UN PREMIER ANTICORPS MONOCLONAL CONTRE L’ARTHROSE CANINE - La Semaine Vétérinaire n° 1883 du 22/01/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1883 du 22/01/2021

NOUVEAU MÉDICAMENT

PHARMACIE

Auteur(s) : TANIT HALFON

Développé et commercialisé par le laboratoire Zoetis, Librela est indiqué pour soulager la douleur associée à l’arthrose chez le chien. Seul le vétérinaire peut l’administrer.

Nouveauté majeure en vue pour cette rentrée 2021 dans la gestion de la douleur arthrosique du chien, avec la nouvelle famille antalgique développée et commercialisée par le laboratoire Zoetis, Librela1, et qui a fait l’objet d’une session spéciale au dernier congrès de l’Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie (AFVAC). Il s’agit de la toute première thérapie à base d’anticorps monoclonal 100 % canin, appelé bedinvetmab (mAb), indiquée pour soulager la douleur associée à l’arthrose chez le chien. Le médicament sera disponible pour les praticiens dès le mois de mars 2021. Ses avantages tiennent d’une part à son mode d’action, mais aussi à ses particularités d’administration. Le bedinvetmab va cibler et neutraliser le NGF (pour nerve growth factor, ou facteur de croissance nerveuse), une neurotrophine intervenant dans la chaîne de transmission douloureuse. Chez l’adulte, ce facteur est produit en excès dans des contextes inflammatoires ou en cas de lésions tissulaires, par exemple au niveau des articulations arthrosiques. Par sa liaison spécifique avec le récepteur TrkA (pour tropomyosine kinase A) que l’on trouve dans les cellules inflammatoires, les chondrocytes, les nerfs sympathiques, le système neurosensoriel, il va participer au phénomène d’hypersensibilité douloureuse périphérique et centrale. Il est aussi à noter que les fibres innervant le compartiment ostéo-articulaire expriment préférentiellement le récepteur TrkA, environ à 80 %, ce qui n’est pas le cas pour la peau par exemple.

Un effet rapide et durable

Le mode d’administration est également intéressant : Librela s’administre par voie injectable par le vétérinaire, à raison d’une injection sous-cutanée une fois par mois, ce qui va réduire de facto le risque de non-observance du traitement, sans oublier que cela va permettre d’assurer un suivi régulier du patient. La dose recommandée est de 0,5 à 1 mg/kg, une fois par mois. Ce protocole, associé à une efficacité rapide, obtenue dès la première injection, a été validé par une étude multicentrique randomisée en double aveugle réalisée sur 9 mois, sur 287 chiens, répartis en 2 groupes : 141 animaux traités (une injection par mois) versus 146 recevant un placebo. L’efficacité a été évaluée d’une part via le propriétaire de l’animal (scoring de la douleur et de la qualité de vie globale, grille CBPI pour canine brief pain inventory). Il en ressort qu’il y a une différence significative entre les 2 groupes dès J7, et pendant 3 mois, avec des écarts maximaux d’environ 30 % entre les 2 groupes. Le taux maximal de réussite observé (en pourcentage mesuré par la grille) était d’environ 50 %, atteint après la deuxième injection. Pendant les 6 mois suivants, seuls les chiens du groupe traité ont été suivis, à raison de 78 chiens, avec toujours une injection par mois. Il en ressort que l’efficacité reste stable pendant toute cette période, avec un taux de réussite qui oscille entre 63 et 82 %. Des résultats prometteurs donc, auxquels il faut ajouter le faible nombre d’animaux exclus pour manque d’efficacité : 3 dans les 3 premiers mois, et un seul dans les 6 mois suivants. L’efficacité a également été évaluée par le vétérinaire (boiterie, douleur à la manipulation, etc.). La tendance est la même que celle observée pour le scoring CBPI, c’est-à-dire une différence significative entre groupe traité et placebo dès J7, et une stabilité des animaux traités tout le temps du traitement.

Un bon profil d’innocuité

Pour ce qui est de l’innocuité, les effets indésirables ont été rarissimes, sans différence significative entre les 2 groupes, et sans réaction d’hypersensibilité ni réaction au point d’injection. Pour ce qui est de l’immunogénicité, seuls 2 animaux sur 82 cas ont développé des anticorps anti-librela. En outre, à 10 fois la dose recommandée pendant 6 mois, aucun effet indésirable n’a été observé si ce n’est des réactions modérées au point d’injection. Une co-administration est possible avec du carprofène jusqu’à 14 jours. À noter qu’il n’y a pas, à ce jour, de données concernant l’usage du Librela chez les animaux en gestation, lactation ou destinés à la reproduction. Même constat pour une utilisation du médicament à long terme avec un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS).

1. www.bit.ly/2LwNUjM

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