQUE - La Semaine Vétérinaire n° 1884 du 29/01/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1884 du 29/01/2021

CONFÉRENCE

PRATIQUE MIXTE

FORMATION

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE

CLAUDE JOLY, fondateur de la société Reprogen, à Lumbres (Pas-de-Calais) et Villers-le-Gambon (Belgique)

Article rédigé d’après la conférence présentée lors du congrès de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) du 28 au 30 octobre 2020 à Poitiers.

Depuis quelques années l’apparition de nouveautés dans le domaine du matériel d’insémination artificielle bovine (IAB) a amené de nouveaux concepts en matière d’insémination, notamment celui d’IA profonde (IAP). Cette technique représente une opportunité pour le vétérinaire qui peut affirmer sa présence dans le domaine de la reproduction bovine, sous réserve qu’il se l’approprie en développant l’IA thérapeutique (IAT). En effet, comme l’a indiqué le conférencier Claude Joly, depuis 2006, la fin des monopoles instaurés par la loi sur l’élevage de 19661 a provoqué une agressivité commerciale entre les différents organismes de sélection (OS). La vente de service en reproduction bovine, qui flirte avec le diagnostic médical et le traitement, de la part des centres d’insémination (CIA) affiliés à ces OS est une conséquence de cette guerre commerciale qui impacte l’activité économique des cliniques vétérinaires. De plus, sur le plan technique, de nouveaux matériels modifient l’offre de service. C’est le cas, par exemple, des nouveaux pistolets d’IA (XtremiA) qui permettent de déposer à l’aide d’un cathéter souple le contenu de la paillette à l’extrémité de la corne utérine, initiant ainsi le concept de l’IA profonde en reproduction bovine.

L’IA profonde, mythe ou réalité ?

La remontée des spermatozoïdes (spz) dans les voies génitales est un phénomène complexe dont on peut distinguer deux aspects physique et biochimique. Ainsi, durant le trajet des spermatozoïdes, ils passent de l’ordre de 109 dans le vagin à 106 dans le corps de l’utérus, pour arriver à 103 à la jonction utéro tubaire, 102 dans l’oviducte et quelques dizaines sur le lieu de la fécondation. Dans le même temps, ces derniers connaissent des transformations extrêmement complexes via des échanges hormonaux avec le milieu utérin, notamment la capacitation (ou acquisition du pouvoir fécondant) et l’accumulation à la jonction utéro-tubaire précédant un relargage après l’ovulation. Par conséquent, les hypothèses laissent penser qu’en déposant le sperme au plus près de la jonction utérotubaire on augmente la probabilité d’avoir une fécondation par l’augmentation du nombre de spermatozoïdes qui atteindront l’ovule (principe de l’insémination profonde ou IAP).

Cependant, comme l’a indiqué Claude Joly, les résultats sont contradictoires et ne permettent pas de dégager un consensus vis-à-vis de cette technique2. Néanmoins, la difficulté de mettre en place des modèles expérimentaux fiables à cause de la variabilité des inséminateurs, des animaux, de la qualité du sperme et du matériel utilisé peut expliquer ces résultats, a-t-il pondéré. Seule une publication3 laisse entendre que la double insémination intracornuale (dépôt d’une demi-dose à l’entrée de chaque corne) serait plus efficace que l’insémination dans le corps utérin (44 % versus 64 %).

L’acte d’insémination artificielle, une place à prendre

Par conséquent, alors que depuis la mise en place des « suivis de reproduction » en élevage, ce sont principalement les étapes du « postpartum-anoestrusdiagnostic de gestation » qui sont étudiées au détriment de la gestion de la période de l’insémination, le vétérinaire pourrait élargir son offre en s’appropriant cette reproduction individuelle par le développement de l’IAT qui élargit le simple principe technique de l’IAP. Le concept est de faire un suivi gynécologique individuel sur les animaux inféconds qui ira jusqu’à l’IA faite par le vétérinaire. Ainsi, en cas d’échecs aux IA, le vétérinaire pourra mettre en place un protocole qui inclut un déclenchement de chaleur couplé à un suivi gynécologique pour aboutir à une IA.

Principe de l’IA thérapeutique

Les moyens techniques à sa disposition sont nombreux : palpation, échographie, dosage hormonal, matériel d’IAP. Pour illustrer cela, un exemple de suivi gynécologique a été présenté par le conférencier. Lors d’un nouveau retour en chaleur, le vétérinaire peut rechercher par échographie l’absence de métrite, une consistance des glaires satisfaisante ainsi que la présence d’un seul follicule dominant > 15 mm. Si l’examen ne révèle alors rien d’anormal, un protocole dit GPG, qui démarre entre 5 et 7 jours après les chaleurs, est mis en place. Ce délai permet en théorie de démarrer en fin de première vague folliculaire avec un follicule dominant > 12 mm pour être réactif à l’injection de GnRH (gonadotropin releasing hormone). Des injections de prostaglandines et de GnRH devront ensuite être réalisées le matin à J7 et J9 par rapport à la première injection de GnRH. Pour vérifier l’efficacité de la dernière injection de GnRH, le pic de LH induit peut être confirmé à l’aide d’un test Predi’Bov, 2 heures après l’injection. Dans ce cas, l’insémination programmée en fin d’après midi se trouve dans la fenêtre horaire optimale par rapport à l’ovulation. Lors de l’insémination, le vétérinaire peut vérifier la présence d’un follicule dominant (> 15 mm), l’absence de corps jaune > 10 mm et, sur le plan de la génétique, il est recommandé de choisir des doses faites en SpermVital pour augmenter la durée de survie des spermatozoïdes et de changer de race pour éviter les problèmes d’accouplement et de consanguinité. Une insémination profonde dans la corne ipsilatérale au follicule dominant peut également être réalisée. Enfin, s’il en dispose, le vétérinaire peut poser un embryon à J7 pour stimuler l’implantation embryonnaire. Le vétérinaire aura donc toute latitude pour s’approprier un protocole d’IAT personnel avec ses connaissances en matière de physiologie de la reproduction (dispositifs progestagènes, insémination sur la chaleur de référence, etc.), conclut le conférencier. En abordant cette technique d’un point de vue médical et thérapeutique, il pourra vendre un nouveau service de reproduction à l’éleveur qui s’apercevra alors du décalage entre la perception du comportement de chaleur et la réalité physiologique. Eneffet, 20 % des vaches ne sont pas en chaleur lors d’une IA classique, et cette économie de 20 % des doses est donc un argument économique fort pour l’éleveur.

1. Loi n° 66-1005 du 28 décembre 1966 sur l’élevage : www.bit.ly/360LYXW

2. Gindre Pauline, Les Voies d’amélioration des résultats de fertilité lors d’insémination avec de la semence sexée chez les bovins : focus sur l’insémination intracornuale, 2014, Thèse n° 89, VetAgrosup, Lyon, 125 pages.

3. Senger P.L., Becker W.C., Hillers J.K. et coll., Influence of cornual insemination on conception in dairy cattle, J Anim Sci., 1988;66(11):3010-3016.

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